‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 110 sur 120 · Gazette d'Utrccht. 17S6. -:3 juin · texte numérisé non relu

Gazette d'Utrccht. 17S6. -:3 juin

Louis de Rohan s'y rendit vers la fin de septembre.

Cagliostro reçut, le même jour que le cardinal, 1' « ordre de relégation » qui l'exilait du royaume avec sa femme. On lui laissait quelques jours pour mettre ordre à ses affaires. Il se retira à Passy, d'où il partit le 13 juin à destination de Boulogne-sur-Mer. Le 16, il s'embarquait pour l'Angleterre. Rétaux de Villette demeura à la Conciergerie jusqu'au 21 juin. Il avait craint les galères et il était tout heureux du sort qui lui était fait. Aussi à la Conciergerie amusait-il les prisonniers de son violon dont il jouait à merveille. On lui remit les effets et l'argent qu'il avait déposés lors de son entrée à la Bastille. Le 21 juin, son frère, président de l'élection de Bar-sur-Aube, alla le chercher. Me Jaillant-Deschainets , qui avait défendu Villette devant le Parlement, les reçut le soir à dîner et, peu de jours après, le galant secrétaire de Mme de la Motte prit le chemin de l'Italie. On se rappelle de quelle brutale façon l'inspecteur Quidor avait naguère entravé ce voyage d'agrément. Dans la suite, à Venise, se promenant rêveur parmi les belles filles aux bruns cheveux, aux draperies voyantes, le regard perdu dans l'eau des canaux noirs, Villette composa et publia, en 1790, une histoire du Collier1 : une histoire à sa manière, en réalité un libelle abominable où il ramasse ou invente contre la reine et Mme de Polignac les plus sales et misérables calomnies.

Quant à Nicole d'Oliva, tel avait été son succès de grâce et de séduction, que les jeunes gens s'empressè-

1. Mémoires historiques des intrigues de la Cour et de ce qui s'est passé en( rf la reine, Mme de la Motte et le comte d'Artois, Venise, 1790, in-8,

ORDRES D'EXIL

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rent de toute part. Elle donna d'abord la préférence à son avocat, Me Blondel, et alla demeurer chez lui, rue Beaubourg. Mais sa santé était altérée. Elle avait été secouée de trop d'émotions, la pauvrette, depuis quelques mois ! L'air de la campagne lui fut recommandé. Elle fut reçue chez son tuteur au village de Passy. L'abbé Georgel ne peut contenir son indignation. « A sa sortie de prison, écrit-il, il s'est trouvé, à la honte de nos mœurs, plusieurs rivaux pour l'épouser. » Colette choisit celui qui était le père du petit Jean- Baptiste né dans la Bastille. Le 24 avril 1787, elle épousa, en l'église Saint-Roch, Jean-Baptiste-Eugène Toussaint de Beausire, 61s du lieutenant de roi au grenier à sel.

BETTE D'ÉTIENVILLE ROMANCIER

Cependant Bette d'Étienville, bourgeois de Saint- Omer, dans la prison du Chàtelet, attendait que son différend avec les horlogers Loque et Vaucher et autres fournisseurs, fût réglé par les juges. Au commencement de juillet on avait enfin pu mettre la main sur son ami le baron de Fages, décrété par le lieutenant criminel depuis plus de huit mois. On Lavait attiré dans les jardins du Palais-Royal - tout se faisait alors au Palais-Royal — sous prétexte de lui faire voir quelqu'un qui désirait lui être utile. De Fages fut écroué à la Conciergerie. La sentence du Châtelet intervint le 23 janvier 1789. D'Étienville et de Fages étaient l'un et l'autre condamnés au blâme, d'Étienville par surcroît en trois livres d'amende et de Fages en trois livres d'aumône pour les pauvres prisonniers du Châtelet. Dom Mulot ne fut qu'admonesté et le comte de Précourt fut déchargé de toute accusation. Le tribunal déclarait en outre d'Étienville et de Fages débiteurs des marchands pour les objets livrés par eux, avec faculté pour les marchands d'exercer la contrainte par corps. Enfin les termes injurieux répandus

dans les Mémoires, qui avaient été publiés par les deux compères devaient être supprimés. Le bourgeois de Saint-Omer et son ami le baron s'en tiraient somme toute à bon compte. Ils n'en firent pas moins appel au Parlement, lequel les déchargea effectivement de toute peine afflictive. L'affaire fut de la sorte « civilisée » et les accusés ne se trouvèrent plus qu'en présence d'une créance des marchands qu'ils avaient escroqués avec autant de bonne grâce que de bonne humeur.

Comme d'Étienville avait gagné passablement d'argent avec ses mémoires — il en avait publié trois coup sur coup, et son avocat n'en distribuait aucun exemplaire gratuitement — il put rembourser les marchands, du moins en partie, et fut mis en liberté. Le baron de Fages introduisit une requête à même fin. Les bijoutiers Loque et Vaucher firent défaut et de Fages, à son tour, fut rendu libre.

Aux débuts de la Révolution les deux amis sont remis sous clé «pour dettes, avec une pension de 8 sols A deniers par jour ». Ils adressent une pétition à l'Assemblée nationale, « qui se doit à elle-même de lever la contrainte par corps1 ». Le placet est renvoyé au comité des lettres de cachet. Les terribles journées de septembre trouvent de Fages et d'Étienville à l'Hôtel de la Force, mais ils échappent à la mort et sont délivrés.

Le baron de Fages retourna à son domicile de la rue du Bac, marché Boulainvilliers, où la délation ne tarda pas à le rejoindre. Une lettre anonyme, en date du 26 ventôse (an II), jour de la fête du pissenlit (16 février 1794), le dénonce à la section de Bru tus

1, Arch. nat., D. V. 3/37, 18.

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