‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 116 sur 120 · LE COLLIER DE LA REINE · texte numérisé non relu

LE COLLIER DE LA REINE

entendent être favorisés spécialement. Et c'est ce qui eut lieu.

Dans un acte fait devant Me Margantin, notaire à Paris, le 10 octobre 1785, le cardinal — qui était alors à la Bastille — avait affermé à Joseph Liger, avocat au conseil d'Artois , les revenus et les produits de l'abbaye de Saint-Vaast moyennant 225 000 livres par an, pendant neuf années, à partir du 1er octobre précédent jusqu'au 1er janvier 1795. Dans un autre acte, fait par le même notaire le 15 décembre suivant, le cardinal s'est reconnu débiteur de Bôhmer et Bassenge, joailliers, de la somme de 1919 892 livres payables à terme, en ajoutant aux 1 400 000 livres formant le prix du collier , 519 892 livres pour les intérêts calculés jusqu'aux jours des échéances.

Pour satisfaire Bôhmer et Bassenge, conformément à ce dernier acte, le cardinal leur transporta les loyers de l'abbaye de Saint-Vaast, payables par Liger et s'élevant à 225 000 livres par an, soit 56 250 livres par trimestre, dont le dernier, devant échoir le 1er janvier 1795, ne leur appartiendrait que pour 19 892 livres. Ce dernier versement fermerait le solde de leur créance.

Et le roi, par faveur particulière, déclara que les versements continueraient de se faire sur les fermages de Saint-Vaast, jusqu'à extinction de la dette, dans le cas même où le cardinal viendrait à mourir auparavant.

Les Bôhmer ne devaient cependant pas être appelés à toucher ces fermages directement. Ils les cédèrent presque aussitôt à deux de leurs créanciers, à Baudard de Sainte-James, qui devait être payé le premier, intégralement, de sa créance, et à Nicolas-Gabriel

LA CRÉANCE DU COLLIER

Deville, conseiller secrétaire du roi et de ses finances et agent de change i. L'acte qui concerne Baudard de Sainte-James est du 14 juillet 1786. Bôhmer et Bassenge se reconnaissent ses débiteurs pour 1019 283 livres, et ils lui transportent une partie de la créance à eux due par le cardinal de Rohan, en lui cédant, jusqu'au 1er janvier 1791, des loyers de Saint-Vaast dus par Liger. En outre la dame Bassenge lui consentait une hypothèque sur sa maison de la rue de Vendôme.

L'acte qui concerne Nicolas-Gabriel Deville est du 17 juin 1788. Les Bôhmer se reconnaissent ses débiteurs pour 900 605 livres, et ils lui transportent le solde de la créance que leur devait le cardinal de Rohan et la délégation des loyers de Saint-Vaast, à partir du 1er janvier 1791 — date où ces loyers devaient cesser d'être payés à Sainte-James — jusqu'au 1er janvier 1795. En outre la dame Bôhmer, séparée de biens de son mari, se portait caution pour le montant de la créance, conférant à Deville une hypothèque sur sa maison située rue Vendôme et sur sa maison de campagne de Boissy- Saint-Léger.

Bôhmer et Bassenge avaient ainsi cédé la totalité de la créance qui leur était due par le cardinal de Rohan, tout en restant responsables de son payement intégral.

Joseph Liger, fermier du cardinal, fit ses payements aux conditions et aux époques fixées. Il versa, tant à Sainte-James qu'à ses créanciers2, 614000 livres.

1. Nicolas-Gabriel Deville. secrétaire du roi et agent de change, rue Montmartre, qu'il ne faut pas confondre avec Nicolas Deville, également secrétaire du roi, puis fermier général. Nicolas-Gabriel mourut le 27 novembre 1806. Sa veuve recueillit, sous le Consulat et jusqu'en 1830, non seulement la veuve du fermier général, Nicolas Deville, lequel avait été guillotiné avec Lavoisier, mais leurs six entants.

2. Sainte-James fut déclaré en faillite le 2 février 1787. Le passif s'élevait à 8 158 146 livres. Sur sa demande, il fut écroué le même jour à la

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