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Au baron de Vieuxvillers, le colocataire. Doss. Target

3. En avril 1784. On a une lettre du baron de Breteuil, en date du 15 mai 1784, taisant savoir que le roi a autorisé le comte et la comtesse de la Motte à transporter au sieur Hubert Gautier, bourgeois de Paris, la pension de 1 500 livres attribuée à la dame de la Motte, et la pension de 800 lb. attribuée à son frère, cela en raison de la gêne de leur ménage.

La double cession était faite pour une somme de 9000 lb. Déclaration de Grenier, orfèvre (Arch. nat., X2, B/1417), et notes de Target {Bill. v. de Paris).

sources en « faisant des affaires », spéculations en marchandises ; elle prenait beaucoup à crédit : au pointqu'elle en fut mise en observation par la police

Au mois d'août, l'alerte fut vive. Les huissiers frappaient à la porte. Le fidèle Deschamps sauva le lit et les fauteuils du salon, aidé d'un garçon perruquier. Ils les portèrent sur leur dos chez un nommé Berlandeux, rue des Tournelles.

« Vite, mon cher Deschamps, s'écriait Mme de la Motte, détachez les glaces du salon et les rideaux des croisées !

— Où les porter?

— Vite, au Mont-de-Piété! »

Le domestique y court et revient avec cinq louis.

Le baron de Vieuxvillers prête 200 livres, un religieux minime vingt-cinq louis. On achète de beaux habits : un panier en dentelles pour la comtesse, un frac de velours pour le comte, afin de se remettre en état de solliciter à la Cour. Nous sommes en octobre 1783. Les époux La Motte partent pour Fontainebleau, Jeanne s'installe avec son mari, rue d'Avon, à l'ancienne maison du greffe. Elle a une chambre carrée, assez grande, joliment attifée. Une cheminée en marbre blanc : aux croisées des rideaux de mousseline à fleurs. « Beaucoup de Messieurs comme il faut venaient alternativement faire visite à madame la comtesse, tandis que monsieur le comte allait se chauffer dans les appartements du château. » — « Militaires et gens de robe se faisaient un plaisir de lui rendre visite et de lui laisser des marques de leur générosité2. »

1. Déclaration de J.-F. de Bruguières, inspect. de police, en date du 11 avr. 1786. Arch. nath X% B/1117.

'2. Notes de Target. Bibl. de Paris, ras. de la réserve.

L'argent reçu était gaspillé et de nouvelles ressources devenaient nécessaires. On imagine mille et un moyens. Pour aller à la Cour le comte et la comtesse ont loué un carrosse de remise. Mais ils n'ont pas d'argent. Tous deux dans leur carrosse passent rue Saint-Honoré, chez Lenormand, marchand d'étoffes. Jeanne prend à crédit une pièce de satin de vingt-cinq aunes, la met dans sa voiture et continue son chemin. Arrivée aux Champs-Élysées, elle envoie le cocher chercher un fiacre sur la place Louis XV. La Motte y monte, porte la pièce d'étoffe au Mont-de-Piété, en reçoit douze louis et retrouve le soir sa femme à Versailles où tous deux se congratulent de l'heureuse issue de cette expédition.

Mme de la Motte avait un but précis. Elle poursuivait la restitution des biens qui, naguère, avaient été dans sa famille, les terres de Fontette, d'Essoyes et de Verpillières, dont ses pères, disait-elle, avaient

1. Les principales sources de ce chapitre sont les notes et informations recueillies par Target (ms. de la réserve à la Bibl. de la ville de Paris), que confirment et complètent les « faits pour interroger » Mme de la Motte, du ms. Joly de Fleury 2088 de la Bibl. nat.

été injustement frustrés. La restitution lui en paraissait d'autant plus facile à obtenir qu'une partie de ces domaines étaient depuis quelque temps tombés dans les mains du roi. Elle ne parvenait cependant pas, malgré tous ses efforts, à franchir le cercle des plus minces bourgeois de Versailles1. Désespérant de réussir par les moyens ordinaires, elle en imagina de plus audacieux. Un jour de décembre 1783, dans le salon de service, encombré de monde, de Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, elle feignit de tomber de faiblesse et d'inanition. La princesse fut avertie qu'une femme de qualité mourait de faim dans son antichambre. Très émue, elle se fît apporter le placet que, fort à propos, Jeanne tenait à la main et fit transporter la jeune femme sur un brancard à son logement qui était alors hôtel de Jouy, rue des Récollets.

Laissée seule, Jeanne appelle son fidèle Deschamps : « Si Madame2 envoie quelqu'un de ses gens demander des nouvelles de mon état, dites-lui que j'ai fait une fausse couche, que j'ai été saignée cinq fois. »

Les médecins de Madame vinrent à deux reprises la visiter. La princesse lui envoya deux cents livres, une autre fois douze louis. L'abbé Malet fit dans les salons de la Cour une quête qui produisit trois cents livres3. Avec cet argent Jeanne venait la nuit de Versailles à Paris et, le matin, retournait à Versailles, pour se mettre le jour dans son lit. Elle passa ainsi trois mois à Versailles où elle laissa, à l'hôtel de Jouy,

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