‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 48 sur 120 · Bibl. nat, ms. Joly de Fleury 2 088, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat, ms. Joly de Fleury 2 088, f

2. Arch. a/f. étrang., \ 399, f 181 v°, 182; cf. ibid., f° 224.

3. Bibl. de la v. de Paris, dossier Target. Sur les Saint-Rémy de Valois établis à Troyes, voir une intéressante lettre signée de Montfort, garde du corps, datée de Troyes, 19 avr. 1786. Arch. aff. étrany., Mém. et docum., France 1 100, f» 123."

LA MAISON DE LA COMTESSE

Enfin Mme de la Motte avait pris chez elle une demoiselle Colson, parente de son mari, jeune fille fort pauvre à qui elle faisait remplir les fonctions de lectrice et de dame de compagnie

Valets de chambre, cuisinier, cocher, jocquey, ménage de portiers, soubrette, lectrice et dame de compagnie, confesseur, intendant, secrétaire, majordome, un officier pour le trictrac, un ami du mari pour les besognes de confiance, un moine élégant et parfumé pour les missions délicates : la maison de la comtesse était au grand complet.

Dès l'installation de Jeanne, rue Neuve-Saint- Gilles, on y avait vu apparaître une personne qui, par une singulière rencontre, s'appelait également Mme de la Motte : de son nom de fille Marie-Josèphe- Françoise Waldburg de Frohberg. Elle avait épousé l'administrateur du collège de la Flèche, Pierre du Pont de la Motte. Cette dame avait été détenue à la Bastille du 22 février au 29 juin 1782, d'où elle avait été transférée à la Villette, chez un nommé Macé, qui tenait une de ces curieuses pensions pour prisonniers par lettres de cachet comme il y en eut plusieurs à Paris avant et même pendant la Révolution. Elle s'était évadée de chez Macé peu de jours après. L'histoire de cette autre dame de la Motte est intéressante pour nous. Elle se disait, elle aussi, honorée de la confiance de la reine, montrait des lettres que Mme

1. Mlle Colson, qui était très fine et intelligente, ne fut jamais dupe des manœuvres de sa cousine. Aussi Mme de la Motte la disgracia-t-elle en juin 1781. Elle A'oulut alors se faire religieuse et se retira dans un couvent à Versailles, de là à l'abbaye de Longchamp ; mais dans le courant de 1785 elle en sortit et se maria. Il est question d'elle dans les mémoires manuscrits du comte de la Motte conservés aux Archives nationales, F7 6354a/1277, p. 118, en ces termes : « Mme Destony, qui avait demeuré quelque temps chez moi avant son mariage ».

de Polignac était censée lui écrire, parlait de la faveur dont elle aurait joui auprès de la princesse de Lamballe, usait d'un cachet de la reine surpris sur la table du duc de Polignac, racontait comment elle avait désarmé, par son crédit sur la souveraine, le ressentiment de la princesse de Guéméné contre une certaine dame de Roquefeuille, et, mettant toute cette belle influence à la disposition du plus offrant, soutirait aux gens des sommes importantes. Nous la verrons sous peu collaboratrice de Jeanne de Valois : mais celle-ci va marcher sur ses traces avec une énergie et une audace que Françoise Waldburg de Frohberg n'eût pas soupçonnées *.

Cependant Jeanne, qui menait un train de vie de plus en plus brillant, sentait de plus en plus lourdement le poids de la misère. Un sauf-conduit du ministre Amelot la mettait à l'abri des poursuites que voulaient exercer contre elle des créanciers auxquels elle devait une forte somme depuis deux ans 2. « Mais, comme elle l'écrit au contrôleur général quelques jours après3, cela ne la met pas à l'abri de vendre ses meubles. » — « Je ferai des esclandres, ajoule-t-elle, et je ne peux pas faire autrement. Il faut que je vive et les miens. » Le 6 avril, une condamnation pour dettes est prononcée par le prévôt de Paris 4. Le terme de la Saint-Jean

1. Dans la suite, pendant la période révolutionnaire, Mme du Pont La Motte fut arrêtée sur ordre du Comité de Salut public daté du 3 thermidor an II. Saint-Just lui-même avait rédigé la note suivante : « La Dupont-Lamotte, embastillée pour intrigues de Cour. Partie de son histoire se trouve dans celle de la Bastille. La première intrigante de l'Europe, correspondant avec les ministres des cours étrangères dans l'ancien régime, admise chez le cardinal de Rohan, maîtresse de Fleury qui a été prisonnier d'État à la citadelle d'Arras. Elle avait pour agent de ses intrigues Deuzy, qu'elle a amené à Paris et qu'elle faisait déguiser, tantôt en abbé, tantôt en officier. » Arch. nul., F7/4437.

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