‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 52 sur 120 · Beugnot, I · texte numérisé non relu

Beugnot, I

Marie-Jeanne. — Eh bien, mademoiselle, dit Cagliostro, vous n'êtes point innocente. » Alors la demoiselle piquée au vif répondit qu'elle voyait ce qu'elle désirait, et sortit du paravent satisfaite d'avoir convaincu les gens de son innocence.

Nous possédons un très précieux interrogatoire de Marie-Jeanne de la Tour, racontant plus tard aux commissaires du Parlement les cérémonies de Cagliostro. C'est un document précis, authentique, et qui nous montre sous le jour le plus curieux le caractère du prince de Rohan l.

La jeune fille raconte que, s'étant rendue avec sa mère à l'hôtel du cardinal 2, « l'hôtel de Strasbourg », elle y trouva le cardinal et Cagliostro. On lui mit un petit tablier blanc, sur lequel il y avait un crachat d'argent, et, après lui avoir fait réciter des prières, on la fit s'approcher d'une table où étaient posés deux chandelles allumées et un grand vase rempli d'eau claire. Cagliostro, derrière un paravent, faisait des gestes avec une épée, invoquait le grand Cofte, les anges Raphaël et Michaèl. Il demandait à Mlle de la Tour si elle voyait la reine dans le vase. Marie-Jeanne, qui ne voyait rien, répondit qu'elle la voyait parfaitement et cela « pour se débarrasser », déclara-t-elle aux juges.

Cagliostro lui demanda ensuite si elle ne voyait pas des anges et de petits bonshommes qui voulaient l'embrasser, et, comme elle répondit que non : « Mettez-vous en colère, dit Cagliostro, frappez du pied, appelez le grand Cofte, dites aux anges devenir

1. Interr. de Marie-Jeanne de la Tour, âgée de quinze ans, 21 sept. 1785, Arch. riat., X3, B/1417. La véracité de cette déposition est d'ailleurs confirmée par les détails du nis. de la Bibl. nat., Jolv de Fleury 2088, f° 314-15.

Page 1