‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 59 sur 120 · Doss. Target, Bibl. r. dè Paris, ms. de la réserve · texte numérisé non relu

Doss. Target, Bibl. r. dè Paris, ms. de la réserve

énergie, à sa volonté, à son esprit d'intrigue! Que n'a-t-elle su employer dès lors la fortune qu'elle avait su conquérir! Il est vrai que le bien acquis de la sorte ne peut profiter. Ce qui vient au son des fifres s'en va au bruit des tambours. L'argent est jeté par les fenêtres. Puis l'ambition est sans bornes : la médiocrité, même dorée, ne saurait convenir au sang des Valois. De nouvelles ressources sont nécessaires.

DÉLICATE ÉNIGME

Déjà, sans doute, l'on se sera posé la question : quel était le caractère des relations entre le cardinal et Mme de la Motte?

Tous les historiens ont été jusqu'à ce jour d'accord sur ce point et nous allons nous mettre en contradiction avec eux tous. Pour établir que le cardinal désirait et obtenait de Mme de la Motte ses plus précieuses faveurs, deux témoignages sont invoqués. Le premier est celui de Mme de la Motte elle-même devant les conseillers instructeurs du Parlement; le second est la relation de Beugnot, à qui la comtesse montrera dans la suite un paquet de lettres que lui aurait adressées le cardinal.

Nous récusons Mme de la Motte. Elle aura un intérêt impérieux à parler ainsi devant le Parlement. Ce sera son unique moyen de défense. L'instruction lui demandera d'où était venue la fortune prodigieuse qui, tout d'un coup, avait surgi sous ses pas : « J'étais, répondra-t-elle, la maîtresse du cardinal ». Ce fut d'ailleurs la manie de Jeanne de Valois. On n'imagine pas le nombre d'hommes qu'elle accuse d'avoir

été ses amants, ou d'avoir voulu l'être, de gré ou de force. Quelqu'un la gênait-il, ou lui déplaisait-il, ou la contrariait-il, le trait ne se faisait pas attendre : « Vous avez été, ou, vous avez voulu être mon amant ».

Le cardinal niera avec tant de dignité, de mesure, de force, qu'il est impossible d'hésiter entre les deux témoignages. Il y a plus. Ayant un intérêt si grand à établir le fait, Jeanne ne pourra apporter le moindre indice. Les dépositions des domestiques seront contre elle. Rosalie, confrontée à Rohan, reconnaîtra que le cardinal n'est venu, en tout et pour tout, chez Mme de la Motte, que quatre ou cinq fois à Paris, deux ou trois fois à Versailles1; visites faites la plupart devant témoins; aucune le soir ni de nuit2.

Rosalie ajoutera : « Pendant que M. le cardinal était chez Madame, la porte n'était pas du tout fermée ». Les rendez-vous, dira-t-on, avaient lieu ailleurs : mais c'est précisément chez elle que Mme de la Motte déclare avoir comblé le cardinal de ses faveurs — et très souvent.

Une autre indication, non moins concluante, est fournie par ces secours de trois, quatre ou cinq louis, que Rohan avait coutume de donner à Mme de la Motte, depuis mai 1782 jusqu'à leur arrestation. Jeanne, qui sent la force de l'argument, essaie de nier; mais les témoignages de ses familiers, du Père Loth, de la demoiselle Colson, sont encore décisifs. Le Père Loth ajoute que Mme de la Motte avait imaginé de raconter à Rohan qu'elle avait reçu de la reine un don de mille écus, afin d'obtenir de lui des secours

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