‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 61 sur 120 · Déclaration du 14 sept. 1785, Arch. uat, X2, B/I · texte numérisé non relu

Déclaration du 14 sept. 1785, Arch. uat, X2, B/I

•2. « Nous ouvrons un grand coffre de bois de sandal rempli de papiers de toutes cou'eurs et de toutes dimensions. J'étais pressé d'en finir : je lui demande s'il y a dans ces papiers des obligations au porteur ou des billets de la caisse d'escompte, et, sur sa réponse négative, je propose de tout jeter au feu, en bloe. Elle insiste au moins pour un examen sommaire ; nous y procédons, fort lentement de son côté, et précipitamment du mien C'est là qu'en portant des regards assez fugitifs sur quelquesunes des mille lettres de M. le cardinal de Rohan.... » Beugnot, Mémoires, I, 96.

qu'elle s'empressera quelques jours après de demander pour avocat? — afin qu'il en témoigne quand le contrôle n'en sera plus possible.

On observera encore que si ces lettres eussent été écrites par Rohan, celui-ci n'eût pu s'exposer à en recevoir le cinglant démenti devant le Parlement assemblé , au moment où il niera toute relation intime avec la comtesse. Car il ne saura pas alors, lui, que les lettres ont été brûlées. Aussi bien, quand Rohan répondra à son accusatrice avec autant de hauteur que de force, Mme de la Motte, qui ne recule cependant devant aucun moyen de défense, n'osera- t-elle rappeler cette correspondance; bien plus, elle n'osera pas invoquer le témoignage de Beugnot.

« J'ai hésité jusqu'ici, dira Rohan, dans sa confrontation à Jeanne de Valois, le 24 avril 1786, de répondre, par une répugnance bien naturelle, à tout ce que Mme de la Motte a tenu de propos à double entente sur ses rapports avec moi. Si elle ne se respecte pas assez et veut faire croire, môme ce qui n'est pas, je repousse comme je dois les soupçons qu'elle cherche à accréditer. Je ne peux d'ailleurs, pour ce que je me dois à moi-même, insister davantage. Voilà donc une nouvelle atrocité, qui, accompagnée de toutes invraisemblances, ne me laisse que la même horreur que j'ai exprimée lorsque Mme de la Motte, à tant de reprises, a déjà cherché à jeter des soupçons odieux. L'invraisemblance rend impossible ce qu'elle voudrait présenter comme vrai. Je ne peux que détourner mes regards et ma pensée de dessus une inculpation pareille. D'ailleurs , j'observe que Mme de la Motte a fait attendre bien longtemps la calomnie qu'elle préparait pour excuser

DÉLICATE ÉNIGME

son mensonge, quand elle s'est vue contrainte à ne plus pouvoir le soutenir. »

Autant que pareille chose peut être tenue pour certaine — car, comme dit l'autre, avec les femmes on ne peut jamais savoir — , nous sommes disposé à nous porter garant des paroles du cardinal. Mais telle est la force de la calomnie que, dès le premier éclat du procès, se répandront des libelles, qui se passeront sous le manteau et se payeront au poids de l'or1, où les amours de la comtesse et de Son Éminence seront contés en termes inouïs, avec les détails les plus graveleux; des recueils d'information relativement sérieux, comme la Correspondance secrète, affirmeront des anecdoctes qu'une plume qui se respecte ne pourrait reproduire; les nations protestantes applaudiront à la corruption du clergé français2; le peuple viendra chanter au prisonnier jusque sous les murs de la Bastille :

Ayez un peu de décence Et laissez là les câlins!

L'histoire suivra le jugement du peuple, et nous quitterons nous-même celte matière, convaincu de notre impuissance à retourner l'opinion3.

1. Journal de Hardy, Bibl. nat., nis. franç. €685, p. 406. ■2. Mémoires du comte de la Motte, p. 9"ï.

3. Le seul contemporain qui, à notre connaissance, ait exposé le véritable caractère des relations « toutes blanches » du cardinal de Rohan et de Mme de la Motte, est l'auteur de la Lettre à l'occasion de la détention de S. E. M. le cardinal, p. 6.

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