‹ L'affaire du collier, d'après de nouveaux documentsChapitre 63 sur 120 · BiùL mit., ms. Joly de Fleury. -2038. f · texte numérisé non relu

BiùL mit., ms. Joly de Fleury. -2038. f

LE COLLIER

pour revenir à Paris l. Le 21 janvier, la comtesse eut avec les joailliers une deuxième entrevue, en présence de Mc Achet. Elle leur dit que le collier serait peutêtre vendu dans quelques jours. L'acquisition en sera faite par un très grand seigneur. Elle ajoute, et insiste sur ce point, — notez la prudence, — qu'elle leur conseille très vivement de prendre directement avec lui toutes les précautions utiles pour les arrangements qu'on pouvait songer à leur proposer. Quant à elle, elle ne veut en aucune façon être mêlée à l'affaire. Son nom n'y doit pas être prononcé. Les joailliers lui offrent un bijou en reconnaissance du service rendu. Elle ne veut pas du cadeau. Elle n'en agit que pour les obliger. Et elle s'oppose même à ce qu'on la considère comme une intermédiaire. Le 24 janvier, à sept heures du matin, Jeanne retourne chez les joailliers avec son mari, pour leur annoncer la visite du prince cardinal de Rohan. « C'est bien avec lui, insiste-t-elle une fois de plus, que vous prendrez tous les arrangements et toutes les précautions nécessaires. Gardez-vous de lui dire que je me suis mêlée à l'affaire. Si j'ai pu vous être utile, je me déclare suffisamment récompensée. » Et elle s'en va.

Peu après, arrive le cardinal. Mme de la Motte lui a fait croire que la reine désire acheter ce bijou, en cachette du Roi et à crédit, se trouvant pour le moment démunie d'argent. La reinepaiera à échéances, avait dîT Jeanne de Valois, de troia en trois mois : pôlJr^e~marché, elle a besoin d'un intermédiaire, d'un intermédiaire qui, par sa personne même et la TTH-n^^nn^id^rafinn Hnnt il pist ' rnivironnë, sera une

1. Cette date est importante. Avant le retour du cardinal à Paris Mme de la Motte avait déjà engagé la négociation avec les bijoutiers. L'initiative de l'acquisition des bijoux ne peut donc être venue du cardinal.

garantie aux yeux des joailliers, craintifs de faire cfecTit d'une sommepareille, et c'est au cardinal que la-refne a songé. « Pour me déterminer, écrit le prince Louis7~Mme de la Motte m'apporta une lettre supposée de la reine, dans laquelle Sa Majesté paraissait désirer d'acquérir le collier et marquait que, n'ayant pas pour l'instant les fonds nécessaires et ne voulant pas entrer elle-même dans le détail des arrangements à prendre, il lui serait agréable que je traitasse cette affaire, prisse toutes les mesures pour l'acquisition et déterminasse les époques de payement qui pourraient convenir l. » Gomment le cardinal put-il croire à la réalité d'une telle commission? — Un pamphlétaire du temps dit en termes très justes : « On se persuade si facilement ce qu'on désire! C'était une erreur qui n'eût pas séduit un homme ordinaire, qui ne se mire que dans une eau tranquille, habitué à ne calculer que des choses du sens commun, dont les idées lentes et mesurées se combinent à chaque pas qu'il fait : mais c'était une erreur qu'on devait penser avoir pu entraîner l'esprit vif et agité de M. le Cardinal, en lui faisant adopter, par penchant, passion même, un arrangement qui fût propre à nourrir quelque sentiment, quelque vue nouvelle, dans les labyrinthes continuels de son imagination2». Opinion que reprendront les magistrats qui, sous la direction du procureur général, instruisirent avec beaucoup d'indépendance l'affaire du Collier: « Le Cardinal n'a été que séduit, diront-ils, il était dans le délire, entraîné par une ambition qui l'a égaré, c'est un esprit exalté 3 ». Rohan vient donc chez les Bôhmer le 24 jan-

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