LA FUITE DE MADAME DE COURVILLE
Et nous voyons rentrer en scène Belte d'Étienville et ses compagnons : autres histoires de brigands, de brigands d'Offenbach.
C'est le 13 août que Mme de la Motte avait commencé à déménager ses meubles de la rue Neuve- Saint-Gilles. Le lendemain, d'Étienville prit la chaise pour Saint-Omer. Le 16, il arrive à Arras où il trouve la prétendue baronne de Courville qui s'était hâtée de prendre la fuite de son côté. La baronne lui annonce que le cardinal vient d'être arrêté et mis à la Bastille. On s'étonna dans la suite que Mme de Courville eût pu savoir à Arras, dès le 16 août, que Rohan avait été mis à la Bastille, l'incarcération n'ayant eu lieu que ce jour-là : il est plus que probable que d'Étienville et la dame se sauvèrent dès qu'ils apprirent la fuite de Mme de la Motte, et que, devant les juges, d'Étienville imagina ce détail, sans en calculer l'invraisemblance, pour ne pas indiquer le vrai motif de son départ. En passant à Péronne, d'Étienville y avait mis à la poste la lettre suivante pour le baron de Fages, qui la reçut le 17 août :
Eh bien, Monsieur le baron? encore un retard pour moi. Je suis comme un fou d'un pareil événement. Madame (de Courville) me jure — et je la crois — qu'elle n'a point envie de rompre et m'offre, pour vous tranquilliser, de payer 1 0,000 livres. Vous savez qu'elles sont dues à Vaucher et je ne puis, en les recevant, faire autrement que de les lui remettre. Voyez, consultez-vous, répondez-moi sous l'enveloppe de Rose1, maison de M. Suin, boulevard des Gobelins. D'après votre lettre, je saurai ce que je dois dire à Madame qui m'a enlevé comme un corps saint. M. d'Albissy me fait des reproches. Je reçois les deux lettres comme la voiture était à la porte. Je profite du courrier, pour vous donner des nouvelles qui me percent le cœur. Demain je vous écrirai. J'aurai peut-être la tête un peu plus à moi. Je suis pour la vie votre dévoué serviteur,
d'Étienville 2.
Les angoisses de Belte d'Étienville durent redoubler quand Mme de Courville lui dit à Arras : « Il faut quitter la France, nous réfugier à Londres : le cardinal est arrêté pour la négociation d'un collier de diamants où il a maladroitement compromis le nom de la reine. C'était pour fournir les 500 000 livres promises pour mon mariage. Les diamants que vous m'avez vus provenaient du collier ». La baronne de Courville ne voit de salut que dans la fuite. Elle presse d'Étienville de l'accompagner; mais celui-ci refuse : s'il part on le croira coupable également. Son âme est pure. Il ne réclame que les 30 000 livres montant du dédit. « La demande est juste, dit la dame, et je vous donnerai les 30 000 livres à Saint-Omer, si vous m'accompagnez jusque-là. » — « Or voilà qu'arrivés à l'endroit où les chevaux de la diligence changent, déclare d'Étienville, je vis la clame de Courville retournant vers Paris, accompagnée d'un homme vêtu d'une lévite bleue. Je crus alors qu'elle était