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LA FUITE DE MADAME DE COURVILLE

arrêtée et continuai ma route jusqu'à Saint-Omer où j'appris effectivement l'arrestation du cardinal1. » Quand le baron de Fages apprit la fuite de son ami, il se déclara en proie à la plus grande stupéfaction. Aussi agit-il sans tarder. Il s'associa un sien oncle, le comte Duhamel de Précourt, qui se présente ainsi au public : « J'ai l'honneur d'être colonel et chevalier de Saint-Louis; je me suis trouvé dans deux combats sur mer, à trois batailles, cinq sièges, plus de vingt chocs ou rencontres, et j'ai fait toute la dernière guerre civile en Pologne où j'ai commandé. » « Il s'ensuit, conclut le Baehaumont, que c'est un aventurier, mauvais sujet, que l'on ne doit point s'étonner de trouver ici. » Précourt, qui s'était installé au Grand hôtel des Milords, rue du Mail, non loin du baron de Fages, avait été mêlé, lui aussi, à l'intrigue de son neveu à qui il servait, avec d'Etienville, de caution chez les marchands. Le 19 août, il obtient du comte de Vergennes un sauf- conduit, une lettre de recommandation pour M. Hirzinger, chargé d'affaires de France à Bruxelles, et un ordre du roi pour arrêter d'Etienville 2. Et, à leur tour, Précourt et de Fages prennent la diligence pour Saint-Omer, afin de joindre le fugitif. Le 16 septembre, ils le trouvent à Dunkerque. La suite a été résumée par l'avocat des joailliers Loque et Vaucher, mettant entre guillemets les propres termes dont d'Etienville s'est servi dans sa défense.

« On a vu, disent-ils, ce bourgeois de Saint-Omer délaissé à Arras par la baronne de Courville, porté jusqu'à Saint-Omer, sa patrie, où il séjourna quelque

1. Interr. de Bette d'Etienville, 10 janv. 1786, Arch. nat., X% B/1417, e déclarations contenues dans le doss. Target, Bibl. v. de Paris, ms. de la réserve.

2. Arch. des Aff. éirang., Mém. et docum., France 1399. f°s 124, 139.

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temps, « épargnant à la plus tendre des mères la « douleur d'apprendre une aussi cruelle aventure », de là gagnant Dunkerque « sans aucun projet que « d'y chercher le calme d'une vie ignorée », rencontrant à Dunkerque le sieur de Précourt et le baron de Fages, arrêté par eux en vertu d'un ordre du roi « qu'ils refusent de lui montrer ».

Les trois compagnons s'étaient agréablement rencontrés à la comédie de Dunkerque, où l'arrestation se fit « amicalement ». « Nous vivons avec le sieur Bette d'Étienville, écrit Précourt à Vergennes après l'arrestation, comme s'il était innocent, et nous le veillons comme s'il était coupable. J'ai cru devoir prendre ce tempérament pour éviter la longueur de la justice, les frais qui absorbent tout et comme l'unique moyen d'en tirer le meilleur parti1. »

« On l'a vu, poursuit l'avocat de Loque et Vaucher — il s'agit de d'Étienville — toujours rassuré sur son innocence, et pourtant se croyant perdu lorsqu'il voit une sentinelle à sa porte, conduit de Dunkerque à Lille par la diligence; arrêté à Lille par un de ses créanciers, qui veut le faire mettre en prison ; réclamé par le sieur de Précourt comme un prisonnier d'État, déposé jusqu'au départ du sieur de Précourt dans la tour de Saint-Pierre, la prison militaire de la ville, où il est appelé Monseigneur par deux femmes détenues pour fraude au droit du tabac, évaluée à six francs pour chacune ; et où « il n'hésite pas à faire « deux heureux en délivrant ces deux femmes », où « il oublie ses maux pour partager leur joie », où « il « remercie le ciel de lui avoir donné une âme « sensible ».

1. Lettre du comte de Précourt à Vergennes, datée du 18 sept. 1785, Arch. des Aff. étrang.} Méirï. et docum., France 1399, f'° 191.

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