LA F CITE DE MADAME DE COURYILLE
« On Fa vu passer de la tour Saint-Pierre au corps de garde de la porte des malades, révolté de ce traitement, mais « résigné ainsi que l'agneau que Ton « sacrifie ».
« On l'a vu avec une forfanterie plus ridicule encore « fournir de sa bourse l'argent nécessaire « aux personnes qui venaient l'arrêter et payer les « frais d'un voyage qui ne lui présentait que la pers- « pective d'un avenir fort malheureux », et l'on sait maintenant qu'il payait avec l'argent d'une dame d'Autun à laquelle il avait vendu de faux saufconduits. »
Détails confirmés par une lettre que le prince de Robecq, commandant général de la Flandre et du Hainaut, écrit de Lille à Vergennes, le 22 septembre 1785 *. Les créanciers de d'Étienville avaient apposté des huissiers aux portes de la ville, afin d'arrêter leur débiteur au moment où il en sortirait. Les records ne manquèrent pas leur coup ; mais Précourt de revendiquer avec énergie son prisonnier, en vertu de l'ordre du roi délivré par Vergennes. Malheureusement la lettre en était demeurée entre les mains du chargé d'affaires à Bruxelles. Le débat fut porté devant le prince de Robecq qui résolut de garder l'objet du litige, d'Etienville, en prison jusqu'à ce que l'affaire fut éclaircie. Finalement Hirzinger envoya Y « ordre du roi ». Précourt l'emporta.
« Enfin le voilà à Versailles, toujours conduit et gardé par le sieur de Précourt comme un criminel. Mais ici la scène change. Le fugitif d'Étienville, poursuivi comme un voleur, arrêté par ordre du roi,
L Arch. des Aff. étrang., Mém. et docum., France 1399. fos 197-198. — Cf. Lettre du même au maréchal de Ségur, ministre de la eruerre, ibid., f° 507.
l'affaire du colliek.
et le baron de Fages, qui se prétendait volé, et le sieur de Précourt, porteur de l'ordre prétendu, le coupable et les deux satellites, si divisés jusqu'à présent, n'auront plus que le même intérêt, les mêmes alarmes : c'est un triumvirat dont d'Étienville devient le conseil et va diriger les démarches. »
Le comte de Précourt et le baron de Fages arrivèrent le 28 septembre à Versailles, avec leur prisonnier. Précourt se présenta à Vergennes.
« Je ne peux, ni ne veux me mêler de cette affaire, répondit le ministre des Affaires étrangères. Vous êtes maintenant en France, tous les tribunaux vous sont ouverts. Vous pouvez vous y adresser, vous obtiendrez justice. »
Et le ministre insistait pour que Précourt et de Fages menassent leur homme au lieutenant de police. Précourt se révolte. D'Étienville Ta suivi de bonne grâce : ce n'est pas à la police qu'il le livrera. Et il exposait à d'Etienville que Vergennes, qui connaissait à présent les dépositions des prisonniers de la Bastille, ne voulait pas compliquer le cas du cardinal déjà extraordinairement compliqué, qu'il ne désirait pas qu'on poursuivît l'affaire de la dame de Courville et qu'il conseillait à d'Etienville de se réfugier dans l'enclos du Temple pour se mettre à l'abri de ses créanciers. Ce qui fut fait. Et pour se mettre à l'abri de ses créanciers également, qui avaient obtenu contre lui une sentence aux consuls *, le baron de Fages rejoint son prisonnier. D'Etienville et de Fages, redevenus compères et compagnons, vivent deux mois côte à côte dans l'enclos protecteur. Ils font des démarches auprès du lieutenant de police, auprès de
1. Lettre de Fages à Vergennes du 26 févr. 1786, Arch. des Aff. étrang., Mém. et docum., France 1400, f° 38 v°.