LA FUITE DE MADAME DE COURVTLLE
de la famille du cardinal de Rohan, promettant à celui-ci une discrétion absolue, voire des dépositions favorables, moyennant de légers secours. Ils apprennent que la prétendue baronne de Courville est réfugiée à Londres. Nonobstant cette cohabitation et cette intimité, de Fages continue de porter plainte contre d'Etienville, artifice nécessaire à écarter d'eux l'accusation d'escroquerie, car on ne doit pas supposer qu'ils aient été d'accord pour duper les joailliers et autres fournisseurs. Enfin d'Étienville, poursuivi pour affaire plus grave, les faux saufconduits délivrés à la dame d'Autun, est chassé de l'asile du Temple et cherche refuge à Saint-Jean de Latran. Le 22 décembre 1785, il est écroué au Grand Châtelet.
Aux accusés on réunit tous les témoins qui parurent utiles : la comtesse de Cagliostro, Mme de la Tour et Marie-Jeanne, la jeune fille encore innocente qui avait vu la reine dans un bocal plein d'eau; Rosalie, la soubrette ; le baron de Planta ; Me Laportc, qui avait parlé à Mme de la Motte du collier; Grenier, l'orfèvre; Du Clusel, premier commis de la Marine, et Claude Gcrval, dit l'Italien, qui avaient négocié des bons de finance que les La Motte disaient tenir du cardinal , enfin Toussaint de Beausire , arrêté à Bruxelles avec sa maîtresse, Nicole d'Oliva. Tous furent logés à la Bastille.
Voici donc, à l'exception du comte de la Motte, tout notre monde sous les verrous du roi. Louis XVI offrit au cardinal de s'en rapporter, soit à la décision de son souverain, soit au jugement du Parlement.
Rohan choisit le Parlement par la lettre qui suit :
Sire,
J'espérais par la confrontation acquérir des preuves qui auraient convaincu Votre Majesté de la certitude de la fraude dont j'ai été le jouet et alors je n'aurais ambitionné d'autres juges que votre justice et votre bonté. Le refus de confrontation me privant de cette espérance, j'accepte avec la plus respectueuse reconnaissance la permission que Votre Majesté me donne de prouver mon innocence par les formes juridiques et, en conséquence, je supplie Votre Majesté de donner les ordres nécessaires pour que mon affaire soit renvoyée et attribuée au Parlement de Paris, les Chambres assemblées.
Cependant, si je pouvais espérer que les éclaircissements qu'on a pu prendre et que j'ignore, eussent conduit Votre Majesté à juger que je ne suis coupable que d'avoir été trompé, j'oserais alors vous supplier, Sire, de prononcer selon votre justice et votre bonté. Mes parents, pénétrés des mêmes sentiments que moi, ont signé.
Je suis avec le plus profond respect, etc. Signé : le cardinal de rohan,