Charles-Louis Hû. épicier
de distribuer un mémoire, on donnait de l'or à tous les Français qui n'en ont pas1. »
Il y eut des désordres rue des Maçons, où Doillot logeait2. On dut faire garder la maison par des soldats du guet. Dix mille exemplaires furent ainsi distribués de la main à la main; les libraires en vendirent cinq mille en une semaine, et en quelques jours Doillot reçut trois mille lettres de demande 3.
L'idée d'impliquer Cagliostro dans l'intrigue avait été, comme dit Georgel, d'une adresse diabolique. Si Jeanne de Valois eût jeté de prime abord son accusation sur le cardinal de Rohan, nul n'y eût ajouté foi. Par ses allures, Cagliostro était suspect, et on connaissait l'empire qu'il avait sur l'esprit du cardinal. L'alchimiste, insinue-t-elle, a dépecé le collier pour en grossir « le trésor occulte d'une fortune inouïe ». « Pour voiler son vol, écrit Doillot, il a commandé à M. de Rohan, par l'empire qu'il s'est créé sur lui, d'en faire vendre et d'en faire monter de faibles parcelles à Paris par la comtesse de la Motte, d'en faire monter et vendre des parcelles plus considérables en Angleterre par son mari. » Quant à l'idée que le collier eût pu être acheté par la reine, dans un beau mouvement d'indignation Mme de la Motte la traite de blasphème criminel.
La défense de Cagliostro est une merveille, étonnante d'éclat, de hauteur et d'ironie. De ce jour l'attention des lettrés, des écrivains, des salons et des cafés littéraires, fut attirée sur un débat où l'on allait voir, comme en un tournoi du Parnasse, rivaliser les plumes les plus habiles.