VOILA DU NOUVEAU ! VOILA DU NOUVEAU
L'émotion et l'intérêt produits par les brochures des avocats étaient encore surexcités par les libelles et les pamphlets que l'affaire faisait éclore de toute part : le Garde du Corps, par Ch.-Jos. Mayer, les Réflexions de Motus, les Observations de P. Tranquille par Charles -Louis Hû,le Conte orientales Lettre de Vabbë G... à la comtesse et la réponse de la comtesse à l'abbé, le Recueil de pièces authentiques, la Lettre à l'occasion de la détention du cardinal, les Mémoires authentiques pour Cagliostro, la Dernière pièce du Collier; combien d'autres! Parmi les auteurs de ces pamphlets, on trouve des perruquiers, des épiciers, des commis de librairies. Toutes les têtes s'en mêlaient. Une imprimerie clandestine, blottie dans un fond de cour, rue des Fossés-Saint-Bernard, était entièrement occupée à l'impression des plaquettes relatives à l'affaire du Collier. Elle était dirigée par Louis Dupré, dit Point, garçon perruquier — Figaro était un type de l'époque — et Antoine Chambon, commissionnaire en livres. Les deux associés furent enfin découverts et embastillés le 21 mars 1786 4. Mais devant la plus
I, La Bastille dévoilée, III, 10S.
grande partie de ces publications malignes, les efforts de la police demeuraient impuissants et ses poursuites n'avaient d'autre effet que de piquer la curiosité publique. Et les nouvellistes de déployer leur imagination. Toutes les feuilles de France et d'Europe suffisaient à peine à contenir leurs informations. Que devenait sous leur plume la scène du Bosquet? « En accordant ses faveurs au cardinal, la d'Oliva lui faisait accroire, les deux têtes sur le même oreiller, qu'elle était la reine elle-même; de là, les grandes idées d'ambition du prélat qui se flattait de devenir premier ministre1. » Quant au comte de la Motte, on assurait que, forcé par le lord-maire de quitter Londres, il s'était réfugié à Constantinople, où il s'était fait circoncire et avait pris le turban '2. Ajoutez l'exaltation des esprits en ces années qui précèdent la Révolution, et vous imaginerez l'agitation qui naquit du procès. Les caricatures devinrent si violentes que la police les interdit à leur tour3.
Ces mesures stimulaient l'ardeur des collectionneurs, bibliophiles, amateurs de plaquettes et d'estampes. On voulait avoir tous les mémoires imprimés, brochures, pamphlets, petits vers et chansons que l'affaire faisait naître au jour le jour. On tira une série de vingt-deux portraits représentant tous les personnages en jeu. La plupart étaient de fantaisie. Les premiers qui portèrent le nom de Mme de la Motte n'étaient autres que des portraits de la Présidente de Saint- Vincent, tandis que le comte de la Motte était figuré par le prince de Montbarey. La même image servait pour d'Etienville et pour le baron de Fages.