‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 11 sur 80 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

"2^ l'affaiiip: Dr c:oi:fiiukr de lyon

Le parliculier, resté jusque-là taciturne dans la cour <it paraissant tout timide, comme gêné, s'approcha alors des voilures et chercha à prendre part à la conversation ; il se montra presque aimahle avec la veuve Dolgoff.

(( En voilà de l'argent qui ferait' mieux dans ma poche que dépense en fumée ! dit un particulier présent.

— Qu'en ferais-lu? grand Dieu, repartit un autre. Et puis, il ne faut pas vraiment le reprocher aux pauvres soldats de la République. Ce n'est pas avec les deux mille louis et le million de traites j)roleslées <?mportés par Buonaparte, qu'on a pu leur |)ayer des souliers, des vétemenls., du tabac et leurs fantaisies.

— Ben ! répondit l'autre, tu comptes donc pour rien le butin qu'ils font dans ce pays si riche, à ce qu'on dil !

— Comment, tout ça va ]>arlir l\^ec nous? dit le vovageur d'un air moins sîuivage.

— Une rude corvée,. riposta le courrier. La République pourrait ])ien au moins nous donner une escorte !

— Oli ! reprit le voyageur, j'ai mon sabre et je vous jure ([ue je sais m'en servir à l'occasion.

— Faut espérer qu'on n'en aura pas besoin, répondit Evcollbn. Mais c'est pas tout ça. Nous avons encore une demi-heure avant que tout ne soit (chargé. Nous allons souper. Viens-tu, Marguerite? Et vous, citdyen ?

— C'est pas de refus, (Ht l'autre. »

Et ils entrèrent tous trois au Plat d'Etain.

(( Tiens! que viens-tu faire, juon lieu? s'écria Excofn en ressortant une demi-heure après de l'hôtellerie

LA POSTE AUX LKTïRKS DE LA RUE MARTLN «î)

cl en apercevant son fils qui venail d'cnlrer dans la cour.

— Je faisais par ici une course pour maman, et j'ai voulu l'embrasser une dernière fois, avant ton départ, père !

— Tu as bien fait, mon gaillard; mais, vois-tu, je voudrais bien que tu prennes sous peu ma place, car je commence à me faire vieux et ces longs voyages me fatiguent. — Allons, Nanteau, en route! »

En eflet, le chargement était terminé et cinq heures venaient de sonner.

Nanteau, qui devait conduire la malle jus(|u*à Villeneuve- Saint-Georges, pour être ensuite remplacé par son camarade Etienne Audebert, portait la tenue traditionnelle des postillons : ample gilet rouge, veste bleue à boutons d'or, galonnée au collet et plus encore dans le dos entre les boutons, culotte en peau de daim, lourdes bottes à l'écuyère.

11 enfourcha prestejnient sa monture, tandis (|u'Excof- ■ fon embrassait son lils et faisait à son amie Marguerite - Dolgoir un signe d'adieu discret.

Celle-ci et le voyageur étaient devenus, d'autre j[)arl, pendant le repas, d'excellents amis, à tel j)oinl qu'au moment du départ, avant que de prendre place auprès du courrier, il lui avait demandé la permission de l'embrasser sans qu'elle eût eu la rigueur de le lui refuser ^.. Peut-être même se dirent-ils : a Au revoir I » Certes, ils se reverraient un jour, et dans (|uelles conditions î

Mais déjà, au milieu de l'enconibremenl et du brouhaha de la rue, des crieries des marchands ambulants:

1. Ce fait, si })izarrc qu'il jmisse ])araitre, est cejR'iKhiiil vériclique et se trouve meutiouné dans 1 acte d'accusaliou.

porteurs d*eau, vitriers, brocanteurs, maraîchers, étameurs de casseroles, repasseurs de couteaux, raccomriiodeurs de faïence, carreleurs de souliers, fontainiers, lunettiers, marchands de plaisir, de coco, de mouron, de cresson, de quatre-saisons, de parapluies ou de bricà-brac, enfin, des brelandiers de toutes sortes ; au mi- ^ lieu des piailleries des gamins, au milieu des effronteries des filles, déjà à cette heure où la vie de plaisir allait commencer, quœrentes qaem dévorent ; au milieu de l'encombrement des voitures, du hennissement des chevaux, du bruit des grelots, des claquements de fouet, la malle avait quitté la cour de la Poste, et c'était presque une joie d'abandonner Paris trop bruyant par cette belle journée de printemps qui semblait finir si gaiement! On se sentait heureux de vivre.

A ce moment, Hornus, un des employés de la Poste, s'apercevant qu'il venait [d'oublier ses ciseaux dans la malle, s'élança à la poursuite de la voiture, espérant encore la rattraper ; mais celle-ci avait déjà tourné la rue de Meslay pour gagner les boulevards et filait au galop de ses trois chevaux vers Gharcnton par la porte Antoine.

La découverte du crime.

Le 9 floréal, vers cinq heures du matin, le sieur Mennessier, Directeur du jury de Melun, était précipitamment réveillé par sa servante et prévenu qu'un gendarme national venait d'arriver à toute bride, porteur d'un pli d'une extrême urgence.

Le magistrat passa à la hâte quelques vêlements et descendit aussitôt.

Le gendarme, en lui remettant la lettre dont il était porteur, l'avisa qu'on venait d'assassiner, en Ire Lieursaint et Melun, au pont de Pouilly, le courrier et le postillon de la malle de Lyon, dont un cavalier, venant de Lieursaint, avait aperçu les cadavres dans un champ de blé. La malle se trouvait un peu plus loin, près du chemin de Pouillv.

Le juge Mennessier brisa fébrilement le cachet du pli qui lui était remis, et lut :

Melun, ce 9 floréal an IV de la République.

I/Accusateur public du Tribunal criminel au citoyen Directeur du jury de Melun.

Le juge de paix du canton de Boississe, citoyen, a été requis de se transporter à l'instant au lieu où le courrier de la malle a été assassiné la nuit dernière, je vous transmets la lettre que ce juge de paix m'a écrite et dans la-

34 l'affaire du COl'RRIKR DE LYON

quelle vous verrez qu'il lui est impossible de s'y transporter. Le cas requiert célérité, il faut mettre promptement en sûreté une partie de la fortune publique, il faut aussi promptement saisir les traces du délit, et toutes ces choses ne peuvent se remettre. Je vous prie donc, vu l'empêchement du juge^de paix du canton soussigné en la lettre ci-jointe, commettre sans d^lai, en vertu de l'article oj du Gode des Délits, le juge de paix le plus voisin; je crois que vous penserez comme moi que le citoyen Beau, juge de paix de la ville de Melun, est susceptible de votre réquisition.

Salut et fraternité, Defain.

Après avoir parcouru rapidement la lettre du juge de paix de Boississe, par laquelle celui-ci se déclarait empêché, ayant convoqué, ce jour-là, devant lui, plusieurs personnes pour une afiaire urgente, le citoyen Mennessier donna aussitôt commission au citoyen Beaiï d'instruire Taffaire et chargea, en outre, le gendarme d'aviser de vive voix les autorités de Melun dé ce qui se passait.

Malgré l'heure matinale, toute la ville fut bientôt au courant du crime de la nuit. Le postillon Garon, de Lieursaint, qui avait aperçu le premier les cadavres et la malle, et le gendarme, porteur de la première nouvelle au juge Mennessier étaient accablés de questions et cent fois au moins il leur fallut recommencer leur récit.

L'émotion fut à son comble quand vers cinq heures et demie, les habitants, sur le pas de leur porte, virent passer au grand trot la berline qui transportait sur le lieu du crime les magistrats enquêteurs.

Après la côte, au sortir de Melun, le postillon, qui précisément se trouvait être celui qui avait apporté la nouvelle du double assassinat, mit ses chevaux

LA DÉCOUVERTE DU CRIME 3o

au galop, car il ii*y avait point un instant à perdre pour ramener à la vie, s'il était possible, les malheureuses victimes de ce drame et retrouver la trace des assassins.

La berline, dans laquelle se trouvaient les citoyens Defain, accusateur public près le Tribunal criminel de Seine-et-Marne; Guyardin, commissaire du pouvoir exécutif; Jean Beau, juge de paix, et son huissier, Denis Chabouiller; Silvestre Ballu, officier de santé; Julien, directeur de la poste aux lettres; Nicolas Petit, contrôleur de la poste, était escortée des deux gendarmes à cheval, Barré et Huguet.

Chemin faisant, on ne s'entretint que de l'atrocité du crime, de l'insécurité des roules, et des moyens de répression à employer à l'égard des brigands et rôdeurs qui continuaient à parcourir les campagnes.

Mais le postillon venait de ralentir l'allure. On était à l'auberge de la Fontaine-Ronde et à quelques pas seulement du lieu du crime. Les magistrats descendirent alors de voiture et préférèrent se rendre à pied jusqu'au pont de Pouilly pour commencer à relever, s'il était possible, quelques indices intéressants.

Enfm on arriva à un petit pont de pierre, jeté sur le ruisselet qui va de Pouilly-le-Fort à Savigny. Malgré la sécheresse, on voyait encore sur la route les traces des roues de la malle qui avait été détournée dans les terres du côté de Pouilly; l'empreinte des pieds des chevaux était fortement marquée, comme si à cet endroit ils se fussent cabrés.

Il faisait une délicieuse matinée de printemps et la nature radieuse s'éveillait au milieu d'un calme immense, troublé seulement par le chant des oiseaux, et le cri-cri des grillons dans les blés. Ce silence, plein de vie, sur le lieu même que quelques heures aupara-

vant la mort horrible et tragique venait de hanter, était poignant.

Au bout d'un instant, l'un des gendarmes découvrit sous le pont, dans l'herbe du ruisseau, une paire de grosses bottes à revers, celles du postillon, sans doute, lesquelles portaient encore des traces de sang.

Un petit bois, des buissons, quelques peupliers formaient a droite vers Pouillv un rideau de verdure arretant la vue, mai« il était facile de se rendre compte que c^était de ce côté qu'on avait conduit la malle.

Après quelques pas faits dans le chemin conduisant à Pouilly-le-Fort, lequel, assez mal enl retenu et aux ornières profondes, contournait ce bouquet d'arbres, les magistrats aperçurent un corps couvert de blessures, la tète enfouie dans l'herbe du champ conligu. Le citoyen Julien le reconnut pour celui d'Etienne Audebert, le postillon, et l'officier de santé, après l'avoir longuement examiné, ne put que constater le décès.

Le cadavre était horriblement mutilé; le corps avait été littéralement haché de coups de sabre. Le poignet droit avait été complètement coupé, et la main gisait à côté. Deux plaies béantes avaient été faites, l'une à l'épaule, l'autre à la poitrine à la hauteur du téton droit; un coup de pointe l'avait atteint au ventre et la lame avait pénétré jusqu'à Testomac. Il avait dû cependant opposer une certaine résistance, car il avait reçu quatre entailles à la main gauche avec laquelle il avait dû essayer de parer les coups. Quant à la léte, elle était tout ensanglantée ; un coup de sabre avait divisé la commissure des lèvres du côté droit jusqu'à l'articulation des deux mâchoires, le nez était fendu, la pommette gauche coupée, l'œil gauche presque complètement arraché de rorbilc. Le crâne enfin était fendu. Il portait encore à la cuisse gauche deux c()U[)s de pointe.

LA DKCOrVEUTE DU CHIMK 39

Un ])eu plus loin, à gauche, dans un chemin hcrhoux, apparut la voiture, le derrière tourne du côté de la route, tous les paquets épars sur le blé, quelcpies uns formant un gros monceau.

Deux des chevaux de la malle sur Irois élaient atfachés là à un arbre et broutaient Therbe auprès d'eux, tranquillement, comme si 'rien d'anormal ne s'était passé quel([ues heures auparavant.

Tout autour, dans le champ de blé, que les gendarmes dirent appartenir à Pierre Charron fils, laboureur à PouilIy-le-Forl, l'herbe déjà haute élail foulée par endroits, piélinéo.

C'était là que gisaif le c^idavre ensanglanté du courrier ExcofTon.

L'instrument dont on s'était servi pour le tuer devait être un couteau-poignard av(^c lequel trois plaies profondes lui avaient été faites à la poitrine et au ventre; le cou était tailladé d'un coup de sal)re.

Laissant l'officier de santé Balu faire })rès des cadavres toutes ces consliilations, le juge Beau revint vers la voilure et les paquets saccagés. On retrouva éj)ars, après quelques recherches, une houppelande grise bordée de bleu, un sabre cfissé portant sur la lame, sinistre ironie, rinscri])tion, d'un côté : (d'honneur me conduit », de l'autre : « pour le salut de ma patrie », le fourreau d'icelui avec un ceinturon de maroquin rouge, un éperon argenté, une gaine de couteau, une paire de lunettes avec rétui ; enfin, un portefeuille a[)[)artenant au courrier Excofîon et que les assassins a> aient négligé, bien qu'il contînt aGo livres en assignats, des papiers, des lettres, \m billet de /|0 livres payable à Marseille, ileux })aquets d'assignats de 2000 livres ^

1. Outre los ol»j<5ts siis-inentionnés, on avait encore trouvé sur Excoll'ou et dans lu malle certains objets présumés lui npparte-

40 h AFFAIRK DU COURRIER DE LYO?î

Ces oljjets ayant été soigneusement inventoriés, le citoyen Beau fit réattcler les deux chevaux de la malle, y plaça les cadavres ainsi que tout ce qui avait pu être retrouvé et chargea Julien de ramener à Melun la voiture du malheureux Audcbert, avec permis d'inhumer les victimes, puisqu'on n'avait aucun doute sur leur identité et qu'ils étaient parfaitement j-econhus.

Toutes ces recherches et ces formalités avaient demandé un assez long temps, car les magistrats ne purent être de retour à Melun avant quatre heures du soir .

Le juge (le paix procéda aussitôt à Texamen des divers paquets et au dépouillement des papiers retrouvés sur le lieu du crime, ils étaient généralement peu intéressants', l^es dix boîtes de bois blanc qui avaient contenu les assignats étaient complètement brisées. Elles portaient la marque de la Trésorerie et l'adresse des différents payeurs, il y avait aussi plusieurs ballots de marchandises expédiées à des particuliers : des étoffes,

nir : 23î)(X) livres en 99 assignats ('e 100 livres, 4 do 250, 1 de 1000 et de 2000, jn-esqne tous tachés de sang; un portel'ouille contenant une somme do 2G0 livres en argent, une traite à vue de 45000 livres payables à lui Escoffon, signée Rambert et adressée au citovon Requise à Marseille, qu'il i)ortait, ainsi que sa « vache » (valise) dans laquelle il y avait des lunettes, une lanterne cassée, une culotte l)lanche, deux chemises, des mouchoirs rouge et l)lanc, une lioup])elande grise avec rebord bleu, une veste ou carmagnole de draj) vert-bouteille, un gilet à bandes bleues et noires, une culotte de j)eau, deux autres vestes, des bottes, une paire de bas, une chemise et un mouchoir de soie.

Quant à Audebert, le postillon, les objets dont on lui attribuait la ])ropriété étaient : une paire de « grosses l)Ottes avec souliers dedans » ensanglantés, le fouet dont le manche était également taché de sang et gardait encore (pielques cheveux arrachés» un chapenu ctupé d'un (;uup de sabre, une petite redingote bleue, une paire de gants (loul)lés de poil, une culotte de velours de coton, une chemise, une veste, un gilet, des bas. On ne trouva dans ses j)«K.hes (pie 12 gros sous, 2 gros sous de 2 sols et 1 pièce de G livres.

LA DÉCOIIVKRÏK DU CRIMK 41

du taffetas, des fichus, voire même une boîte de noix muscades * que les assassins avaient laissée intacte, non sans toutefois s'être assurés du contenu.

Tous ces objets qui, après vérification et inventaire, avaient été déposés dans le magasin de la direction des postes à Melun, furent réexpédiés à leur destination, tandis que trois employés et Tinspecteur Dagaiid, venus de Paris, travaillaient toute la nuit au tri et à la reconnaissance des dépêches.

Un objet, cependant, attira tout particulièrement l'attention du magistrat. C'était une paire de ciseaux, sur laquelle était gravé le nojn d'Hornus, et que l'inspecteur Dagand reconnut pour être à l'usage du Bureau de départ où, en efTet, le citoyen Hornus était employé.

Ne serait-ce point là la pièce inespérément révélatrice, bien que l'inspecteur Dagand affirmât que tout le monde tenait Hornus « pour honnête » et que ces ciseaux ne pouvaient que lui avoir été dérobés I

1. Cette boîte portait comme suscriptiou : « Aux citoyens Saussay frères, rue de rKiifant-qui-Pisse, à Lyon. Noix muscades », et au-dessous : « La boîte pèse 6 livres et demie, à 10 sols la livre en espèces, fait, pour le port, 3 livres 5 sols ».

Premiers Interrogatoires.

l^os gendcinnes, aussitôt après la découverte du crime et les premières constatations, s'étaient mis en campa<?ne pour retrouver les traces des assassins et rechercher les personnes qui, le soir du 8 floréal, avaient ])u se trouver sur la route de Melun.

11 fut procédé, le lendeiuain, par le juge de paix Beau, à leur interrogatoire.

Jean Chartrain, postillon chez le citoyen Duclos, maître de postes à Lieursaint, fut le premier entendu et déclara être parti à six heures du soir de Melun pour se rendre à Lieursaint et^ à environ une demi-lieue de cette localité, avoir croisé quatre hommes à cheval. A son retour, au bout d'une heure, il en avait retrouvé trois à peu près au même endroit, à la hauteur du parc du Plessis ; ils allaient tranquillement au pas, tandis que le quatrième, parti en avant, revenait vers eux au galop.

Ces ca>aliers d'ailleurs paraissaient bien mis, bien montés et avoir avec eux un porte-manteau assez lourd .

Auguste Duclos, le fds du maître de i)ostes, se rappela avoir demandé au courrier Flxcoffon, pendant

PREMIKHS INTKU«0(1AT0IUKS 4^

qu'il délivrait les trois chevaux de la uialle, s'il avait quelqu'un avec lui, ce à quoi celui-ci avait répondii (( qu'il n'avait qu'un voyageur qu'il ne connaissait pas du tout el que. pour cette raison, il ne voulait rien payer pour li^i; que, d'ailleurs, il l'avait j)rovenu qu'il aurait à payer lui-même aux auberges où ils s'arrêteraient ».

« Vous ne savez rien d'autre? demanda le juge.

— Non, citoyen, si ce n'est que c'est le postillon Caron qui a prévenu du crime, ainsi que le citoyen Martin, suppléant du juge de paix. Mon père m'a fait aussitôt partir à cheval et est allé lui-même prévenir les gendarmes.

— Veuillez signer votre déclaration. »

Le juge entendit ensuite Louis Mulotteau qui avait vu passer sur la route, vers huit heures du soir, deux, cavaliers dont l'un avait un cheval gris pommelé; et le citoyen Pinard, marchand de peaux de lapins, à Meauxen-Brie, 807, rue du Fauhourg-Cornillipn.

Ce dernier s'était trouvé à la sortie de Lieursairit^ après le bout du parc, en même temps que quatre cavaliers, dont l'un lui avait paru être habillé en bleu, tandis que les autres étaient en brun ou en gris.

A ce moment, un de ceux-ci s'inforuïa, auprès de deux ouvriers qu'ils rencontrèrent, à quelle heure passait la malle.

« Tard, lui répondirent-ils, quand nous revenons de notre travail, vers sept heures et demie. «

Quant aux chevaux, l'un était rouge à courte ([ueue, deux autres paraissaient jioirs et le quatrième « blond » .

Enfin la femme du brigadier de gendarmerie de

Lieursaint, la femme Pomart, déclara que : « étant

• inquiète devoir que son mari n'était pas rentré à huit

44 1^ AFFAIRE DU COURRIKR DK LYOX

heures du soir ce 8 floréal, elle était sortie de chez elle par la porte de derrière, mais s'étant avancée un peu sur la roule pour voir si elle n*apcrcevail pas son mari, elle vit près d'elle un homme inconnu et qui avait l'air étrange. Au même instant, oelui-ci ayant vu la malle partir s'en était allé avec la plus grande vivacité! Folle de peur, elle était rentrée chez elle. Son mari était rentré peu après et ils s'étaient couchés ». Mais tout ceci était encore bien vague.

Cependant la dernière déposition fut plus précise. C'était celle de Laurent Chabaud, marchand à la Fère- Champenoise.

Parti à onze heures du matin, en carriole à un cheval, il s'était arrêté à une heure à Montgeron, à l'auberge de la Chasse.

(( Dans la même salle que moi, déclara-t-il, se trouvaient déjà installés quatre particuliers dont trois pouvaient bien avoir 5 pieds a pouces S et le quatrième 5 pieds Ix pouces-. Trois portaient des bottes, et l'un avait des éperons argentés. Ixiurs chevaux, qui étaient . à l'écurie près du mien, étiiient : l'un noir, l'autre blanc, les deux derniers de la taille dragon, à courte queue. L'homme qui montait le cheval noir était sans bottes et portait une houppelande à revers de poils.

— Sont-ils restés longtemps à l'auberge? questioima le juge.

— Je Jie sais, citoyen. Ils étaient arrivés avant moi et sont repartis avant. 1/aubergisle m'a dit qu'ils étaient arrivés séparément, deux d'abord, puis un, puis un. Leurs selles avaient des fontes et des pistolets.

— De quel côté sont-ils partis?

— Du côté de Melun. Je les ai rejoints et dépassés .

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