‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 13 sur 80 · était dix heures et demie du soir · texte numérisé non relu

était dix heures et demie du soir

46 l'affaire Di; courrier de lyo>

Rosière, porteur d*un mandat d'amener contre le citoyen Hornus, employé au Bureau du départ à THôtel des Postes, tandis que, persuadé qu'il tenait la bonne piste, il rédigeait son rapport qu'il concluait en ces termes :

Jusqu'à présent, il est présumable que le voyageur qui était avec le courrier et que Ton ne retrouve point est un des auteurs du crime; que l'on peut vraisemblablement soupçonner que le voyageur, d'intelligence avec quatre particuliers à cheval qui nous sont désignés pour avoir fréquenté la route d'une manière suspecte, ayant été rencontré par les quatre particuliers au lieu indiqué, a assassiné le courrier de trois coups de coulçau, tandis que les quatre particuliers attaquaient à force ouverte le postillon qui paraît s'être vigoureusement défendu ;

Que le vol commis l'a été à l'aide des ciseaux trouvés, et par des personnes ayant parfaite connaissance de la manière dont se chargent les malles ; que l'on peut croire que la République a perdu sept millions, d'après les renseigne- • ments à nous donnés par l'inspecteur des départs ; qu'il y a environ neuf mille livres en espèces, appartenant à des particuliers volés et des chargements considérables dont il est difficile d'apprécier la valeur, parce ([u'ils étaient faits à couvert ; qu'enfin, le vol une fois commis, le voyageur s'est emparé du cheval du postillon tué pour aller aussi vite que ses complices.

Dès son retour à Paris, l'inspecteur Dagand avait avisé l'Administration de la découverte qui avait été faite des ciseaux sur le lieu du crime. Aussi, à peine Hornus venait-il d'arriver pour prendre son service à l'Hôtel des Postes, qu'il était mandé pnr l'administrateur Mouilleseaux, lequel lui ordonna sévèrement de s'expliquer sur la présence, parmi les paquets de la malle, de la paire de ciseaux à son nom. Hornus fournit aussitôt

es explications satisfaisantes.

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Jl pensait dès lors en avoir à jamais fini avec cette odieuse accusation, quand, à son grand étonnement, il trouva, le soir, à son domicile, ii, rue Monlorgueil, le gendarme Rosière qui l'attendait et qui l'appréhenda.

Ce ne fut que le surlendemain que, conduit à Melun, il comparut devant le juge de paix Beau :

« D. — Vos noms?

R. -- Hornus, demeurant à Paris, ii, rue Monlorgueil, section du Contrat-Social.

D. — Vous êtes employé au bureau des Postes ? Vous savez ce qui vous est reproché ? Gomment expliquez-vous la présence de vos ciseaux parmi les objets trouvés sur lé lieu du crime?

R. — Rien de plus simple, citoyen. Je travaillais au Bureau du départ avec Charpentier, Cotti et Guénée ; j'ai dû perdre mes ciseaux dans les enveloppes de papier gris qui servent pour les dépêches de l'armée des Alpes. Cotti était parti avant nous ; j'ai cherché mes ciseaux et les ai réclamés à Charpentier, qui m'a répondu : (( Cotti a dû les emporter et les mettre dans « son tiroir. » Le citoyen Thivrier, chef de la roule des Armées, étaitprésenl et m'a entendu les denmnder à Charpentier. »

Celte réponse évidemment était plausible et, d'autre part, les renseignements fournis par l'Administration des Postes sur cet employé étaient satisfaisants. Dans ces conditions, le juge ne pouvait que le laisser en liberté provisoire, mais il l'avisa cependant de demeurer à la disposition de la Justice.

Par contre, c'était malheureusement une première piste précieuse qui échappait et il ne restait plus que le mandat d'amener décerné contre les quatre ([uidams anonymes, dénoncés par les premiers témoins. Mais comment, avec des renseignements aussi vagues et dos

signalements aussi imprécis, parvenir à découvrir ces assassins et à s'assurer de leurs personnes.

Plusieurs jours s'écoulèrent ainsi et la Justice commençait à désespérer, lorsque le gendarme Bard et le brigadier Laurent Huguet, chargés d'enquêter, rapportèrent le fait suivant :

On avait trouvé à Paris, errant près des Minimes de la place Royale, le cheval du postillon qui avait servi de monture probablement au voyageur de la malle pour revenir à Paris après le crime.

D'autre part, le 9 floréal, vers quatre heures du matin, un nommé Etienne Couriol ou Corriole, demeurant rue du Petit-Reposoir, 200, avait amené chez le citoyen Morin, 227, rue des Fossés-Gcrmain-l'Auxerrois, quatre chevaux, dont le signalement correspondait assez bien à celui des montures qu'on avait rencontrées sur la route de Lieursaint à Melun, le soir de l'assassinat.

Le Bureau central avait aussi recherché quel pouvait être le mystérieux voyageur, à coup sûr complice des assassins, et l'on avait trouvé, sur le registre de l'Administration municipale du l" arrondissement de Paris, que, le 3 floréal, un nommé Pierre Laborde, marchand de vin, natif de La Tour-du-Pin, était venu fiiire viser son passeport qui lui avait été délivré, le 10 ventôse, par la municipalité de Lyon où, disait-il, il voulait retourner. Son signalement était le suivant :

Taille "> pieds 2 pouces * , cheveux et sourcils noirs, nez effilé, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et gravé.

Le juge Beau ne put que décerner contre ce Laborde un mandat d'amener el ordonner qu'une perquisition

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fût faite au domicile du nommé Couriol ou Gorriole.

Après maintes recherches, on ne j)arviiit à découvrir qu'un J^aborde, et encore él ail-ce un nommé Pierre Laborde, demeurant, 48, rue de llohan, et qui, depuis deux mois et demi, était à l'armée d'Italie.

J^e voyageur de la malle avait cerlainemenl pris ce nom pour détourner les soupçons.

La descente de justice, rue du Petit-Reposoir, 200, section de Guillaume Tell, chez le citoven Parmenlier, où habitait le nommé Etienne Couriol, eut lieu le 18 lloréal. Mais il était trop lard, le particulier avait filé.

On apprit seulement que cet individu avait vingthuit ans, se disait natif d'Avignon et vivait avec sa maîtresse, une fille Madeleine Jkeban, âgée de vingt ans. Dès le lo floréal, ils avaient disj)aru de la rue du Petit-Reposoir. et s'étaient réfugiés, 27, rue de la Bûchcrie, chez un iiommé Richard.

On sut même par deux postillons, les nommés Couvellaire et Pigeon, que ce Couriol avaitciuitté Paris pour aller à Château-Thierry el que les citoyens Richard et Bruer l'avaient accompagné jusqu'à Rondy et étaient revenus seuls.

Sans désemparer, l'inspecteur de police Houdon fut chargé de suivre et de retrouver les traces de ce Couriol.

L'arrestation de Couriol et de la fille Breban.

<( Gitoyea Gohier, au nom de la Loi, ouvrez ! » s'écria par deux fois, dans la nuit, une voix autoritaire, tandis qu*on frappait violemment le marteau de la porte.

Le citoyen Gohier, préposé aux transports militaires à Château-Thierry, se leva précipitamment.

Qui pouvait ainsi, à cette heure, près de minuit * désirer si impérieusement lui parler?

Au milieu de ces temps troublés, tout était à craindre, même à Château-Thierry î Aussi crul-il prudent de s*assurer, par le judas entr'ouvert, de l'identité de son interlocuteur. Mais la nuit était noire et la lueur de sa lanterne ne lui permettait point de reconnaître ses traits :

((Qui va là? demanda-t-il.

— Le citoyen Mongin », lui fut-il répondu.

C'était le juge de paix de Château-Thierry, avec lequel il avait toujours eu d'excellentes relations. Pleinement rassuré, il n'Iiésita plus à ouvrir. Mais celui-ci n'était pas seul.

1. Le procôs-verljal i)orto exactement : « 19 floréal an IV, onzième heuTO du soir. »

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