‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 14 sur 80 · L ARRESTATION DE COURIOL ET DE LA FILLE HREBAN · texte numérisé non relu

L ARRESTATION DE COURIOL ET DE LA FILLE HREBAN

« Est-il possible, citoyen Mongin, de réveiller les honnêtes gens à cette heure I Qu'y a-t-il donc de si yrgent pour votre service? »

Le juge de paix prit une mine sé\ere ot répondit : « Des affaires très graves nramèaent chez vous, Gohier; je regrette même de vpus voir mêlé à toutes ces histoires, bien involontairement, j'en suis persuadé. La présence de ces gendarmes, que vous voyez avec moi, vous indique assez que la Justice a une mission à accomplir. Puis, ajouta-t-il en baissant la voix, ce citoyen qui m'accompagne est l'inspecteur de police, Heudon, arrivé ce soir même de Paris. Vous voudrez bien répondre comme à moi-même aux questions qu'il vous i)osera. m

Heudon ferma la porte après que fussent entrés derrière lui l'agent de la commune, Aubry, officier de police judiciaire et le lieutenant de gendarmerie, Guillyot, chacun portant un falot. Un gendarme était resté de {action près de la porte, avec ordre de ne laisser sortir personne.

(( Citoyen, demanda le juge de paix Mongin en s'adressant à Gohier, n'avez-vous point chez vous des personnes étrangères à votre famille?

— Si fait, citoyen, j'ai mon ami Guénot, comme moi préposé aux transports militaires de Cambrai et de Douai, qui s'est arrêté ici, en revenant de Paris.

— Vous ne logez personne d'autre ?

— Pardon, citoyen, vous ne me laissez pas le temps de répondre, j'ai encore un ami et sa femme qui viennent aussi de Paris. C'est un nommé Etienne, dont j'ai fait connaissance il y a quelques mois, et qui, se rendant en Champagne, a tenu à me visiter en passant.

— Où avez-vous fait sa connaissance?

— A Paris, chez le citoven Richard. Je le vonQiVs vvVç^x'è.

pour la première fois. 11 m'a parlé d'iiii voyage qu'il devait faire en Champagne j)our y acheter des vins. Gomme il me disait soft intention de passer par ici, je

ne pouvais faire autrement que de l'inviter de venir me voir, car, étant du pays, je pouvais lui donner quelques conseils pour ses achats de vins.

— Où se trouve ce citoyen pour le moment?

— Il est eu haut, dans sa chambre, et doit dormir. » Heudon, ayant appelé deux gendarmes, demanda à

ê!rc conduit à cette chambre.

Précédés de Gohier, les magistrats montèrent au premier étage. Une porte s'entrebâilla, et un homme, que tout ce bruit avait réveillé, regarda d'un air étonné ces citoyens et cet officier de gendarmerie.

C'était Guénot.

Gohier, à la dérobée, lui lit signe de se taire.

« C'est ici, dit Gohier, quand on fut devant la dernière porte au fond du couloir, n

Le juge Mongin entra brusquement, suivi des autres représentants de l'autorité.

La chambre était grande; elle donnait, d'un côté, sur la grand'route de Paris et la rivière de Marne ; de l'autre, « sur le chemin des ponmies » ; le lit se trouvait placé près de la porte; des vêtements, sur une chaise au pied du lit ; à gauche de la fenêtre, dans un coin, une armoire; auv murs, quelques dessins, évocation des journées révolutionnaires.

A la lumière des falots et devant cette irruption, un des deux corps, couché sur le lit, s'était dressé.

Mal ré\eillé encore, stupéfait de voir tant de visages autour de lui, Couriol s'écria :

Bon Dieu î si c'est ])ermis de faire peur aux gens de celte façon ! Laissez-nous dormir ! »

Les chandelles avaient été allumées.

Page 1