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LK PROCES CRIMIMJL 109
rhabit noir, avec un manteau de soie à parements, le tout de même couleur; cet habit était rayé d*un ruban tricolore porté en sautoir, et au bout duquel était attachée une médaille dorée sur laquelle était écrit : (( La Loi » .
Ils étaient coilTés d'un chapeau rond relevé sur le devant et surmonté d'un panache de plumes noires.
Le Président et le Commissaire du Gouvernement avaient toutefois le chapeau relevé par un bouton et une ganse d'or.
En outre, la médaille pour ce dernier portait : a La. Loi et la Nation ». Ce n'était d'ailleurs, en la circonstance, qu'un substitut du Pouvoir exécutif, le citoyen Desmaisons, qui assistait l'accusateur public, Faure.
Quant au greffier, il portait le même costume que les juges, mais le chapeau était sans panache.
Le juge Dauba n ton se tenait avec quelques magistrats derrière le Tribunal.
Les accusés, séparés chacun par un gendarme, étaient déjà dans le banc des détenus, et dans Tordre suivant : Gouriol. Lesurques, Richard, Bruer, Bernard et Guénot.
Le Président fit l'appel des jurés, leur rappela la promesse de juger sans haine et sans crainte, exigée par l'article 243 de la nouvelle loi du 3 brumaire précédent, avertit les accusés d'être attentifs à ce qu'ils allaient entendre et donna la parole au greffier pour la
lecture de l'acte d'accusation :
Le huit floréai dernier, le citoyen Excoffon, courrier de la malle de Paris à Lyon, partit de Paris à cinq heures et demie du soir, chargé de cent douze dépêches pour la route de Lyon, ainsi que le constate la feuille, trente desquels paquets étaient cependant [>our la route de Lyon à Marseille*, <i'<i.^\. encore ce que /irouve cette feuiWe (\\û eç»\. ^\iw^^^<è •î^xi.'^
no L AFFAIRE DU COURRIER DE LYON
pièces *. Il résulte de la déclaralion du citoyen Ililaire, du 10 floréal dernier, déclaration par lui faite en sa qualité de contrôleur du bureau des envois à-découvert, que ce courrier était chargé notamment de 10 000 livres en numéraire et d'environ 792 000 livres en assignats, et de celle du citoyen Augustin-Dominique Laurent , sous-inspecteur des postes, qu'il y avait dans l'expédition de la malle du courrier Excoffon du 8 floréal : 7 millions en assignats qu'il devait remettre à treize difl*érents receveurs. Il résulte en outre des réclamations particulières qu'il y avait encore 5 000 à 6 000 livres en numéraire, une grande quantité de promesses de mandats, rescriptions, assignats, marchandises et bijoux. Ce qui est encore prouvé par le registre de la poste, c'est qu'un nommé Laborde est parti le même jour avec le courrier Excoffon, en vertu d'un ordre de l'administration et a payé pour la place, au profit de la Nation, une somme de 2 737 livres 10. Enfin un des témoins, qui l'a vu partir avec le courrier, dit que c'est un homme brun de figure, visage plein, ayant l'air rêveur, vêtu d'une redingote brune mélangée, ayant un chapeau rond, âgé d'environ quarante-huit ans, taille de cinq pieds trois pouces ou environ et qu'au moment où il monta dans la voiture on lui demanda s'il n'avait pas de paquet à y mettre, il répondit que non, qu'il n'emportait rien; enfin qu'il n'était armé que d'un sabre. Ce qui paraît encore certain, c'est que Laborde dîna ce jour-là avec le courrier Excoffon et embrassa même la citoyenne Dolgoff, parente du courrier, et qui ne le quitta qu'au moment de son départ. Il parait qu'il n'arriva rien d'extraordinaire sur la route jusqu'à Lieursaint. Cependant plusieurs témoins affirment qu'aux différentes portes où le courrier s'arrêta, ils trouvèrent à Laborde un air rêveur et pensif, et qu'Excoffpn, soit qu'il se méfiât de lui ou qu'il ne le connût pas assez, avait refusé de payer pour lui sur la route et déclaré aux maîtres de postes qu'il ne se chargeait pas de ce qu'il pouvait devoir. Il était à peu près huit heures et demie lorsqu'il partit de Lieursaint.
/. Voir ]>. 25.
A trois quarts d'heure de là, entre une auberge que Ton nomme « la Fontaine-Ronde » et une autre nommée « le Commissaire-Général », quatre hommes à cheval arrêtent le postillon, détournent la voiture et remmènent dans un petit bois qui est hors de route à quelque distance de ces auberges. Arrivés là, ils massacrent de la manière la plus cruelle Etienne Audebert, postillon, qui paraît s'élre vigoureusement défendu. Ils lui ouvrirent le crâne d'un coup de sabre, lui abattirent une main et lui percèrent le corps de trois coups mortels. Pendant ce temps Laborde, qui était d'intelligence avec les brigands, assassina de trois coups de poignard le citoyen Excoffon dans la voiture et lui coupa le col; puis ces scélérats s'étant partagés entre eux les 7 millions de livres en assignats dont le courrier était chargé pour le compte du gouvernement, le numéraire montant à peu près à 15 000 livres, les bijoux et les marchandises précieuses, reprirent bientôt après le chemin de Paris, Laborde monté sur le cheval de volée du postillon, assas- ^ •sine. C'est à peu près vers les neuf heures du soir que cet assassinat funeste arriva. Ce ne fut que le lendemain 9 floréal entre quatre et cinq heures du matin qu'on s'en aperçut. Le citoyen Duclos, maître de postes à Lieursaint, qui l'apprit dès premiers, envoya sur-le-champ en faire part à l'accusateur public à Melun. Le directeur du jury ayant appris que le juge de paix de Boississe-la -Bertrand ne pouvait se transporter sur les lieux, rendit sur-le-champ une ordonnance par laquelle il commit à la place le juge de paix du canton de Melun, juge plus voisin. Arrivé dans l'endroit où le crime s'était commis, il rendit un compte exact de rétat des choses, ainsi qu'il est prouvé par son procèsverbal du 9 dressé sur la place même où le crime a été commis, et il donna en même temps à la gendarmerie tous les ordres nécessaires pour suivre les traces des assassins. C'est sur la commune de Vert, lieu dit « Le Closcau », près le pont de Pouilly, qu'Excoffon et Audebert ont été massacrés. Les grosses bottes du postillon furent trouvées sous le, pont, une est ensanglantée, les autres \)^^^^^ ^^ ç.ç>\\n\çK\w\.
restées sur la* place sont une houppelande grise bordée de bleu foncé, un sabre cassé avec son fourreau, ce sabre ensanglanté ayant pour devise d'un côté sur la lame : rhonneur me conduit, sur l'autre : pour le salut de ma patrie, un deuxième fourreau de sabre, une gaine de couteau, un éperon argenté, la note des paquets remis à Excoffon, ensanglantée et d'autres objets inutiles ici. Parmi les recherches faites pour découvrir les auteurs de cet horrible assassinat, celles qui donnèrent le plus de lumières sont celles faites par les citoyens Huguet et Paumard : le premier, brigadier à la résidence de Melun; le second, à celle de Lieursaint. Ces recherches faites avec le plus grand soin et beaucoup d'intelligence jetèrent le plus grand jour sur cette affaire. Il en résulte que le 8 floréal dernier quatre particuliers furent vus voyageant à cheval sur la route de Paris à Melun sans motif apparent; qu'entre midi et une heure le premier, que tout prouve être Etienne Gouriol, arriva seul chez le citoyen Evrard, aubergiste à Montgeron% que d'abord il demanda à dîner pour lui seul, qu'étant parti plusieurs fois d'un air inquiet pour voir s'il n'arrivait personne du côté de Paris, il rentra précipitamment dans un moment et dit que l'on fît à dîner pour quatre; qu'en effet un instant après arrivèrent trois autres individus tous à cheval, que les chevaux montés par ces cavaliers étaient un petit noir monté par le plus grand, un double bidet gris mêlé moucheté et un bay clair, enfm que le cheval sur lequel était venu Gouriol était bay brun; qu'ils furent vus et bien remar((ués soit pendant leur dîner, soit depuis par un grand nombre de témoins ([ui en déposent. Qu'après dîner deux demandèrent des pipes, et tous ensemble allèrent prendre du café chez la citoyenne Châtelain, limonadière à Montgeron; qu'ils remontèrent à cheval à trois heures et s'en allèrent fort doucement jusqu'à Lieursaint. Qu'arrivés là,
1. L'aiihor^o Evrard, à Montjïcron, est aujourd'hui rHùtcl de la Chasse. Les deux bancs de ])ierre de chaque côté de la porte «l'culrée sont ceux sur lesquels s'assirent les assassins, après leur rejjas.
Couriol descendit chez la veuve Feuillôe et que, pendant qu'il y était à boire, un des trois autres, blond, que les témoins reconnaissent dans Lesunjues, iln des prévenus et qui s'étaient arrêtés chez le citoyen Champeau, aubergiste à Lieursaint, alla lui parler par la fenêtre, but un coup avec lui, puis l'emmena rejoindre les autres chez le citoyen Champeau ^ ; que Couriol demanda à ce citoyen de faire ferrer son cheval; qu'il le conduisit à cet effet chez le citoyen Motteau; que Couriol et Lesurques se promenèrent pendant quelque temps ensemble dans le village, ce qui les fit remarquer par plusieurs témoins ; qu'enfin ils en partirent entre sept heures et sept heures et demie ; qu'ils allèrent très doucement et pour ainsi dire en jouant sur la route du côté de Melun; qu'ils demandèrent à quel(|uos personnes à quelle heure passait la malle; qu'ayant appris ([u'elle ne passait que tard, et évidemment dans la vue de ralentir leur marche, Couriol qui sans doute était charjçé d'épier le moment de son arrivée retourna sur ses pas à Lieursaint sous prétexte d'aller chercher son sabre qu'il avait laissé dans l'écurie chez le citoyen Champeau; qu'arrivé là, il le retrouva en effet derrière la porte; que, pendant son absence, ce sabre avait été examiné par Champeau el sa femme qui le reconnaissent parfaitement aujourd'hui, ainsi que Couriol; qu'il mit encore scm cheval à l'écurie et lui fit donner à manger; qu'il alla encore sur le chemin do Paris pour voir si la malle n'arrivait pas ; que l'ayant entendue de loin, il revint avec beaucoup de précipitation chez Champeau, demanda un verre d'eau-de-vie, laissa à peine le temps de brider son cheval, se jeta dessus et partit au
1. L'auberge Champeau k Lieursaint est aujourd'hui riïûtel du Courrier de Lyon. La salle à manger actuelle est celle uù s'arrêtèrent les assassins. La haie-fenêtre qui donne sur la rue a seule été modifiée. An-dessus du comptoir de l'iiùtel existe, encastré dans le mur, un petit tableau cherchant à rej)résenler l'attaque du courrier. C'est une onivre de ])ure imagination profondément inexacte quant au nombre des chevaux et â la forme de la malle et constituant, en ce qui concerne cette dernière, un véritable anachronisme.
il4 I, AFFAIRE DU COURRIER DE LYON'
grand galop pour aller rejoindre les camarades au moment même on le courrier de la malle relayait; qu'il Jîouvait être alors huit heures et demie; et que c'est à peu près un bon quart d'iicure après qu'Excoffon, courrier, et Etienne Audebert, postillon, ont été assassinés.
Que dans la foule de témoins qui déposent avoir vu ce jour-là les quatre particuliers sur la route, il n'en est pas. un seul qui dit les avoir vus ou rencontrés au delà de l'endroit où s'est commis l'assassinat ; que parmi les prévenus, les témoins signaient d'une manière très positive Gouriol, I.esurques et Guénot comme faisant partie des quatre particuliers vus ensemble ce jour-là sur la routé; que peu de temps après leur départ de Lieursaint deux autres personnes, également à cheval, descendirent chez Champeau,lui demandèrent en parlant si la route de Melun était sûre, et où était r «c Auberge de la Galère », et qu'en partant l'un d'eux laissa tomber son mouchoir qui était blanc, et qu'il ramassa; que les deux personnes partirent peu avant l'arrivée du courrier de la malle, ([ue Ghampeau et sa femme croient reconnaître dans Bruer et Bernard, qui sont au nombre des prévenus, les deux particuliers dont on vient de parler. Il résulte encore de ce procès-verbal, ainsi que de celui du juge de paix du canton de Melun , que les assassins ayant partagé entre eux le produit de leur crime, reprirent la route de Paris, Laborde monté sur le cheval de volée d'Etienne Audebert, postillon, assassiné. En eflet, vers une heure du matin, deux témoins, l'officier de garde et la sentinelle les virent passer tous les cinq à Villeneuvc-Saint-Georges; ils demandèrent même l'heure qu'il était ; ils arrivèrent à Paris entre quatre et cinq heures du matin; c'est ce qui est encore attesté par le volontaire qui montait la garde dans le moment à la barrière de Rambouillet lors de leur arrivée 'à Paris; enfin qu'entre Villeneuvo-Saint-Georges etMaisons un dragon, en station à Melun, allant à Paris, a trouvé le 9 entre quatre et cinq heures du malin un sabse sans fourreau et sans ceinturon ; que la lame et la garde de ce sabre étaient pleins de sang; qu'ayant rencontré un enfant qui venait de trouver le cein-
turon il le lui remit; que ce sabre était garni d'une dragonne rouge en laine, mais qu'une femme qui prit ce sang pour de la rouille l'effaça. Ce sabre, réuni aux pièces de conviction, va parfaitement dans le fourreau vide trouvé le jour même sur' le champ de bataille.
Tel fut le résultat du procès-yerbal dressé par les citoyens Huguet et Paumard et des recherches qu'il contient.
La police de Paris, instruite de cet horrible assassinat par l'administration des postes, et mise sur la voie par les procès-verbaux dont il vient d'être parlé, continua les recherches et mit la plus grande activité à suivre et à découvrir les auteurs d'un crime aussi atroce ; les découvertes furent lentes et tardives , mais enfin voici ce que fut le fruit de ces peines.
D'abord il ne reste aucun doute que Laborde ne soit l'assassin d'Excoffon. Ensuite elle apprit que le 9 floréal, date précieuse, puisque c'est le lendemain du jour de Tassassinat, Etienne Couriol avait mené entre quatre et cinq heures du matin quatre chevaux chez le citoyen Muiron, rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois et les avait remis entre les mains d'Audry, garçon d'écurie ; que Couriol et un autre particulier étaient venus les reprendre vers les sept heures du matin; que le cheval d'Audebert monté par Laborde avait été retrouvé place du Carrousel; que Couriol n'avait point couché chez lui la nuit du 8 au 9 floréal; que dès le 10 au matin il avait avec Magdeleine Breban, sa prétendue femme, et Bruer, son ami, quitté le logement qu'il occupait rue du Petit-Reposoir et était allé avec la fille Breban et Bruer, son inséparable, demeurer rue de la Bûcherie no27, chez- Richard, un des prévenus; que voulant s'enfuir de Paris et n'osant se présenter à des gens de sa connaissance sur sa section pour avoir un passeport, l'officieux ' Richard avait engagé deux de ses amis à qui Couriol était absolument inconnu, à lui servir de témoins; qu'avec ce passeport et celui obtenu par Magdeleine Breban, sa maîtresse, tous deux en date du 17 floréal, ils étaient par-