‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 37 sur 80 · Salques. Mémoire au Roi · texte numérisé non relu

Salques. Mémoire au Roi

L'effort qu'il avait dû faire pour se résoudre à cette renonciation devait être déchirant, car il retomba alors brisé sur son banc, comme anéanti, le regard vide, et les traits terriblement contractés. Son dernier espoir, sa suprême chance de salut s'évanouissait à jamais, tandis que l'échafaud et, avec lui, l'ignominie venaient de se dresser devant lui.

Son défenseur s'était-il bien montré à la hauteur de la tâche qu'il avait assumée et des incidents aussi graves qu'imprévus qui avaient changé la face des débats?

Comment n'avait-il point aperçu la surcharge du livre Legrand, dont il était cependant dépositaire, et, dans ce cas, comment avait-il consenti à sa production à l'audience, en ne prévoyant point les consc- -quences effroyables qui pourraient en résulter?

Cette fatale révélation une fois faite par le Président, pourquoi n'avait-il point sollicité, imploré même une suspension d'audience pour permettre à l'émotion, hostile à son client, de s'apaiser un peu avant les dépo- ^sitions de ses autres témoins à décharge.

Cette suspension pouvait-elle lui être refusée, s'il démontrait qu'il était moralement impossil)le de passer outre aux débats avant que l'instruction, ordonnée sur-le-cHamp contre Legrand, ait édifié sur la réalité du faux incriminé?

Devait-il permettre au Président Gohicr, désormais préconçu contre Lesurques, d'étouffer, ou tout au moins (Je dédaigner, comme il le fit, la déposition de <^cs témoins, et ne devait-il pas lutter de toutes ses forces contre la prévention, née d'un simple incident, qui,- -([uelque grave qu'il fût, ne constituait pas cependant une preuve de culpabilité?

Dcvail-il surtout laisser son client demander luijuênic que la déposition de Legrand fût considérée

comme non avenue, et n'était-ce point ainsi attribuer à Lesurques une sorte de complicité morale de ce faux et de cet usage de faux?

Qu*avait-il à perdre, en tout cas, à déclarer qu'il n'avait point à prendre parlie dans cet incident, alors qu'il lui était absolument étranger!

Enfin, était-ce bien habile d'amener à celte audience, comme témoin de moralité, une jeune ouvrière de vingt ans, chez laquelle cet liommç, marié et père de famille, reconnaissait lui-même passer ses soirées*?

Non, tout cela, certes, fut fâcheux, et si Lesurques était innocent, irrémédiablement fatal.

Guinier, en un mot, avait-il bien compris tout son devoir de défenseur 2, et même de défenseur officieux, manquant déjà de l'autorité qu'aurait eue un véritable avocat?

Lorsque Lcgrand, toujours accompagné de ses deux gendarmes, eût quitté la salle d'audience, un employé du Bureau central de Police, nommé Clément, vint affirmer que Guénot avait passé chez lui la nuit du 8 au 9 floréal. Cette déclaration devait sauver la tête de celui-ci.

Enfin, le citoyen Dubuisson, expert-chimiste, fut appelé par le Président, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, à examiner les taches relevées sur le sabre appartenant à Guénot, et de dire si les taches, encore apparentes, étaient des taches de sang ou de rouille.

Le défenseur de Guénot ne fit à cette commission aucune objection.

L'expert déclara nettement que ces taches n'étaient point du sang.

1. Voir lettre trouvée dans ses bottes, fac-siniilr, j». 9<)-91.

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