Nouveau mensonge
d76 l'aFFAIRK du courrier de LYON
rintérêt de la société vous y engage. La fille Breban avec qui je vivais, je vous le répète, les connaît parfaitement et est instruite de ce qui s'est passé relativeinent à ce crime ; c'est si vrai qu'avant môme que ces pauvres malheureux (qu'on va sacrifier si inhumainement) soient mis en accusation, elle a déclaré au Commissaire du Pouvoir executif près la municipalité de Melun, que, des six personnes arrêtées dans cette affaire, fêtais le seul coupable, et si elle n'a point fait cette même déclaration devant le Tribunal, c'est par une timidité impardonnable.
Faut-il d'autres preuves, citoyens Directeurs, pour vous convaincre de la triste vérité de mes déclarations?
Faites-moi entendre et je suis prêt à les donner avec tous les renseignements possibles î D'ailleurs, elle ne peut manquer de les montrer et, peut-être, avant peu, vous en serez persuadés; mais il ne sera plus temps, les innocents auront péri : oui, innocents, je ne cesserai de le répéter jusqu'à mon dernier soupir.
J'atlends tout, citoyens Directeurs, de votre justice et humanité ^
Lcsurques, Gouriol et Bernard s*étaient pourvus en cassation.
Sur les indications de Gouriol, le juge de paix de la section du Temple fut chargé de recueillir les déclarations de Goulon, de Perrin, de la fdle Breban et de Gaucbois, chez lequel domicile avait été assigné à celle-ci.
Le 17 vendémiaire, Perrin vint déclarer devant ce magistrat que Vidal était le locataire de la maison dont il était concierge et que, pendant les quinze jours où
i. Va ensuito venait cette mention :
«< ./(• soK.wsignr, Greffier, convicrgc de la inalaon de détention de liieètre, certifie que le ytoinmé Coitriol a dicté lui-niétne laprèse,ite et qu'il a déclaré 71e savoir signer. En foi de quoi. J'ai signé à Bicètre, le G vendémiaire. Van cinquième de la HépubliqKc française, -une et indivisible. Signé : Ilamel. »
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ce particulier est resté dans la maison, il a vu venir plusieurs fois un grand homme blond et un autre petit de taille, cheveux et sourcils blonds, figure ronde, le menton un peu allongé, très propre et vêtu ordinairement en carmagnole; un autre encore, gros, trapu, visage marcpié de petite vérole, barbe, cheveux et sourcils très noirs. Ce dernier paraissait plus étroitement lié que les deux autres avec Vidal ; il a même couché chez Vidal. Venait aussi une femme d'environ trente ans, très maigre et très marquée de petite vérole, cheveux noirs, assez mal vêtue, mais toujours en voiture. Cauchois attesta « que, la veille du jugement, la fille Breban lui avait dit : que du nombre de ceux qui devaient paraître en jugement, Couriol seul était coupable, que les autres n'avaient trempé en aucune manière dans l'assassinat du courrier de la malle de Lyon, que les vrais coupables étaient échappés avec un passeport préparé à Paris lors de l'assassinat projeté; qu'elle lui a en outre nommé les vrais coupables, mais qu'il ne se rappelle pas en ce moment de leurs noms ; qu'aussitôt il a été instruit de ces faits, il a fait des démarches, tant auprès des juges du Tribunal qu'auprès du citoyen Daubanlon, sans avoir pu obtenir satisfaction des demandes qu'il avait faites. »
Quant au citoyen Goulon, il déclara « qu'il connaissait le nommé Richard, qu'il traitait de cousin; qu'il était allé avec la femme de celui-ci trouver la citoyenne Breban chez le citoyen Cauchois, rotonde du Temple; que ladite Breban était, à son tour, venue le voir plusieurs fois et (pi'elle lui avait rapporté avoir dit à Couriol, dans la prison de Melun, qu'il était un c... de ne pas s'échapper; que, la veille ou l'avanl-veille du jugement, elle lui aurait dit ces mots : a C'est bien « malheureux, il va périr des innocents. Couriol seul
« est coupable ; il y a longtemps que les autres sont f... « le camp.» ; que Laborde et le grand Lyonnais étaient les vrais coupables et avaient coopéra à l'assassinat dont s'agit; que Lesurques avait été pris pour un autre; que ce qui avait causé la méprise était que Lesurques avait des cheveux blonds, tandis que l'autre avait une perruque blonde; que ladite Breban lui a encore dit que, si Gouriol venait à bout de se sauver, leurs fortune» étaient faites; qu'il avait caché dans les Champs- Elysées des bagues fines, enveloppées dans un mouchoir blanc à barre rouge ; qu'il avait une chambre remplie de tabac en carottes; que le vieux Brucr connaissait cette chambre. »
Goulon a déclaré ne savoir signer.
Enfin, Madeleine Breban fut entendue; elle dit « qu'avant l'époque du 3 floréal dernier, Lafleur ou le grand Lyonnais et Roussi venaient souvent chez Gouriol ; que Dubosq y venait aussi quelquefois ; qu'elle n'y a jamais vu venir Lesurques ; qu'elle a seulement vu ce dernier, qui ressemble beaucoup à Dubosq, une seule fois, chez Richard, rue de la Bûchcrie, après l'époque du 8 floréal; que Lafleur était un homme d'environ trente-huit à quarante ans, de taille d*environ 5 pieds 6 à 7 pouces, qu'il a très peu de cheveux, que ses sourcils sont très noirs et ses cheveux châtains, (ju'il est beaucoup marqué de petite vérole, les yeux rouges et surtout un des yeux plus malade quel*aulre; (ju'il est ordinairement vêtu d'une houj)pelande couleur marron, bordure bleue; qu'il porte aussi un habit couleur noisette, chapeau rond; que Dubosq est un homme gros, de la taille d'environ 5 pieds 3 pouces, cheveux châtains clairs, qu'il porte ordinairement une })orruque blonde, figure pleine et colorée, nez un peu caniard, de l'âge d'environ trente ans, qu'il est ordi-
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nairement Tctu d'une redingote carmélite, chapeau rond, souvent en bottes, une cravache à la main; que la femme dudit Dubosq porte une perruque blonde, qu'elle est agéè d'environ trente ans, qu'elle est très marquée de petite vérole, très maigre ; qu'ils demeurent tous deux, rue Groix-des-Pelits-Champs ; qu'elle y a même mené Landon et Maingo, officiers de paix ; que Roussi est de la taille d'environ 5 pieds 6 à 7 pouces, cheveux châtains et touffus, figure longue, visage pâle, de beaux yeux noirs, souvent «n bottes, vêtu ordinairement d'une redingote carrée grise, et souvent d'un pantalon gris; qu'il a sur un des poignets une tache de vin ; que là femme de Roussi est grande, maigre, de l'Age d'environ vingt-deux ans, cheveux et sourcils châtains, yeux beaux et bruns, assez bien mise ; qu'elle porte aussi une perruque blonde sans chignon ; qu'elle a dîné une fois avec elle et son mari, Bruer et Couriol aux Cliamps-Ëlysées ; que, le 9 floréal, ledit Bruer çt Bernard ont été la prendre chez elle, déclarante, et l'ont conduite chez Dubosq, rue Groix-des- Petits-Ghamçs, où était Gouriol; que là elle lui a porté un habit pour se changer; que, le jour du jugement de Couriol et autres, elle a déclaré à peu près les mêmes faits au Président du Tribunal; que, le lendemain dh jugement, elle a fait pareille déclaration au Bureau central », et a déclaré ne savoir signer.
Cependant, le pourvoi des trois accusés fut rejeté par arrêt du 17 vendémiaire, an V.
• La nouvelle constitution ayant aboli le droit de commutation et de grâce, Lesurques présenta alors une requête au Directoire afin qu'il fût sursis à l'exécution de la peine jusqu'à ce qu'on ait pu vérifier les déclarations de Gouriol.
Le citoyen Sirey, alors chef de division au ministère de la Justice, plus tard avocat à la Cour de cassation, rédigea un raj)port favorable au sursis. Ce rapport approuvé par le garde des sceaux, Merlin de Douai, fut alors transmis au Directoire qui , le 27 vendémiaire an V, adressa au Conseil des Cinq-Cents le message suivant :
Citoyens Législateurs,
Le nommé Lesurques, condamné à mort avec un nommé Couriol, pour l'assassinat du courrier de Lyon, a été déclaré innocent par ce dernier, après le jugement rendu contre eux. Couriol a assuré que la ressemblance de Lesurques avec un des comj)lices de l'assassinat, qu'il nomme et qui n'est pas pris, a pu tromper les témoins*.
Les déclarations de Couriol sont confirmées par celles de (lue^iues autres personnes entendues après lesdites déclarations, postérieurement aussi, par conséquent, au jugement rendu. Lesurques, qui s'était pourvu en cassation, se réservait de faire valoir les moyens (lue ces déclarations lui présentaient, lorsqu'il aurait été renvoyé par-devant le nouveau tribunal qu'il demandait. Mais le Tribunal de Cassation a trouvé que toutes les formes prescrites par la loi avaient été observées. Il n'a pu conséqucmment casser la procédure.
Quelle marche convient-il de suivre dans cette circonstance ? Lesurques, s'il est innocent, doit-il périr sur l'échafaud, parce (lu'il ressemble à un coupable ? Le Directoire appelle votre attention sur cet objet, citoyens représentants, et il voi|s observe qu'il n'y a j)as un moment à perdre, j)uisque, demain matin, le jugement à mort doit être exécuté. Signé : Larevellière-Lepeaux, président^.
1. Il somble y avoir là une confusion. Ce n'est ])oint Couriol. mais seulement la lille Brehiin (jui, à celte date, a parlé de cette ressemblance.
^. Mofùlcur mùccrscl, numéro du 2 brumaire an V.
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Sur la proposition de deux de ses membres, Bailleul et Guérin du Loiret, le sursis fut accorde et trois représentants, Treilhard, Siméon et Grassous, chargés, comme commissaires, de l'examen de l'afFaire.
C'était la première fois que, depuis le falal jugement, Lesurques et surtout sa famille renaissaient à l'espoir.
Le représentant du peuple, Siméon, fut désigné par la commfsslo'n pour rédiger un prompt rapport et reçut communication de cette nouvelle lettre que Gouriol venait d'adresser au ministre de la Justice :
Citoyen Ministre,
La fille Breban, qui a partagé dans le vol, a fait sa déclaration pareillement à la niionno et a bien dit ne pas connaître le citoyen Lesurques; elle a nicnie nommé tous ceux qui y étaient*; -elle les connaît tous, mais elle n'a point vu ni elle ne connaît pas Losunpies. Il est étonnant que vous n'ayez point fait arrêter la fille Breban, elle vous aurait donné des détails et des renseignements qui auraient jeté un grand jour dans cette allaire. Ce qu'il y a de vrai, c'est que je suis le seul détenu ici à Bicétre qui a participé à celle affaire; les autres sont innocents.
Je vous prie donc, au nom de la justice et de Téjpiité, de faire arrêter la fille Breban, la faire interroger; elle vous indiquera tous les coupables. Le citoyen (iuénot, demeurant Parvis-Notre-Dame, cliez le citoyen Bodana, orfèvre, maison du marcband de vins, vous indi(iuera la demeure de la fille Breban; mais quant à moi, je ne le sais pas.
- Le juge de paix (pii a instruit la procédure paraît prendre intérêt à la fille Breban et n'a pas voulu la faire arrêter;
1. Comment Couriol, dans sa i)risun de Bicêtre, a-t-il pu avoir le texte et niêine la teneur de la dê[><J?<iti()U faite ])ar la fille Bret)an onze Jours aui)aravaiit, car cette lettre de Couriol est du 28 vendémiaire?
j'ignore quelles peuvent ôlre ses raisons à cet égards Elle a déclaré que le partage a été fait chez Dubosq, qui est encore à Paris. Jl résulte que les auteurs principaux du crime sont à Paris, libres, et que des innocents louchent au moment d'être victimes. Je ne prétends point être innocent, mais, sur ce qu'il y a de plus sacré, je jure que Lesurques est innocent ainsi que Bernard et Richard-.
La justice vous commande impérieusement d'examiner avec attention ma déclaration et de prendre toutes les mesures pour que la justice shit rendue à ([ui elle appartient.
Je déclare n'avoir jamais connu Lesurques; je l'ai vu une seule fois dans ma vie, par hasard, chez le citoyen Richard où il est entré pendant que j'y étais, et ce, le 12 floréal an IV, à onze heures du matin. Je ne l'avais jamais vu depuis qu'à l'époque où il a été détenu avec moi. Mes interrogatoires n'ont jamais varié sur ce fait, qui est la plus exacte vérifié.
Jl y a donc des victimes détenues par rapport à moi, et • c'est un regret que mon cœur ne peut supporter.
La justice, la raison, les devoirs de votre place, tout exige que vous vous fassiez rendre compte de cette affaire. Je vous indique la fille Breban; elle vous dira où est le principal auteur qui est un nommé Dubosci qui ressemble parfaitement à Lesunpies et vous ne laisserez pas consommer une injustice aussi révoltante.
Si le Bureau central vous a fait passer, la déclaration que je lui ai faite et si le juge de paix de Paris n'eut pas quelque intérêt à éloigner la fille Breban, les choses n'en seraient
1. N'ôtait-ce ])()int ]>lutôt la jalousie, le désir de retarder le moment latal ou res])oir de revoir encore une fois en i)rison sa maîtresse, jilutôt que le cri d'une conscience prise de remords, qui lui faisait écrire cette lettre bizarre.
En dehors de toutes autres considérations, n'es]»érait-il point que, s'il ]»arvenait à faire rouvrir l'instruction, on estimerait qu'il y avait intérêt i)our les confrontations à surseoir aine die à son exécution. C'était des lors se créer des possil)ilités et des occasions d'évasion. C'est d'ailleurs la taclicpie (pi'iniagiua plus tard Richard, y.vec Dubosq et Roussy.
2. Coi>eiidnnt ils sont aussi coui)a])les que sa maîtresse dont iJ demande pourtant l'arrestation.
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pas où elles en sont : c'est à vous à faire examiner TafTaire; je vous affirme la déclaration que je vous fais par la ])résente à Bicètre, le 28 vendémiaire an V de la Républi(|ue.
Couriol ne sachant signer, cette déclaration fut recueillie et certifiée par le greffier, concierge de la prison.
Le 5 brumaire an Y, le représentant Siméon, au nom de la commission , fait son rapport au Conseil des Cinq-Cents.
L'avenir devait apporter quelques démentis aux assertions qu'il contenait; cependant, il est fort intéressant dans son ensemJjle; mais comme il est nettement hostile ri la cause de Lesurques-, les partisans de ce dernier ont toujours négligé de le repioduire in extenso, >^ous n'imiterons pas cette discrétion.
jOomell (les Cinq-CenlsK
Audience du S brumaire^.
Citoyens collègues,
SiMÉON : — A côté des crimes atroces (|ui îîi'nigenl et attaquent la société, il est beau de voir la sévérilé des lois occupée à les réprimer, et la bienfaisante humaui!»'» veiller auprès des tribunaux pour aider à la défense des accusés et au triom])he des innocents.
En renioutant à l'ancienne institution des jurés, la n^présentation nationale avait pensé (jue tout était fait pour la découverte de la vérité en nuitière criminelle. Cepeudaul, un cas récent semble se jouer de la prévoyance des législateurs.
La loi, égarée peut-être, prèle à frajjper un ciîoyeu victime, dit-on, de sa funeste resseud)lance avec un coupable; un grand pouvoir craignant de passer ses liuiilcs, môme