‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 44 sur 80 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le juge Daubanton.

Le procès Durochati dit « Laborde ».

M. Daubanton, juge de Paix de la section du Pont- Neuf, officier de police judiciaire du canton de Paris, auquel l'instruction de cette grave et passionnante affaire avait été tout d'abord confiée, avait été persuadé de la culpabilité de Lesurques. *

Devant les témoignages formels des femmes Sauton et Grossetéte, qui, dans son cabinet, avaient dénoncé celui-ci comme un des co-auteurs du crime, sa conscience lui avait fait un devoir d'inculper immédiatement Lesurques.

Puis il avait poursuivi la mission qui lui avait été confiée avec un zèle qui ne s'était point départi un seul instant, et c'était avec une sérénité absolue qu'il avait décerné contre Lesurques, Couriol et Bernard un mandat d'arrêt.

Cependant, depuis le jugement, des faits, des aveux, des rétractations s'étaient manifestés et avaient profondément ébranlé sa conscience de magistrat.

Il ne pouvait chasser de son esprit ce que Gouriol, n'ayant plus rien à espérer de la justice humaine, avait alors affirmé; il ne pouvait oublier les déclarations de Madeleine Breban, de Cauchois et de Goulon, venant confirmer celles de Gouriol ; il se souvenait des protestations véhémentes et apparemment sincères de Lesurques au cours de l'instruction qu'il avait dirigée; il oubliait l'incident de la surcharge du livre Legrand, pour ne se souvenir que des témoins cités à décharge et venant affirmer, sous la foi du serment, qu'ils avaient vu Lesurques à Paris le soir même du crime; il revivait les souffrances de ce malheureux au cours des débats; il le revoyait enfin calme et digne monter à l'échafaud, et, angoissé, il se demandait si ce n'était point la tête d'un innocent qui venait de tomber!

Bien qu'il fût assuré qu'il avait remj)li loyalement son devoir et rien que son devoir, il se prenait à se demander s'il n'était point involontairement la cause de ce qui élait peut-ôlre une irréparable erreur judiciaire; il commençait à se sentir Iroublé par la crainte d'avoir trop précipitamment arrêté Lesurques; il craignait qu'une ressemblance, véritablement incroyable, ait égaré les premieis témoins; il se demandait s'il' avait bien approfondi tous les dessous de Tallaire; s'il avait ordonné toutes les recherches nécessaires; s'il ne s'était point lui-même laissé entraîner par une conviction irréiléchie; et peu à peu, mais chaque jour davantage, ses doutes se transformaient en présojuplion d'innocence, et il éprouvait une indicible angoisse.

G'est alors qu'il s'acharna à la réhabilitation de

Lcsunjues, un peu trop précipitamment j)eut-êlre, et

se rapprocha, i)as assez discrêlemcnt, il faut bien

l'avouer, de la famille infortunée, dont il avait été

ccpcni]iuii le j)rcmier artisan du malheur et du deuil.

. ^ "\4 • ADMINISTRATION MUNICIPALE ; . JrX -T i./-Ï^A..............

tii/hU 3 -^ fut fi^i *<»>-~ ^,^-u Jt > ■

«- j'-i ,//» /i;*- ^,/^/ *. «i-.'^"<i;'*^ ^ A.i yîf».-^. '«>»™ flri.ï «* ^-»»^ ~ ;

Page 1