‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 53 sur 80 · AFFAIRE VIDAL-DIJFOCR, DIT « LAFLEUR · texte numérisé non relu

AFFAIRE VIDAL-DIJFOCR, DIT « LAFLEUR

floréal an lY, et pourricz-vous vous rappeler ceux que vous aviez sur le corps le 8 ou le 9 dudit mois?

R. — Je ne puis me rappeler quels vêtements je portais k cette époque; j'en avais de différentes étoffes et de différentes couleurs. Au surplus, je porte ordinairement un chapeau rond.

— Fort bien. »

Sur ce, l'interrogatoire prit fin ce jour-là.

Vidal commençait à être peu rassuré. Les fâcheuses déclarations de Durochat, l'acharnement que ce dernier avait montré contre lui à Versailles, les détails que semblait si bien connaître son juge, sa malencontreuse réponse au sujet de son prétendu voyage de Flandre, enfin les témoins qu'il avait déjà retrouvés à Versailles et avec lesquels on allait certainement le confronter à nouveau : tout ceci l'inquiétait.

Cette affaire, se disait-il, avait été préparée avec trop de précipitation ; il y avait eu trop d'affiliés, et, véritablement, on avait laissé derrière soi trop de traces. Toute cette aventure n'avait point été conduite avec assez de discrétion.

On était en droit, il est vrai, de compter sur l'époque troublée, la désorganisation de la police de Paris, les préoccupations politiques et militaires du moment. Ah! ce Courriol et surtout ce Durochat avaient bien besoin de se laisser prendre !

D'ailleurs, pensait-il à titre de consolation, tout n'est point encore perdu. Un homme comme Durochat ne saurait être considéré comme digne de foi, et un certain nombre de témoins ne m'ont point reconnu.

Nions! et nous pourrons peut-être bénéficier d'un doute! A moins que d'ici là, ce qui vaudrait mieux encore, une évasion ne m'ait permis de fausser compagnie à tous ces radoteurs indiscrets ! Ce ne serait point

d'ailleurs la première fois que je me tirerais d'une pareille situation!

Gomment ses projets avaient-ils transpiré? Toujours est-il que la surveillance à son égard redoublait.

En effet, le Directeur du Jury de Melun avait reçu,^ le 24 floréal, de l'Accusaleur public près le Tribunal criminel de Seine-et-Marne, la lettre suivante :

Liberté, Egalité, Vive la République I Citoyen,

Je suis informé que Vidal, prévenu de l'affaire du courrier de Lyon, a des projets coupables et criminels de se procurer la fuitte (sic); que l'assassinat même ne lui coûtera rien pour y parvenir; je vous invite à le faire accompagner d'une forceimposante de deux gendarmes toutes les fois que vous l'interrogerez; cette précaution est utile, je vous engage à ne la pas négliger.

Salut et fraternité.

Dekain.

C'est qu'en effet, le rôle du juge de paix Beau se trouvant terminé, le dossier était maintenant retourné devant le Directeur du Jury d'accusation.

Devant lui, de nombreux témoins furent entendus^ le 26 floréal.

Tous réitérèrent à peu près les dépositions qu'ils avaient faites, quelque temps auparavant, devant le Tribunal de Versailles, et n'y ajoutèrent rien de bien nouveau.

Les uns affirmèrent catégoriquement que c'était bien là un des quatre particuliers qui s'était promené dans Lieursaint, le 8 floréal, en bottes molles, avec des éperons paraissant argentés, portant un habillement cou- * leur chair et un chapeau rond à long poil. Ils le

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reconnaissaient surtout à son visage piqué de petite vérole et à ses yeux chassieux.

La femme Ghampeau fut moins affirmative : « Je crois pouvoir déclarer, dit-elle, sans cependant l'affirmer très positivement, que je le reconnais pour être ^ un des quatre cavaliers qui ont rafraîchi chez moi le 8 floréal. 11 me frappe beaucoup plus que le nomme Guénot qui m'avait été représenté d'abord. »

Certains reconnurent que Vidal allait chez la maîtresse de Dubosq, Marguerite Barrière, hôtel de la Paix, rue Croix-des -Petits- Champs ; qu'il sortait avec elle, Dubosq et une autre femme; qu'il devait même venir chez Bernard avec Dubosq, et chez Courriol, mais c'étaient là des témoins de moralité et non de culpabilité.

D'autres même, en assez grand nombre, déclarèrent ne le reconnaître en aucune façon, et parmi ceux-ci, le citoyen Gillet, quarante-quatre ans, marchand de vaches à Lieursaint, dont la déposition très précise r mais toute nouvelle quant au nombre des cavaliers, devait être, pour la réhabilitation de la mémoire de Lesurques, si grave de conséquences.

Il affirma : « que le 8 floréal, entre cinq et six heures du soir, il avait vu passer dans Lieursaint cinq cavaliers en deux compagnies : la première de trois, et la seconde de deux, à une portée de fusil l'une de l'autre; que, dans la compagnie des trois cavaliers (il précise), il y en avait un qui montait une petite jument noire, qu'il croyait se rappeler être à courte queue ; que ce cavalier avait un chapeau rond à longs poils ^ les cheveux tombant par devant et ceux de la queue liés très bas; qu'il n'a remarqué ni la figure de celui qui montait ladite jument noire ; que les deux autres montaient l'un un cheval gris et l'autre un cheval bay

rouge, et que le particulier présent n'était pas un de ces deux cavaliers qu'il a bien reconnus depuis, lors de leurs confrontations avec lui K »

Nos quatre particuliers, dénoncés jusqu'à présent pour être les seuls cavaliers qui avaient attaqué la malle, auraient-ils été rejoints, au sortir de Lieursaint, par un cinquième ?

Le jour même où cet interrogatoire avait lieu à Melun, et où, pour la première fois, cette déposition imprévue était faite, le juge Daubanton, toujours infatigable dans sa recherche de la vérité et de la réhabilitation de Lesurques, ayant appris que Dubosq venait d'être arrêté à Paris, le 25 floréal an V, et qu'il était actuellement détenu dans la maison d'arrêt du Bureau central, l'interrogeait dans son cabinet.

« D. — Vos noms, pays de naissance, âge, profession et demeure?

R. — André Dubosq, natif de Bâle, en Suisse, horloger, âgé de trente et un ans, demeurant : rue de Bourbon-Ville-Neuve.

D. — Où demeuriez- vous, il y a juste un an, le 8 de ce mois?

U. — Rue Croix-des-Petits-Ghamps, hôtel de la Paix. »

Fouillé, il fut trouvé porteur de trois louis et quelque monnaie.

Ayant été brutalement^ dessaisi par le Bureau central de l'instruction qu'il commençait contre Dubosq,

1. Liasse 5, piôcc IL Cependant à raudiencc du ])rocès Lesurques, ce même témoin n'avait parlé que de la première compaj^nic des 3 caA*aliers sans même faire allusion à la seconde de 2 (Cf. p. 145).

2. Au bas du mandat d'amener délivré ])ar M. CnrUinlt, M. I)aul)anton mit de sa main (voir p. 247, : « Vu, attendu le refus fait ])ar le Bureau central de me laisser continuer rinslruction que j'avais commencée. Paris, le 27 floréal anV. — Daul)anton. »

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