‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 57 sur 80 · AFFAIRE VIDAL-DUFOUR, DIT « LAFLEUR · texte numérisé non relu

AFFAIRE VIDAL-DUFOUR, DIT « LAFLEUR

cats, et, cependant, ce n'étaient point ses sympathies personnelles pour ces derniers qui devaient Tamener à cette détermination ^

En effet, Bonaparte ne pouvait oublier avec quelle difficulté il parlait en public, et la quasi-impossibilité où il était d'improviser un discours. Il se souvenait toujours de l'embarras insurmontable qui l'avait ^reint et paralysé quand, à Saint-Gloud, le 19 brumaire an VIII, il avait voulu, à la tribune des Anciens, justifier son coup d'Etat, et combien sa parole emphatique avait alors sonné faux^.

Pour le délivrer d'une aussi fâcheuse situation, il avait fallu l'intervention de Cornudet et de ses amis dans le Conseil.

1. « Le décret est absurde »>, écrivait Napoléon k Cambacérès qui lui soumettait le décret de rétablissement de l'Ordre des avocats; « il ne laisse aucune action sur ces bavards et ces factieux, artisans de révolutions et qui ne sont inspirés presque tous que par le crime et la trahison. Je veux qu*on i>uisse couper la lan^rue à un avocat qui s'en sert contre le gouve^vicnient ». Il est vrai que sur 201) mem])res inscrits, 3 seulement votèrent pour rEnii)ire.

2. Cet homme, qui i)orta au su])rême degré, dans ses écrits, les entraînements du style oratoire et la jmissance du verbe, n'avait pas le don de parler en pu])lic. Devant les léjj^isKateurs immobiles, devant ces hommes rouges qui le regardent, les yeux braqués sur lui, l'esprit tendu et aspirant à ce qu'il va dire, une gène insurmonta))le, l'angoisse de l'acteur novice qui se sent i)aralysé dans toutes les facultés de son être, le saisit et l'étreint. Il ])arle, et sa voix mal posée détonne ; il parle, et ses mots, lui restent dans la gorge ou affluent incohérents. Des j)hrasps ronflantes, qui i)ortent à faux et manquent leur efi*et, comme des fusées mal réglées ; des formules apprises par cœur, ])laquées sur un fond de paroles hachées, sans suite et sans lien : voilà toute sa harangue. Il veut être chaleureux et entraînant, il n'est qu'euiphatique et difl'us... Bonaparte continue à discourir, sans que ses i)aroles portent. Comme il se sent décidément mauvais, il devient violent, outre ses elfets, recourt aux ynres procédés: il cherche à faire peur, à s'environner de foudres et d'éclairs. — Vandal, l'Avènement de Bonaparte.

Cette tentative oratoire lui avait suffi, et, pour triompher quelques instants après de la résistance des Cinq-Cents, il devait préférer les baïonnettes de ses grenadiers.

Mais le souvenir de cette scène lui était toujours demeuré comme un affront qu'il n'avait pu pardonner à tous les ci-devants avocats, qui lui étaient supérieurs dans l'art de la parole.

Cependant le décret rétablissant l'Ordre des avocats fut, par lui, signé le i4 décembre 1810, et s'il eût été en vigueur quand le citoyen Le Bon fut chargé de la défense de Dubosq et de sa maîtresse, le mobilier et tout ce que contenait l'appartement de ses clients n'eussent point été, dès l'arrestation de ceux-ci, enlevés sur ses instructions, transportés chez lui et vendus par lui. Il fut resté pour eux un avocat et non leur bailleur de fonds.

C'est avec la réalisation de ces objets qu'il avait pu, en partie, leur faire passer maintes sommes durant leur détention.

Cet argent permit à Dubosq et à Vidal de se montrer généreux.

En échange de la liberté appréciable que leur geôlier Humblot leur accordait, et du relâchement de surveillance de ce dernier, ils comblaient ses enfants de cadeaux. Aux filles, la femme de Vidal apportait des mouchoirs, des déshabillés, des frivolités ; aux garçons, c'était de l'argent : tantôt 6 livres, tantôt 11 livres pour qu'ils pussent s'amuser et aller à la Comédie, ou même une montre d'argent, « au recouvrement », il est vrai.

Aussi Dubosq et Vidal purent-ils à loisir concerter entre eux leur projet d'évasion.

Le 8 ventôse an V, vers neuf heures du soir, profitant

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