‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 62 sur 80 · Rue de la Pourvoierie · texte numérisé non relu

Rue de la Pourvoierie

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cules les imposantes mesures d'ordre qu*on avait prises à son intention; il protestait de son propre désir d'en finir enfin avec « toute cette histoire qu'on lui imputait», et, par conséquent, de l'inutilité de le tenir aussi étroitement gardé, alors qu'il n'avait aucune intention d'évasion.

C'est qu'en effet, celte fois, toutes les mesures, même les plus minutieuses, avaient été prises.

Une armée de gendarmes nationaux avait été mise sur pied, et toutes les issues étaient militairement gardées. Des dragons à cheval avaient été postés autour de la Geôle, prêts, au premier signal, à s'élancer à sa poursuite. Les malheureux, depuis le matin, grelottaient de frokl sur leurs chevaux et sous leurs grands manteaux tout dégouttant de pluie.

Afin que Dubosq pût être facilement reconnu en cas de. tentative d'évasion, il avait été mis en présence de tous les gendarmes, gardes et soldats préposés à sa surveillance.

Jean-Guillaume Dubosq, dit « André Dubosc », était un gaillard de 5 pieds 5 pouces S assez mal jambe, mais bien a corsé », quoique gros de taille, d'une belle figure pleine et colorée, avec une petite cicatrice au front, au-dessus de l'œil droit; le visage ovale, mais les joues fortes, les yeux gris, le nez aquilin, bien qu'un peu camard, la bouche moyenne, le menton fourchu, avec une fossette. Les cheveux et les sourcils étaient blonds, et il portait d'ordinaire une perruque également blonde.

Autre signe particulier : une coupure sur le gros du pouce, en dedans de la main droite.

Dubos(| paraissait âgé de trente ans environ et se

disait originaire tantôt de Besançon, tantôt de Baie (Suisse); il se donnait la profession d'iiorloger-mécanicien, et se domiciliait, en dernier lieu, rue Neuve- Egalité, en face la rue Bourbon-Villeneuve.

En réalité, c'était un de ces « brigands », comme

on les appelait alors, capablede tous les méfaits et de

•tous les crimes, et qui n'avait connu jusqu'ici aucun

frein à ses passions ni aucun obstacle à l'exécution de

ses projets, même les plus téméraires.

Pour lui, la vie humaine, du moins celle des autres, île comptait point. C'était un de ces cyniques malfaiteurs, aussi dangereux que Boutroux.

11 était le cadet de trois enfants, dont laîné, Claude- Antoine, était aux galères de Toulon.

Lui-même se trouvait en 1784 apprenti cuisinier à« l'archevêché de Besançon, quand il commit un vol de bijouterie, d'argenterie et d'espèces de près de 80 000 livres.

De ce chef, il fut condamné par le Tribunal criminel de cette ville, le i3 juillet 1784, aux galères perpétuelles.

Bien entendu, il s'évada.

Le 25 frimaire an 111, nous le retrouvons à Paris devant le Tribunal criminel, condamné sous le nom de son frère Claude-Antoine à vingt-deux années de fer pour vol commis chez le citoyen Lebas, horloger à Paris, au Marché-Neuf.

Mais il s'évade encore.

Peu de temps après, c'est le Tribunal criminel de Rouen qui lui inflige quatre années de fer.

Il s'évade aussitôt, et profite de sa liberté momentanée pour courir à Lyon, en frimaire an IV, tenter l'évasion de sa maîtresse Claudine Barrière, pendant qu'elle se trouvait en instance de cassation d'un jugement du Tribunal criminel du département du Rhône, qui venait

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de la condamner avec un nommé Jacques Lacour à la peme de la réclusion et des fers pendant douze ans.

11 était parvenu, durantla nuit, h gagner par les toits des maisons voisines celui de la prison, avait percé ce dernier ainsi que deux planchers et avait alors, à Taide de cordes, retiré de leurs cachots les deux prisonniers.

C'est sans doute durant ce séjour à Lyon qu'il fit la connaissance de Vidal- Dufour qu'il devait bientôt rejoindre à Paris pour préparer l'attaque de la malle de Lyon.

Auprès de lui, séparée seulement par deux gendarmes, comparaissait à cette même audience la fille Anne Claudine Barrière, dite « Prince », qui depuis sept ans se faisait passer pour son épouse légitime.

C'était une femme de i"',65, n'avouant que vingtsept ans, assez laide, au visage long et elTîlé, à la figure blême, marquée de petite vérole, au front trop haut, aux yeux roux, au nez gros. La bouche et le menton étaient quelconques. Bien que les cheveux et les sourcils fussent bruns, elle portait elle aussi perruque blonde.

C'était la digne compagne de Dubosq.

Toutefois, elle garda durant les débats une attitude effacée et presque convenable, qui contrastait avec la violence insolente de Dubosq.

Après le crime, Dubosq, confiant dans l'impunité dont il avait déjà tant de fois bénéficié, et ne doutant pas qu'en tout cas il saurait toujours se soustraire à la condamnation ou à la peine, vint tranquillement s'installer avec sa maîtresse près de Saint-Cloud, sur la route de Paris à Versailles, dans une petite propriété où sa basse-cour faisait toute sa joie.

Il s'apprêtait à y vivre heureux et tranquille.

Malheureusement l'aiTestation de Couriol vint troubler sa quiétude, et il ne retrouva un peu d'assurance que quand il sut que Lesurques, son véritable sosie, était arrêté et unanimement reconnu par les témoins.

Se grimant avec un art véritable, il put à loisir suivre toutes les phases de l'instruction et même, suprême audace, assister au procès qui devait se terminer par les condamnations à mort de Couriol, de Lesurques et de Bernard.

Puis il revint se fixer à Paris, un peu inquiet des révélations de Couriol, plus inquiet encore de celles de Durochat.

Il s'aperçut même qu'il était activement recherché.

Il attribua cet acharnement au juge Daubanlon et à la veuve Lesurques, dans lé but de sauver, sinon la tête de son sosie, car il était trop lard, du moins sa mémoire.

11 n'eut dès lors d'autre souci que de se défaire de ces deux adversaires.

Une nuit, il s'introduisit par escalade dans le jardin qui entourait la petite maison que M""" Lesurques habitait à Auteuil. Il se précipita vers la porte d'entrée, crocheta la serrure, l'ouvrit, et allait pénétrer, quand un agent que M. Daubanton avait placé en sentinelle dans une petite remise à outils de jardinage, donna le signal à d'autres agents placés dans la maison *. Malheureusement ce signal fut donné trop tôt. Dubosq, se sentant surpris, eut le temps de fuir et d'échapper celle fois encore à la Justice. Dubosq avait été trahi [)ar celui qu'il avait choisi comme complice.

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