LETTRE DE DT'BOSQ AIT CITOYEN DUCLOS, OFFICIER DE SANTE
('Fac-siiiiilé d'une des pièces du dossier criminel).
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AFFAIRE DUBOSQ 287
SOUS le nom de cette dernière, ii, rue d'Hauteville,
Le citoyen Baure, commissaire de Police de la division Poissonnière, accompagné d'un officier de paix et de deux inspecteurs, s'y transporta aussitôt le i3 fructidor. Dubosq était absent, mais la fille Barrière ayant été immédiatement arrêtée, il fut procédé à une minutieuse perquisition.
Celle-ci révéla notamment la présence de 8 passeports, de cartes de sûreté en blanc, de billets de garde, de tout un attirail de cambrioleur et d'autres objets non moins suspects.
Interiogée, la fille Barrière déclara ignorer où était Dubosq et même ne l'avoir revu depuis quinze ou dixhuit jours, et, comme à la Préfecture de Police, où elle avait été amenée, le Commissaire insistait :
(( Eh ben, quoi, ça se peut que je l'ai vu, il n'y a pas longtemps, mais vous pouvez penser que quand je saurais où est Dubosq, je ne vous le dirai pas.
D. — Avez-vous demeuré constamment à Paris depuis votre évasion de la prison de Versailles ?
R. — Pour ne compromettre personne, je me bornerai à vous dire que nous n'avons point quitté Paris depuis cette époque; d'ailleurs, je me garderai bien de vous donner à cet égard aucuns éclaircissements qui puissent nuire soit à nous, soit à d'autres. »
Cependant, le lendemain, Dubosq était arrêté passage des Petites-Ecuries, non loin de la rue d'Hauleville, et cette fois définitivement.
Le 17 fructidor, pieds et mains liés, il était ramené, sous bonne et sûre garde cette fois, à Versailles devant le Président du Tribunal criminel de Seine-ct-Oise, Cholet.
L'instruction se trouvant être presque terminée au moment de son évasion, les dernières formalités purent être vile remplies.
Vainement, la fille Barrière, pour échapper au jugement qu'elle sentait proche, se prétendit enceinte, mais réminent officier de santé Duclos parvint facilement à la convaincre qu'elle n'avait « aucun indice de gestation ou de grossesse » .
Mais il est à supposer que des ordres particulière- *ment sévères au sujet de la surveillance des prisonniers avaient été donnés, et que le régime de la prison n'était plus aussi paternel, car les plaintes que Dubosq adressait à ce sujet à son défenseur étaient singulièrement amères ^
1. « Mariette (le concierge qui l'avait laissé êcliai)per en thermidor an VI), écrivait Dubosq à son défenseur, le citoyen Le^ Rtm, est riiommc le ])lus ingénieux du monde pour ratiner §up toutes les mortifications : il est toujours fécond en nouveaux moyens de rendre la détention insupportable au ])oint de se i)endre (qu'on en viendrait à désirer se pendre) quand on ne peut se sauver, ce qu'il désire peut-être le plus. C'est sa noire hypocrisie (fui renrl absolument inutiles les rei)résentations que l'on pourrait faire aux magistrats qui vous croyeut encore trop heureux y)ris()nniers d'avoir un corucierge qui vous donne ce qu'il vous laiit, car il ne cesse de le re[)eter quand il y a des sj)ectateurs. liref, si nous demeurons un peu i)lus longtemjjs sous sa domination, il nous faudra un courage plus qu'humain pour y résister. Puis, il est toujours ])iquant de se voir ])rivé de hardes. et de linges, comme si on n'en avait point, tandis que celui-là mémo (jui vous cause cette privation, s'empare du meilleur et de l'essentiel : il (Mariotte) a toujours fait de même, car quand jft me suis cassé les jambes, je n'ai ])u que jdus de deux mois a])rès obtenir que l'on monte enfin le paquet (lu'on avait à moi^ et que l'on gardait mal à ])ropos, cai' les effets de ma fenmie y étaient aussi renfermés : onVm, on nous avait enlevé la fleur^ ])0ur parler ainsi, et on nous a rapj)orté le son. Dieu sait ce qu'il aura pillé dans le dernier que vous avez ai)]>orté, quand il l'a monté. J'ai trouvé 2 mauvaises ])aires de bas de soie à ma l'emm(î qui ne valent pas 5 liards : il y a '^ cravates i)our moi, 4 mouchoirs de poche rouge, quelques blamîs. Pardonnez-nous toutes ces importunités. Vous savez que nous ne sounnes i)as intéressés, mais il ne nous reste rien, et j)uis la manière dont cet homuie nous arrange, la manière dont il nous dujie encore^ ïious atVccte plus que la perte.
« Nous vous souhaitons une bonne santé et comptons sur vous. »
AFFAIRE DUBOSQ 289
L'a flaire se présentait, avons-nous vu, comme devant être la réhabilitation incontestable et définitive de Lesurques. C'était l'attente générale.
L'acte d'accusation ^ lui-même semblait ne laisser aucun doute à ce sujet.
La Justice, disait-il, n'a point à se plaindre de sa sévérité envers Gouriol, Durochat et Bernard ; le crime n'est pas douteux : ils ont l'un et l'autre participé à l'horrible assassinat du courrier de Lyon. Si Bernard n'a pas eu à se reprocher le môme crime, on ne saurait laver sa mémoire d'avoir partagé avec eux les fruits de leur forfait. Il n'en est pas de même du citoyen Guesno et de Lesurques. Le premier n'a été poursuivi que par l'effet d'une ressemblance extraordinaire avec Vidal, mais il n'a pas succombé. Pourquoi faut-il qu'une circonstance semblable ait coûté la vie et l'honneur au malheureux Lesurques? Aujourd'hui, ce n'est plus lui dopt la société réclame le cliâliment : c'est Dubosq ; c'est contre lui que s'élèvent les plus redoutables préventions; c'est lui que Gouriol mourant a désigné comme le véritable coupable; c'est chez lui que le partage du vol s'est effectué, c'est lui que Durochat a désigné.
C'était également le vœu du ministre de la Justice, qui, dès l'an VI, donnait en ces termes ses instructions à l'Accusateur public, chargé de suivre l'aflaire Dubosq :
Vous (Hes convaincu de la nécessité de faire les plus grands efforts pour découvrir entre Lesurques et Dubosq quel est le vrai coupable. Je n'insisterai point à cet égard auprès de vous, mais j'observerai qu'il faut tâcher de rendre constant entre ces deux individus si la culpabilité de l'un entraîne indispensablement l'innocence de l'autre, ou si tous les deux
1. Cet acte (raccusation est celui qui fut dressé après l'iiistruction de Melnn, conformônient au verdict du Jury d'accusation de Pontoise du .30 messidor an V, renvoyant devant le Tribunal criminel de Versailles. '
t90 L AFFAIRE DIT COURRIER DE LYON
peuvent être convaincus du même crime ou de quelqu'une
de se« circonstances. Je crois devoir vous rappeler à ce sujet
.la loi du 15 mai 1793*. Je comple sur votre zèle dans Texa-
nîèn ^e ce procès, et sur votre exactitude à m'instruire de
son résultat. Salut et Iraternité.
Legris.
Et pour que la vérité éclatât péremptoirement l'accusation avait cité 84 témoins.
Après cela, aucun doute ne devait plus subsister. Malheureusement il n'en fut rien !
Toutes les formalités, avons-nous dit, ayant été remplies durant l'audience de la matinée, on put, à celle de l'après-midi, commencer l'audition des témoins.
Les dépositions entendues ce premier jour des débats furent peu intéressantes -.
C'étaient des employés de la poste venant évaluer
1. « Article premier. — Si un accusô a été C(»iidamuô ])Oiir un délit et qu'un autre accusé ait aussi été condamné comme auteur du même délit, en sorte que les deux condamnations ne se puissent concilier et faisant la j)reuve de l'innocence de Tune ou de l'autre partie, l'exécution des deux jugements sera suspendue, quand uiême on aurait attaqué Tune ou l'autre sans succès au Tribunal de Cassation.
« Art. 2. — Le Ministre dénoncera le fait au Tribunal de Cassation qui cassera si les deux condamnations ne i)euvent se concilier et renverra les accusés en un autre Tribunal le plus voisin du lieu du délit. »
2. N. B. — Comme nous l'avons déjà dit au sujet des débats de l'ati'aire Lesurques, les dépositions des témoins résultent seules et textuellement du dossier d'instruction. C'est donc ép:alement i)ar des ])ièces et documents très divers que nous avons pu reconstituer les incidents d'audience. Les répliques de Dubosq, notamment, nous ont été inspirées par les lettres que de sa prison il écrivait à ses juges et par le mémoire qu'il iit tenir à son défenseur avant l'audience, méuioire qu'il nous a été possible de retrouver en grande ])artie. C'est un document ]>récieux et sincère au ynAni de vue de sa mentalité et de sa psychologie.
Toute cette partie n'est donc encore qu'une évocation plutôt qu'une reproduction des débats.