‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 67 sur 80 · Durnchat · texte numérisé non relu

Durnchat

étant d'ailleurs en contradiction envers lui-mênie! Mais Daubanton l'a placé gardien au Temple; voilà sa récompense ^ î

Le Président. — Veuillez parler plus respectueusement d'un magistrat.

DuBOSQ. — La Révolution a supprimé les formules de politesse, et je ne sache pas que le Premier Consul les ait jusqu'ici rétablies. — Oui, ce particulier ment.

Le Président, — Mais si vous aviez la conscience si tranquille, pourquoi avez-vous cherché à corrompre avec de l'argent Durochat pendant qu'il se trouvait en même temps que vous à la prison de Melun, où il avait été amené pour les confrontations nécessaires?

DuBOSQ. — Je ne connais point Durochat, et, malgré toute la pregsion exercée sur celui-ci, il n'a jamais pu me reconnaître.

Le Président. — Sachez, Dubosq, que la Justice n'emploie pas vos moyens et qu'elle est incapable d'exercer une pression quelconque, même dans l'intérêt supérieur de la vérité! Durochat, pris de remords, a luimême indiqué pourquoi il ne vous avait pas reconnu.

Dubosq. — Pris de remords ! î

Le Président. — D'ailleurs, audiencier, appelez le témoin Ghassier. »

Ghassier, Vincent, cinquante-quatre ans, concierge des prisons de Melun, dépose : « Ghaque fois que le détenu Dubosq sortait de la chambre où il couchait pour aller prendre l'air dans le préau, il passait nécessairement devant le guichet du troisième cachot, à gauche, où couchait le nommé Durochat, autre assassin dudit courrier de Lvon.

Dlbosq, — Gomment sait-il, ce garde-chiourme, que

I. Lctlir lie J)nl)(iS(i au DinM-t.cur du Jury do IV^iiloiso.

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je suis un des assassins du courrier? C'est pas écrit sur ma figure !

Le Président. — Quand vous voudrez, Dubosq, nous continuerons. 11 faut bien des gardiens comme celui-ci pour garder les gens de votre espèce. Témoin, poursuivez.

Dubosq. — Oui, il y a des malheureux comme moi qui deviennent des voleurs, c'est possible ; mais il y en a bien d'autres, et qu'on laisse libres, ceux-là! Ah! malheur, si c'est pour ça que nous avons fait la Révolution et laissé couper nos têtes sur l'échafaud !

Le Président. — Sauf la vôtre, en tout cas... du moins jusqu'ici. Témoin, continuez.

Le Témoin. — Donc, chaque fois que Dubosq passait devant la chambre de Durochat, il s'arrêtait au guichet, parlait très bas à ce dernier et lui tendait la main au travers de son guichet, ce qui ferait présumer qu'ils étaient d'anciennes connaissances ensemble. De plus, Dubosq avait l'attention et la prudence que les, nommés Vidal-Dufour, Jacob et Fontaine, quatre détenus qui couchaient dans la même chambre que lui...

Dubosq. — D'abord ça ne fait que trois. Ça ne sait même pas compter!

Le Témoin. — ... et qui allaient prendre Tair dans le préau, ne sortissent que bien après lui pour aller au préau, afln que lui, Dubosq, eût le temps, sans être entendu d'eux, de parler bas et de tendre la main à Durochat; j'ignore si Dubosq, en tendant la main à ce dernier, lui passait quelque chose soit en outils, soit en papier, soit en argent; mais mon fils, ainsi que Fontaine et un autre détenu, nommé « l'Armurier », pourront vous en dire davantage. Au surplus, Durochat n'avait que deux louis lorsqu'il est entré dans la prison; un défenseur officieux lui en a depuis apporté trois;

sa femme est venue lui en apporter en différentes fois, mais en petite quantité, si bien qu'au moment de son évasion, ayant été rattrapé et fouillé, il avait sur lui deux doubles louis et un louis simple, outre les dépenses qu'il avait faites dans la prison.

DuBOSQ. — Eh bien ! si Durochat recevait tant d'argent de tout le monde, quel besoin avait-il du mien? Et le témoin ne dit pas où je l'aurais trouvé! La vérité vraie, c'est que, sans connaître particulièrement ce camarade, on avait fait le projet de s'évader ensemble. Ça, c'est vrai. Dans ce but, je lui faisais passer des papiers en langage convenu.

Le Président. — Gomment avez-vous pu convenir de ce langage avec Durochat si vous ne le connaissiez pas?

DuuosQ. — C'est un langage que tous ceux qui ont été tant soit peu dans les prisons connaissent.

Le PRÉsmENT. — Alors il ne doit guère être un secret pour les gardiens et, dès lors, si ce que vous dites est vrai, il devient inutile.

DuBOSQ. — Quoi qu'il en soit, le particulier ici présent comme témoin avait consenti, moyennant finances, bien entendu, à en passer un; mais quand il a vu qu'on ne payait plus, il a imaginé la petite histoire qu'il vient de vous débiter. Eh bien! le plus coupable, c'est lui!

Le Président. — A merveille!

Le Témoin, continuant. — Quand on eut changé Durochat de cachot, comme celui-ci était attenant àJa chambre de Dubosq et n'en était séparé que par une cloison d*environ G pouces, Dubosq ne parlait plus à Durochat en allant au préau; mais, entre deux madriers de ladite cloison, ils avaient pratiqué une petite ouverture (|u'ils bouchaient quand il le fallait avec du pain mâché, et par laquelle ils pouvaient se parler et se

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passer bien des choses, sans être, vus ni entendus.

Le Président. — La surveillance semblait bien relâchée dans cette prison dont vous étiez le concierge. 11 n'est point étonnant que Dubosq, qui n'en était point à son coup d'essai, ait pu facilement s'en évader. Un gaillard pareil demandait plus de précautions. — Témoin, allez vous asseoir. »

Les détenus Fontaine, VArmurier el Bertolet confirment les dires du précédent témoin et déclarent qu'à plusieurs reprises ils avaient vu Dubosq remettre à Durochat des louis dans des journaux ployés, tantôt en quatre, tantôt en huit; que d'ailleurs ces deux particuliers se connaissaient depuis longtemps et se tutovaient.

Dubosq. — « Ben, si maintenant on fait venir comme témoins toute la prison de Melun, je n'ai pu rien à dire. Non, ça fait pitié, quand on pense qu'on aurait pu acheter tout ça pour quelques deniers!

Le pRÉsmE>'T. — Connaissez-vous au moins un nommé Richard?

Dubosq. — On m'en a déjà parlé à l'instruction. C'est ce particulier qui, s'ennuyant au bagne de Rochefort, et ayant appris par la voie des journaux que j'étais arrêté pour le crime pour lequel il avait été condamné, demande à cor et à cri au citoyen Daubanton de venir faire un petit voyage jusqu'à Paris, sous le prétexte de me reconnaître, mais bien plutôt pour chercher à s'évader en roulée

Le Président. — Précisément, et voici ce que, pour la première fois, il écrivait spontanément le...

Dubosq. — Oh! spontanément, c'est pas prouvé?

Le Président. — Tout le monde n'acliète pas comme

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