‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 7 sur 80 · LA POSTE AUX LETTRES DE LA RIE MARTIN · texte numérisé non relu

LA POSTE AUX LETTRES DE LA RIE MARTIN

Près d'eux, le courrier causait affectueusement avec une femme, celle précisément que le postillon de la malle de ferest avait failli écraser à l'entrée de la rue Martin. Cette dernière lui faisait mille recommandations où perçaient toiites ses craintes de le voir partir une fois encore sur ces* routes rendues si. dangereuses par Taudace des voleurs.

« Je voudrais, lui disait-elle, te voir faire un autre métier; je ne suis jamais tranquille quand je le vois ainsi partir. On lit dans les journaux tant de récits de brigands, que j'ai toujours peur qu'il l'arrivé quelque chose !

— N'ayez pas peur, citoyenne Dolgoff, dit un des employés, Excoffon n'est pas homme à se laisser dépouiller sans rien dire. Et quel serait le mauvais patriote qui oserait s'attaquer à une malle qui porte à l'armée d'Italie la fortune, l^spoir et la joie!

— Il est vrai, répondit Excoffon en souriant, que ce que j'emporte à l'armée des Alpes tenterait plus d'un patriote! A propos, la Trésorerie n'apporte pas vile ses boîtes, il est bientôt quatre heures et demie. Hé là î Nanteau, il est temps d'atteler tes chevaux. Tiens! quel est ce particulier? »

Un homme, vêtu d'une redingote brune sous laquelle on apercevait un sabre, venait, en effet, d'arriver et, depuis quelques instants, il se promenait dans la cour, la tête baissée, son chapeau rond rabattu sur les yeux.

S'étant approché de la malle, il s'informa auprès du coun-ier Excoffon si c'était bien celle ([ui partait pour Lyon.

(( Alors, c'est vous, citoyen, lui dit ce dernier, qui venez avec nous à Lyon ? ))

L'homme répondit par un oui, qui ressemblait plutôt à un grognement

20 i/affairk dl; coiîrrikr de lyox

(( Si vous avez qiickjiic chose à mettre dans la malle, l'ami, vous pouvez me le donner, nous allons bientôt partir. »

L'homme leva les bras et dit :

(( Merci, citoyen, je n'ai que mon corps. »

Et il reprit sa promenade en arpentant la cour.

« Singulier bonhomme, dit Excoffon, ce n'est pas lui ([ui, par ses bavardages, me rendra la route moins longue î »

Les postiers avaient terminé leur besogne. Maintenant, l'inspecteur Gillel, sa liste à la main, appelait les paquets au fur et à mesure qu'on les entassait dans la malle.

Celait une des cent vingt voitures^ qui avaient été mises en service depuis le i" janvier 1792 2, en remplacement des « turgotines », pesants véhicules de

1. Malgrt' les n'chorchos les plus minutieuses, nous n avons trouv»'» (jue })pu de renseignements sur les malles-postes à cette é])oque. Ln Bibliothèque nationale, département des Kstam])es, non ])Ius que le Musée de Chiny, n'en possèdent aucun échantillon, ni aucun dessin. 11 existe bien, au Musée (/arnavalet, un<' gravure de voitures de même modèle, mais celles-ci, qui ne faisaient que le trajet de Paris à Saint-Cloud, étaient de moindre* dimension et à deux chevaux seulement. Ce])endant, grâce à (pielques indications fournies ])ar le dossier criminel et grâce surtout à un ouvrage de 1856 de M. Ramée sur la Locomotion , il nous a été ])ossilde de donner ici un spécimen d'une malleposte de l'an W .

2. En 171M), l'Administration des Postes, régie par les fermiers généraux, n'avait ([ue 27 courriers auxquels elle donnait 1000 francs par an. Les voitures n'étaient que des charrettes couvertes dans lesquelles on plaçait des malles mobiles fournies et entretenues i)ar un entrej)reneur auquel l'Administration payait 2(X) livres par an. Les courriers ayant formé des demandes réitérées et instantes rie salaires, le fermier Richard (VAubigny ]>roi)osa la su])pression de ces malles-charrettes dans lesquelles les lettres n'arrivaient qu'en mauvais état, et forma une entrel»rise générale de transport des dépèches qui fut confiée aux citoyens Delchet et Irisson. Mais le 12 sei)tend)re ITDl, l'Assemblée législative ayant ordonné rétablissement d'un service de

Page 1