‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 75 sur 80 · Quid calcant htoncri, qiùd ferre l'ccusent · texte numérisé non relu

Quid calcant htoncri, qiùd ferre l'ccusent

AFFAIRE - DUBOSQ 335

Quatrième audience (V' nivôse an IX).

Des influences diverses avaient obtenu du Président que l'audience ne reprît qu'à dix heures au lieu de celle matinale fixée la veille, ce qui n'empêcha point bien des Parisiens de n'arriver assez à temps toutefois pour entendre l'éloquent mais impitoyable réquisitoire du commissaire du gouvernement Giraadet.

Mais, à midi et demi, après la courte suspension d'usage, la salle avait repris son aspect des autres jours, et même quelques nouveaux venus étaient parvenus à trouver place pour entendre la défense du citoyen Le Bon.

La' condamnation prononcée contre Lesurques était pour lui un argument précieux/

(( Il est certain, disait-il, d'après la déclaration unanime des témoins, que, parmi les quatre individus vus à Môntgeron et à Lieursaint, le 8 floréal, un seul avait les cheveux blonds, qu'un seul avait demandé de la ficelle pour raccommoder la chaînette de son éperon.

(( Or, cet individu blond qui a demandé cette ficelle, et qui, plus tard, a été vu se promenant avec Vidal à Lieursaint, c'est Lesurques : il a été jugé, condamné et exécuté pour ce fait; il est donc évident que l'accusation est dans l'erreur lorsqu'elle soutient que Dubosq est l'homme blond remarqué à Môntgeron et à Lieursaint ; que c'est lui qui a raccommodé Tun de ses éperons avec du fil; que c'est lui qui s'est promené à Lieursaint avec Vidal. L'arrêt de condamnation de Lesurques démontre que ces faits sont imputables à

celui-ci, et Dubosq a, sur ce point, en sa faveur, Tautorité de la chose jugée K n

Il ajoutait « qu'il était impossible d'accorder aucune confiance aux dires d'un témoin aussi versatile que la femme Alfroy, d'un témoin qui avait été capable, pendant si longtemps, de masquer la vérité, en admettant même que sa dernière déclaration fut sincère et spontanée, ce qui était moins que certain! Combien plus dignes de foi étaient ceux qui, dès le premier jour jusqu'au dernier, n'avaient jamais varié dans leurs dépositions. »

Il montrait enfin le rôle étrange joué par M. Daubanton, le dévouement inexplicable et insolite de ce dernier, la ténacité et l'intérêt de la famille Lesurques s'acliarnant sur un malheureux que son passé vouait à la sévérité de ses juges.

Ce fut un beau morceau d'éloquence, mais ses efforts furent impuissants devant les antécédents de son client.

Si Dubosq n'avait point été reconnu par tous les témoins de la route, la dernière déposition de la femme Alfroy était là, fatale pour lui! Les aveux de ses coaccusés l'accablaient; ses relations avec ceux-ci constituaient de gravés présomptions, et, malheureusement pour lui, sa culpabilité était presque certaine sans qu'elle pût toutefois rendre éclatante l'innocence de Lesurques.

Un doute, et un doute terrible en sa faveur, certes, subsistait; mais son passé se dressait accusateur, et c'était contre lui que venait se briser ton te la véhémente éloquence de son fougueux défenseur.

Quant à la fille Barrière, elle se trouvait reléguée au

i. Berlin, J^ctision du procès Lesurques.

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second plan. C'est à peine si Ton se préoccupait d'elle. D'ailleurs, sa culpabilité ou son innocence était étroitement liée au sort de son amant.

A trois hemes, les jurés purent se retirer dans la chambre de leur délibération pour répondre aux trentesept questions qui leur étaient posées, tandis que les accusés étaient reconduits dans la maison de justice.

A cinq heures et quart, le chef du jury fait avertir le Président qu'il est en état de donner leur déclaration ; ce dernier commet alors le juge Brierre pour aller, avec le Commissaire du Pouvoir exécutif, la recueillir. Cette formalité remplie S les jurés et le Tribunal rentrent à l'audience. Alors le citoyen Delacourt fait part, à haute voix, que la déclaration unanime du jury, dont il est le chef, est « que Jean-Guillaume Dubosq ncst point convaincu cVêire l'auteur de l'homicide du courrier ni du postillon de la malle de Lyon, ni du vol qui a suivi, mais seulement d'avoir aidé et assisté, volontairement et avec préméditation, les auteurs de cet homicide et de cette soustraction. »

La fdle Barrière n'était même point convaincue d'avoir aidé ou assisté les auteurs de cet homicide ni de ce vol, ni même d'avoir profité des effets souscrits, mais seulement de les avoir recelés dans une intention criminelle.

Cette déclaration était sinon habile, car rien de semblable ne peut être supposé quand il s'agit du verdict d'un jury qui n'a dû prononcer que d'après sa conscience et sa conviction; du moins elle éludait la contradiction qui aurait pu exister entre ce verdict et celui <|ui avait condamné Lesurques.

Lesurques avait été convaincu d'être un des auteurs

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