‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 76 sur 80 · Kllc n'existe i)lus aujourd'hui · texte numérisé non relu

Kllc n'existe i)lus aujourd'hui

de l'homicide; Dubosq n'était convaincu, au même titre que Bernard, que d'y avoir aidé ou assisté avant le crime, sinon au moment du crime.

Ce verdict qui, ainsi rendu, ne créait point uti

nouvel auteur du crime et laissait intact le nombre

{ généralement admis de quatre cavaliers, rendait en

\ tout cas juridiquement impossible la réhabilitation

\ légale de Lesurques.

Les accusés sont alors introduits. Le Président leur ayant donné connaissance de la déclaration du jury, et le Commissaire du Pouvoir exécutif ayant fait son réquisitoire sur l'application de la loi, le Tribunal, sans désemparer, et après une courte déclaration, condamne Jean -Guillaume Dubosq, disant se nommer André Dubosq, à la peine de mort et à avoir la tête tranchée sur l'échafaud où il sera conduit, revêtu d'une chemise rouge; Claude ou Claudine Barrière, dite « Prince », se disant femme de Dubosq, à la peine de vingt-quatre ans de réclusion et à être préalablement attachée à un poteau, placé sur un échafaud, où elle demeurera exposée pendant six heures aux regards du peuple, ayant au-dessus de sa tête un écriteau sur lequel seront écrits, en gros caractères, ses noms, sa profession, son domicile, la cause de sa condamnation et le jugement rendu contre elle, pour être ensuite transférée dans la maison de force de Dourdan, et y être employée, pendant les vingt-quatre ans, à des travaux forcés au profit de la République.

Après avoir rappelé aux accusés la faculté qu'ils avaient de se pourvoir en cassation, et le terme dans lequel l'exercice de cette faculté était circonscrite, les condamnés sont reconduits dans la maison de justice, sans que Dubosq, demeuré impassible, ait prononcé une parole ni fait un geste.

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AFFAIRE DUBOSQ 343

Enfin, le Président déclare aux jurés que leur mission est terminée.

L'audience est levée, le i" nivôse an IX, à six heures et demie du soir.

Le jury et le ïribuqal s'étaient montré d'autant plus sévères que « le brigandage s'était encore accru sur les grandes routes à l'approche de l'hiver. On ne pouvait plus parcourir les routes sans s'exposer à y être pillé ou assassiné. Les départements de la Normandie, de l'Anjou, du Maine, de la Bretagne, du Poitou étaient comme jadis les théâtres de ce brigandage. Mais le mal s'était propagé. Plusieurs départements du centre et du midi, tels que ceux du Tarn, de la Lozère, de l'Aveyi'on, de la Haute-Garonne, de l'Hérault, du Gard, de l'Ardèche, de la Drôme, de Vaucluse, des Bouchesdu-Rhône, des Hautes et Basses-Alpes, du Var, avaient été infestés à leur tour. Dans ces départements, les troupes de brigands s'étaient recrutées des assassins du midi, qui, sous prétexte de poursuivre les Jacobins, égorgeaient, pour les voler, les acquéreurs de biens nationaux; des jeunes gens qui ne voulaient pas obéir à la conscription, et de quelques soldats que la misère avait chassés de l'armée de Ligurie, pendant le cruel hiver de 1799 à 1800. Ces malheureux, une fois engagés dans cette vie criminelle, y avaient pris goût, et il n'y avait que la force des armes et la rigueur des lois qui pussent les en détourner. Ils arrêtaient les voitures publiques; ils enlevaient chez eux les acquéreurs de biens nationaux, souvent aussi les propriétaires riches, les transportaient dans les bois, comme le sénateur Clément de Ris, par exemple, qu'ils avaient détenu pendant vingt jours; faisaient subir d'horribles tortures à leurs victimes, quelquefois leur brûlaient les pieds jusqu'à ce qu'elles se rachetassent en livrant des

344 L AFFAIRK DU COURRIER DP: LYON

sommes considérables. Ils s'attaquaient surtout aux ■caisses publiques et allaient, chez les percepteurs euxmêmes, s'emparer des fonds de l'Etat, sous prétexte de faire la guerre au Gouvernement. Des vagabonds qui, au milieu de ces temps de trouble, avaient quitté leur province pour se livrer à la vie errante, leur servaient d'éclaireurs, en exerçant dans les villes le métier de mendiants. Ces misérables, s'informant de tout pendant qu'ils étaient occupés à mendier, signalaient aux brigands leurs complices, ou les voitures à arrêter, ou les maisons à piller.

« Il fallait de petits corps d'armée pour combattre ces bandes. Quand on parvenait à les atteindre, la justice ne pouvait sévir, car les témoins n'osaient pas déposer et les jurés craignaient de prononcer des condamnalions. Le premier consul n'avait pas hésité à recourir aux lois militaires, en attendant l'adoption du projet actuellement en discussion, destiné à réprimer le brigandage. Comme il fallait employer des corps de troupes pour réprimer ces bandes de brigands, la gendarmerie n'étant plus assez forte pour les combattre, il crut pouvoir assimiler cette situation à un état de guerre véritable, (jui autorisait l'application des lois propres à l'état de guerre. 11 forma plusieurs petits corps d'armée qui parcouraient les départements infestés, et ((ue suivaient des commissions militaires. Tous les brigands pris les armes à la main étaient jugés en quarante-huit heures, et fusillés.

((L'horreur qu'inspiraient ces scélérats était si grande et si générale, que personne n'osait élever un doute ni sur la régularité, ni sur la justice de ces exécutions * ».

Le pourvoi que Duboscj et la lille Barrière avaient

J, Thiers, Histoire du Cousulat et de VEèt)iiire^ t. II, p. 304.

AFFAIRE Dl'BOSO 345

formé ayant (Hé rojelé par le Tribunal de Cassation, le i8 pluviôse an IX, Dubosq, qui, même au pied de réchafaud, s'était refusé à des aveux quelconques, monta délibérément au supplice et fut guillotiné le 5 ventôse an IX, emportant irrémédiablement avec lui le secret que les liommes n'étaient point parvenus à lui arracher.

Trois jours après, la fille Barrière était exposée, pendant les six heures prévues par le jugement, sur la place du Grand-Montreuil, à Versailles.

Affaire Roussyi dit « Béroldy ».

Versailles, le 2S décembre 1S03K

Ma chèro sœur,

J'ai reçu tes deux lettres ainsi (|uc les cinq louis que tu m'as envoyés, le tout m'a fait un sensible plaisir et je t'en remercie de tout mon cœur. Je te dirai que j'en ai reçu aussi deux lettres de ton mari ; il se porte bien. Je lui ai écrit en le prévenant de la prière que je vais le faire. Voici de quoi il est (luestion. Au nom de la tendre amitié fraternelle dont tu m'as donné tant de preuves, le moment est arrivé où j'en ai le plus extrême besoin, vu qu'il en dépend la justification dé mon honneur et ma liberté.

L'inculpation dirigée contre moi est si vilaine que je n'ose le le dire, mais couune tu me connais assez pour me croire incapable de m'écarter des principes d'honneur et de probité, j'espère bien que cela ne te laissera aucune mauvaise imj)ression sur mon compte ; tu t'empresseras sans doute à faire tout ce qui dépendra de toi pour obtenir sans délai ce que je te demande.

Je sais tout le dérangement que le voyage que tu vas (^tre obligée de faire, va te causer; mais il faut de toute nécessité que je produise les papiers el certificats authentiques qui attestent que je me nomme et que je suis Louis Béroldy,

1, G nivûse an XII.

AFFAIRE ROUSSY, DIT « BÉROLDY )l 347

Pour fcki, il faut que tu prennes la peine de le rendre toinmhne à mon pays natal, y lever mon extrait baptistaire, que tu feras duement légaliser sur les lieux ; ensuite tu te transporteras chez M™« Brumardi, à Gênes, dont le mari est décédé, tu lui rappelleras que ce fut chez eux que je descendis en Tan 4*^ de la République française, qui correspond, je crois, avec Tannée 1796. Ce fut le 29 avril, ce qui a fait sept ans au mois d'avril dernier.

Il faudra qu'elle ait la complaisance d certifier ce fait par sa signature et celles de quelques voisins qui m'auront connu à cette même époque, comme aussi des personnes que je visitai à mon arrivée, telles MM. Settapera, Antonetti, Pia- .galle, le curé Vêla, le prêtre Lombardi, le commis de M. Sckepera, d'autres encore que ceux-ci pourront se rappeler, avec lesquels je dînai chez M. Sckepera, le 2 mai 1796, jour des Casais.

Cette déclaration doit être faite par-devant notaires, tu prendras M, Asmironti auquel je crois avoir rendu visite ce jour même pour mettre ma sœur Magdeleine au couvent. Il est le père de la religieuse qui prit soin d'elle dans le tems. Il sera bien essentiel de spécifier mon signalement tel que -ces personnes le désigneront, sans oublier les signes qu'elles auront pu apercevoir sur ma personne, ainsi que mon âge, que cela soit si clair, que l'on ne puisse douter que je suis Louis Béroldy, et qu'il est à la connaissance desdites personnes que fêtais bien à Gênes en l'on IV, ou fin cVavril i 196,

Ne pouvant rester sans défense dans une affaire de cette nature, j'ai promis 100 écus à mon avocat qui demeure à Paris, j'ai toute confiance en ses lumières et je ne puis me dispenser d'accomplir la promesse que je lui ai faite de lui donner ces 300 francs. En conséquence, je te prie, avant de partir, de m'envoyer 150 francs toi-même, et puis 150 autres par ma sœur Jeannette, à laquelle tu voudras bien écrire, attendu qu^il faudrait entrer dans beaucoup de détails, et je n'ai pas la tête à cela, mais recommande-moi bien à elle et <lonne-luî l'adresse de M. Mariotte, à Versailles.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à te prier bien instam-

ment d'accellorcr ton dépari, vu que cette affaire ne peut être confiée à un étranger, et qu'elle est trop importante pour qu'on n'y mette pas tout le zèle et l'exactitude dont elle est susceptible.

Ton mari ne trouvera pas mauvais que tu fasses toutes les démarches, l'en ayant déjà prévenu dans les termes les plus pressants. Ainsi, je m'en rapporte à toute ton amitié.

Je ne te conteste pas au sujet de la petite ni de sa mère. Je te prie avec instance pour que tu partes le plus proiuptement i)ossible pour (iènes, tu obligeras ton frère (|ui t'aime et qui te prie de me répondre le plus tôt possible. Je t'embrasse ainsi que la i)etite.

Ton frère,

BÉROLDY.

Je ne te puis répondre sur-le-champ, vu que j'attends la ré[)onse de mon avocate

Roussy, dit « Béroldy », se trouvait en effet détenu à la prison de la geôle à Versailles. Arrêté pour vol à Saragosse par la police espagnole, et transféré pour ce délit dans les prisons de Madrid, il avait été, faute de preuves, remis en liberté et continuait à résider dans cette ville.

Cependant la justice française, alors qu'elle désespérait de pouvoir jamais mettre la main sur le dernier des complices connus de l'assassinat du courrier de Lyon, ayant découvert sa retraite, fit demander à la Cour d'Espagne, par le général Beurnonville, ambassadeur de France, l'extradition de cet Italien.

Le '2 fructidor an XI, il fut fait droit à cette demande, et Roussy fut conduit à Rayonne sous l'escorte de 12 soldats espagnols, d'un greiïîer et de 2 recors, et mis à la disposition de la justice française.

1. Cette lottro n'est jioinl de lécriture de Roussy et a seulement été signée par lui.

LETTRE DE M. DE TALhEYRAND, MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES

(Fac-similé d'une des pièces du dossier criminel).

AFFAIRE ROUSSY, DIT « BÉROLDY » 35f ^

Le mandat d'amener décerné contre lui remontait au i5 pluviôse an VI.

Conduit sous bonne garde à Versailles, il y fut aussitôt interrogé par M. Chollet, Président du Tribunal criminel. Il opposa les dénégations les plus énergiques et les protestations les plus indignées, miais sans se départir toutefois d'un ton respectueux et cauteleux.

Roussy était en effet bien différent de ses autres coaccusés que nous avons été amenés à étudier jusqu'ici.

Cette bande de misérables offrait, au point de vue psychologique, des contrastes profonds et d'une étude curieuse.

Sans parler de Lesurques, qui était d'une condition et d'une intellectualité toutes difiPérentes de celles des autres condamnés, Couriol était d'un caractère bizarre, fataliste et philosophe, en ce sens qu'il supportait sanstrop s'émouvoir les imprévus de son existence mouvementée.

Bernard, au contraire, n'avait qu'une mentalité obtuse. Son attitude et son aspect de brute, sans conscience et sans remords, fut une des causes principales de sa condamnation à la peine capitale, alors qu'il n'avait point participé réellement à l'assassinat.

Durochat, nous l'avons vu, ne fut qu'un instrument entre les mains de Dubosq ,et de Vidal-Dufour. Il appartenait au dernier qui savait l'accaparer et se l'attacher. Cependant, ce n'était point un être incapable de remords et de repentir, dès qu'il pouvait échapper aux influences néfastes dont il subissait trop facilement l'impulsion,

Vidal était ingénieux et habile, et cependant, ni son ingéniosité, ni son habileté ne le sauvèrent de l'échafaud.

Quanta Dubosq, c'était incontestablement leur maître

à tous. Par son cynisme, son mépris de tout ce qui n'était pas lui, par son esprit d'audace et son manque absolu de scrupule, c'était une force, une force terrible, mais dangereuse et néfaste.

Sa mort, n'eut-il été qu'un complice et non un auteur du crime, fut une juste expiation de tous ses méfaits.

Roussy, lui, était l'Italien, félin et fourbe, haineux et également sans scrupule. Il se croyait habile et ne désespéra pas de donner te change à la Justice quand il se vit arrêté, rxiais il portait sur la main un signe qui fatalement devait le trahir et le conduire à sa perte.

C'était un homme de trente -six ans environ, très grand de taille, portant une forte chevelure touffue et brune qui débordait même sur la figure. Le nez, plutôt long, émergeait d'un visage allongé et très pâle, encadré de « nageoires » également brunes et bien fournies.

Ce visage, aux joues creuses et marqué de petite vérole, était éclairé de grands yeux bleus, très foncés, presque noirs, et fort beaux.

La bouche, qui d'ailleurs ne se séparait que rarement d'une pipe, presque élégante, était grande et dégarnie de deux dents incisives à la mâchoire supérieure droite. Très mince de corps et de taille élancée, Roussy était fort bien mis, soigné de sa personne, botté à la dernière mode et ganté, tout au moins de la main droite.

Bien qu'il eût fait de nombreux séjours en France, il parlait mal notre langue et avait gardé un accent assez prononcé.

(( Mais, outre le nom de Louis Béroldy, sous lequel il vous plaît de vous faire connaître aujourd'hui, ne vous appelez-vous pas Rossy ou Roussy, Ferrary et même le « grand Ilalien » ? lui demanda le Président ChoUet.

AFFAIRE ROrSSY, DIT « lŒROLDY » 353

R. — Nullement, sire Président, je m'appelle Louis Béroldy, âgé de trente-cinq ans, natif de la Croix-de- Fiesch, demeurant à Madrid depuis cinq ans et privilégié en Espagne de Sa Majesté Catholique pour une fabrication d'huile toute spéciale.

D. — Ne demeu riez-vous pas à Paris au mois de pluviôse an Vi, rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue Grenier- Saint-Lazare, entre le café d'Apollon et un mercier?

R. — Oh ! sire Président, je n'étais pas alors en France!

D. — Vous êtes accusé d'avoir concouru avec plusieurs autres à deux assassinats commis dans la forêt de Sénart^ sur le courrier et le postillon de la malle de Lyon.

R. — Oh! sire Président, je n'étais pas en France. Je ne puis tivoir commis un aussi vilain assassinat.

D. — Ktiez-vous en France en l'an lY?

R. — J'étais en France on 1 790 ; je ne me rappelle pas si c'était en lyç),") ou [796 que je suis parti. Je suis parti dans le mois d'avril, le u, à moins, ajoute-t-il après quehjues hésitations, que ce ne soit le 17 ou le ï8.

D. — Êles-vous bien certain de n'avoir jamais demeuré rue Saint-Martin?

R. — Oh! sire Président, jamais. Puis après quelques réticences: à moins que ce ne soit dans mes divers voyages, l'un d'environ six mois, l'autre d'environ trois mois, un autre de onze mois, à moins que ce ne soit de douze. Quant à la rue Saint-Martin, je ne la connais pas bien ; je ne sais même pas où elle est. Oh ! que c'est ennuveux de connaître si mal votre Paris.

D. — Avez-vous été repris de justice?

R. — Sire Président, puis-je vous dire liumbloment

1. « Dans Ja i'ovvt de Sênart » est inexact, la forêt «'arrêtant bien avant Lieursaint.

3o^t L AFFAIRK DU COURRIKR DE LYON

que je dois répondre à vos bienveillantes questions sur le fait dont je suis accusé, mais je ne crois pas sur la question que vous me faites actuellement.

D. — Comme il vous plaira! Nous en serons réduits * à le savoir sans votre consentement. Avez- vous fait choix d'un défenseur ?

R. -;- Je n*en connais pas, hélas !

D. — Nous vous nommons d'oflîce le citoven Maugcrel, défenseur officieux près les Tribunaux de Paris.

R. — Merci, sire. »

Pour permettre à Roussy de se procurer les renseignements qu'il annonçait, mais aussi un peu dans Fespoir de ressaisir Richard qui venait de s*évader à son tour du bagne de Rochefort et de pouvoir ainsi le confronter avec ce seul condamné survivant du crime ^, l'affaire fut remise à la session de nivôse, puis à celle de pluviôse, par deux jugements du Tribunal criminel de Versailles.

1. Cette coiilVoiitatiou ne i)iit avoir lieu que le 26 floréal au XII, c'est-à-dire deux mois après la condamnation de Roussy et quchpie tem])s seulement avant son exécution.

Richard qui, dès sa réincarcération, avait été aussit<?»t repris du besoin de témoigner en justice et du désir de pérégriner aujjrès du dernier accusé (pii restât de TatTaire. déclara : « Que le 12 ou 13 floréal an IV, il y avait huit ans, vers onze heures du matin, il s'était trouvé à déjeuner dans un cabinet du i)remier étage d'une maison boulevard du Temple, où se tient nue auberge de traiteur, connue sous l'enseigne du Cadraji Bleu ; que les nonnnés Couriol, Vidal, dit « Lafleur », Roussy dit « Ferrari », Durochat, dit « Veronil », Bruère et Dubosq étaient du même déjeuner ; qu'il connaissait bien tous ces particuliers et notannnent Roussy qu'il avait vu deux l'ois auparavant chez le nommé David Rernard, juif, demeurant rue Sainl-Avoye, lequel Roussy, dit « Ferrari », avait une tache de vin sur le ])oignet droit et était brèche-dent k la mâchoire supérieure : qu'à ce déjeuner il n'a i>as été question en la ]>réseuce de lui Richard, de l'assassinat, mais que* la l'eninie I)ub()sq élant venue et le déclarant étant descendu pour un l)esoin, a entendu, en remontant des cabinets, qu'il y avait une espèce-

Ces remises permirent également de rechercher si Roussy n*avait point déjà été incarcéré dans les prisons de Paris ou des environs.

A cette époque, les recherches ne pouvaient être aussi rapides ni aussi précises que maintenant. La photographie, ni même la daguerréotypie, qui ne devait sortir que quelques années plus tard de la collaboration de Niepce et de Daguerre, étaient inconnues S et le service anthropométrique de M. Bertillon était loin d*être imaginé, il était facile à un coupable de se faire condamner sous un nom d'emprunt.

Celte dissimulation d'identité était à ce point en usage, que tous les malfaiteurs s'affublaient de plusieurs noms, et ils n'avouaient à la justice locale, devant laquelle ils comparaissaient, que celui sou& lequel ils n'avaient pas été par elle condamnés -.

Ils n'avaient à craindre, dans ces conditions, que la reconnaissance des gardiens de prison et leurs dénonciations.

de dis})ute entre tous les susnommés et qu'il y avait une question de i)artage ; que, quand il ouvrit la ])orte et rentra dans le cabinet, tout le monde se tut ; que Couriol lui avait seulement dit après sa condanmation, et Tavait déclaré le lendemain aux adnùnistrateurs du Bureau central de Paris que lesdits Vidal, dit « Lafleur », iJurocliat, dit « Verouil », Dubosq, Roussy, dit « Ferrari » et lui Courriol étaient les cinq auteurs et comjilices de l'assassinat du courrier et du postillon de la malle de Lyon. »

1. La phot()grai»liie même n'avait pas tardé à devenir illusoire, car lorsque ce moyen de reconnaissance fut imaginé, en cinq années, à Paris, 50 0(X) cartes pli()togra]»lii(pies avaient déjà été réunies, et il était devenu ]»res([ue impossil)le de chercher avec succès, dans cette iunnense coUecliou, le i)ortrait d'un individu donné.

2. Par contre, l'ell'et produit par la méthode Berlilkui sur les malfaiteurs fut tel qu'eux-mêmes aujourd'hui, quand ils ont déjà été une première fois condamnés, renoncent «jfénéralement aux changements d'identité, les ayant désormais reconnus inutiles.

Mais nous avons vu que sous la Révolution et sous le' Directoire, le recrutement de ceux-ci était tel, que leur silence était facilement acheté et qu'il était loisible, avec un peu d'argent, de les avoir à sa discrétion.

Cependant, après des recherches sérieuses, on apprit qu'un nommé Joseph Rossy, dit « l'Italien)), se disant bijoutier, âgé de vingt-six ans, et soupçonné de complicité de vol, avait séjourné en brumaire an 11 dans la prison de Bicétre pour être transféré ensuite, le 12 pluviôse de la même année, à la prison de Lazare.

Sur cette indication, M. Vincent de Paule Barbier, juge au Tribunal criminel de Seine-et-Oise, et chargé de l'information contre Roussy, manda les gardiens de Bicétre qui, en l'an H, avaient pu connaître ce dernier.

L'expérience fut concluante et leur reconnaissance formelle. Ils ajoutèrent même qu'aucun doute ne saurait subsister s'ils voyaient la main droite de celui-ci jsur laquelle devait exister une large tache de vin.

Cette révélation n'eut pas l'heur d'agréer à Roussy, et ce fut d'assez mauvaise grâce qu'il dut ôter son gant droit.

En effet, une tache de vin large et très rouge apj)arut sur la main, près du poignet.

Devant cette constatation accablante, Béroldy,- manifestement gêné, se contenta de déclarer qu'il n'était point tenu de répondre à de semblables déclarations, car ce fait n'était point celui dont il était accusé.

Chéron,le ci-devant garçon de Bernard, actuellement gardien de la maison de force des honmies, rue des Balais, à Paris, fut alors introduit.

Sans hésitation, il reconnut Roussy comme ayant fait partie des quatre individus qui, a la porte du café, avaient enfourché les chevaux prêtés par Bernard.

{( L'individu ici présent, ajouta-t-il, (jui, avant ce

voyage, couchait chez Bernard, y demeura quelque

temps après. Quand, avec une femme qui passait pour

son épouse et qui demeurait aussi chez Bernard, il

nous quitta en chaise de poste qu'il avait fait venir, il

me donna un assignat de mille livres de pourboire;

mais Bernard trouva que ce n'était pas assez et m'en

fit donner un autre de même valeur. Quand cet homme

fut parti, Bernard me dit en traversant la cour et après

avoir aidé au portier à pousser la grand'porte : « Je

« suis bien content que ce grand coquin soit en aller

« de chez moi. Si l'on vous demande s*il y a couché,

(( vous n'avez qu'à dire que vous n'en avez pas con-

<( naissance et que personne ne couchait chez moi. »

Roussy répondit qu'il ne savait point ce que cet homme voulait dire, et que, quant à lui, il ne le connaissait pas.

On le mit en présence de la fille Breban que la Justice avait toujours sous la main, et à ses affirmations, toujours les mêmes, Roussy opposa les dénégations les plus formelles.

Cependant la réponse de sa sœur, à sa lettre du 28 décembre i8o3, n'arrivait toujours pas.

Il sollicita donc un nouveau sursis avant que de passer en jugement.

« Les papiers que j'attends, disait-il, prouveront que je m'appelle Béroldy et non Roussy, Rouchy ni Ferrari; ce sont en outre des certificats qui établiront que le 28 ou 29 avril 1796 j'étais à Gènes.

D. — Avez- vous, au moins à cette époque, comparu dans cette ville devant quelque magistrat, quelque notaire ou tout autre membre d'une auto ri té publique.^ En un mot, votre présence à Gones fut-elle alors juridiquement constatée?

R. — Non, sire.

D. — Quelles personnes pourraient donc attester votre présence à Gênes vers la fin du mois d'avril 1796?

R. — Dominique Broccardi, qui est mort depuis.

D. — Ah! bien!

R. — Mais j*ai demeuré chez lui à mon arrivée à Gênes et sa femme pourrait l'attester.

D. — Où demeurait Broccardi?

R. — Je ne me rappelle pas le nom de la rue.

D. — Où demeure sa veuve?

R. — Je l'ignore, sire.

D. — Voilà au moins des gens qui ne vous compromettront pas, mais qui aussi ne vous serviront guère de références. Avez- vous d'autres personnes qui pourraient attester votre résidence à Gênes, vers cette époque?

R. — Jean Schpera, bijoutier, qui demeure place des Banquiers.

D. — Quelles liaisons aviez-vous avec ce Schpera?

R. — Aucune, sire.

D. — Quand l'avez- vous vu?

R. — Peut-être le premier, peut-être le deuxième jour de mon arrivée.

D. — Pourquoi l'avez- vous vu?

R. — J'ai été dîner chez lui.

D. — Mais vous venez de dire que vous n'aviez avec lui aucunes liaisons ; vous dites maintenant que vous avez été diner chez lui, ce qui suppose de l'intimité.

R. — Sire, je n'entends pas bien la langue et j'ai pu me tromper sur la signification du mot « liaison ».

D. — Pourquoi avez-vous tant tardé à demander ces renseignements ?

R. — Je voulais consulter le citoyen Maugeret, mon défenseur ; il m'a fait attendre sa conférence douze jours.

AFFAIRE ROL'SSY, DIT « BÉROLDY » 359

D. — Mais il s'est écoulé trente-cinq jours entre votre dernier interrogatoire et votre lettre à votre sœur; vous dites que le citoyen Maugeret vous en a fait perdre douze, mais vous en avez vous-même perdu vingt-trois. N*avez-vous jamais été mis en prison ou repris de justice? car vous avez contesté la reconnaissance des gardiens de prison avec lesquels vous avez été confronté;

R. — Me permettrai s-je, sire, de vous faire remarquer que cette question n'intéresse pas mon accusation!

D. — Vous m'avez déjà fait cette réponse; je vous observe que si vous êtes innocient, il est intéressant pour vous d'établir que toujours vous vous êtes bien comporté, que jamais vous n'avez excité les inquiétudes de la police ou les condamnations de la justice. Je vous interpelle donc de répondre. Avez- vous été mis en prison ou subi jugement ?

R. — Je persiste très humblement, sire, dans ma précédente réponse.

D. — Quelle est la petite dont vous parlez dans votre lettre à votre sœur?

R. — C'est une enfant de six ans.

D. — Son nom?

R. — Je ne me le rappelle pas.

D. — Quel est au moins le nom de la mère de cette petite? Cette personne, suivant votre lettre, attend sa fille 'à Paris ; elle a écrit d'Evreux qu'elle partait tout de suite pour Versailles pour vous servir.

R. — La discrétion m'empêche de la nommer.

D. — Innocent ou coupable, vos parents, vos amis ont le droit, le devoir de vous servir et de vous défendre, et il n'y a d'indiscrétion qu'à cacher leurs noms (sic).

R. — La personne d'Evreux, qui s'intéresse à moi, est ma sœur ; elle a vingt-deux ans ; elle s'appelle

Béroldy; elle est à Evreiix depuis Imit ans, chez une dame à qui je l'ai remise à Paris et qui Ta emmenée à Evreux; cette dame s'appelle M™" Godart; elle ne fait rien; elle a fait apprendre à ma sœur l'état de couturière, que ma sœur exerce.

D. — Tout ceci est fort intéressant, sinon très véridique ; mais la mère de la petite fille?

R. — Je crois pouvoir vous répondre très respectueusement que cette question n'intéresse pas mon accusation.

D. — Gomme il vous plaira. »

Mais la Justice ne fut point aussi discrète.

La mère de l'enfant fut en effet retrouvée et convoquée, le i4 pluviôse an XII, devant le magistrat de sûreté d'Evreux, auquel, les larmes aux yeux, elle fit l'aveu de sa faute et de findignité de Roussy :

(( Je me nomme, déclara-t-elle, Sophie Godart; je suis âgée de vingt-huit ans et veuve de François Miquet. Mon mari avait été arrêté à Paris comme prévenu de fabrication de faux assignats ; il fut assassiné dans les prisons à l'époque du 2 septembre. Alors, je revins dans ma famille à Evreux. Cin({ à six mois après, je retournai à Paris. J'y vis Roussy h Fhôtel de Tours où j'étais logée et où il vint me voir. Il me fit des propositions de mariage que j'eus la faiblesse d'écouter ^ Il me mena alors à Gènes, son pays. Sa famille m'a paru y être très distinguée, et aa sœur a épousé une personne élevée à une dignité éminente.

(( Etant à Gènes, j'eus de Roussy une petite fille qui a maintenant sîv ans et demi. Roussy fît ensuite un voyage en Espagne, où il me conduisit, non sans diffi-

1. Nous n'avons pu dtVouvpir si Sophie Oodart avait (mi connaissance ou non de la parlicipation de Roussy au crime du courrier de Lvon.

AFFAIUI'] ROL'SSY, DIT « liEROLDY » 36i

culte. Voyant qu'il ne remi)lissait pas les promesses de mariage qu'il m'avait faites, et ne pouvant plus me dissimuler que j'étais abusée par cet homme, je le quittai et restai sans vouloir le voir dans une pension en Espagne, où je travaillai pour exister. Cette époque date de cinq à six ans environ. Je n'ai pas depuis revu lloussy, et suis, il y a à peu près huit mois, revenue en France dans ma famille.

(( Oui! je me rappelle encore qu'étant à Madrid, Roussy fut arrêté comme soupçonné de vol. La police ayant su que j'avais vécu avec lui, je fus interrogée sur la nature de mes liaisons avec lui, sans être nullement inquiétée davantage. Voilà toute mon histoire et toute ma faute. »

Sophie Godart était une personne plutôt petite, mais fort jolie, et (jui ne pouvait se consoler d'avoir été ainsi abusée par Roussy. Désormais, son unique affection au monde était sa fille. Elle était revenue avec elle se réfugier chez sa mère.

Celte dernière était loin de jouir à Evreux de l'estime générale; elle avait la réputation d'être peu délicate et d'avoir, « par une éducation vicieuse et de mauvais principes, exposé ses filles aux dangers et aux malheurs de la séduction ^ ».

La sœur de Roussy avait longtemps été en pension chez cette femme, mais elle s'y était vite déplu et ne s'y trouvait point heureuse. On disait même, à Evreux, que, par la connivence de la veuve Godart, son innocence avait été abusée par un célibataire qui logeait sous le même toit et qui était déjà l'amant de la sœur de Spphie, Romaine Godart, latpicUe avait alors pré-

1. llapi)ort du substitut du Commissaire du (î(Hivoruement de rarrondissemeiit d'Kvrcux, du 15 pluviOsc au XII.

féré quitter Evreux pour se réfugier à Paris, chez une dame Mairet, rue des Boucheries.

Le soir même du jour, 1 1 pluviôse an XII, où un jugement venait de rei)ousser sa demande en prorogation de délai, Roussy recevait enfin, à la prison de Versailles, la réponse de sa sœur.

Marseille, le i3 janvier t804.

Mon très cher l'rèro,

Combien ton sort m'intéresse et que ta situation me chagrine. J'ai reçu ta lellre (jui me l'ail verser beaucoup de pleurs et déchire mon âme. Coment se peutil qu'étan inocent et étanl véritablement Louis Béroldi on te pren pour un autre; mais prens patience, Dieu nous èdera et tu lui fera voir d'ici peut que ce que tu a dit et la vérité.

Bien qu'il ne me resle presque plus rien, je ne puis te refuser dater faire le voyage de (îènes affin de t'envoyer les papier que tu me demande et (jui le sont si nécessaire. Pour cet effet, mon très cher frère, je suis obligée de vendre le peut qui me reste encor pour ma route et pour l'envoyer quelque argent ; je le dirais ijue je doit partir dans 4 jour d'ici, et que je te ferais paser desuile les papier dès que je les auret, insi soit Irancjuille à ce sujet et comte sur mpn amitié et mon zèle pour faire tout ce quil dépendras de moi.

Maigret toute ma bone volonté, je ne puis t'envoyer que 5 louis, soit persuader que le bon cœur iest mais les forces manque, mais espérons que Dieu nous èdera.

Ta Sœl'r.

Les forces manquèrent -elles réellement à cette pauvre fille, et même se mit-elle en route pour Gênes? Toujours est-il que Roussy n'eut d'elle d'autres nouvelles, et que jamais il ne reçut ces fameuses pièces qui devaient faire éclater son innocence.

Celle-ci éclata si peu que, ayant été traduit le

28 pluviôse an XII devant le Tribunal criminel de Versailles, Roussy, après l'audition de 48 témoins, toujours. les mêmes, se vit convaincu d'être l'un des auteurs de l'homicide commis sur lés personnes d'Excoffon et d'Audebert, ledit crime suivi de mort.

Vainement, son défenseur, le citoyen Maugeret, avait soutenu que dans toute l'affaire il n'avait été question que de six individus, et que pareil nombre ayant été condamné à mort et exécuté pour ce crinie, on ne pouvait point en condamner un septième, à moins de réhabiliter Lesurques. Cependant la déclaration du jury, qui reconnaissait coupable le soi-disant Louis Béroldy, avait été unanime. Il est vrai que les renseignements recueillis sur son compte par le préfet de Police avaient édifié les jurés et levé leurs derniers scrupules. Des reclierches faites, il résulta, en effet, que Roussy, dit « Ferrari », était passé en France au moment de la Révolution, alors que son père venait d'être brûlé vif en Italie pour cause d'empoisonnement.

Gomment vécut-il à Paris .^ De détournements et de rapines sans doute, car, dès le 22 janvier 1790, il était arrêté sous le nom de « Jean Ferrari », natif de Parme, en Italie, pour vol de deux portefeuilles; mais ce n'était que pour s'évader du Ghâtelet le 29 mai suivant.

En l'an'l, on le retrouve détenu à Bicêtre d'où il s'évade encore, « travesti en chirurgien », mais il est repris quelque temps après, et, comme nous l'avons vu, transféré à Saint-Lazare.

Le 8 germinal an III, il était de nouveau arrêté et conduit à la Force, cette fois sous l'inculpation de complicité d'assassinat et de vol. Il déclara alors se nommer « Joseph Roussy », être bijoutier, natif de Venise. Mais, faute de preuves, il fut relaxé par le jury d'accusation.

Le 9 pluviôse an IV, nouvelle arrestation au café de Châtres, pour vol d'une montre, mais pareillement remis en liberté faute de preuves.

Enfin, le 8 germinal de la même année, il était encore arrêté, avec un nommé François Desbarres, en flagrant délit de vol avec effraction chez le citoyen Gogly, orfèvre, demeurant à Paris, division de la Cité. Mais ils parviennent à corrompre l'agent de police chargé de les extraire du Bureau central pour les conduire devant le citoyen Bucquet, juge de paix de la division de la Cité. L'agent, moyennant une somme qui aurait été considérable, les laissa filer en chemin.

Roussy se lia alors d'une étroite amitié avec Dubosq.

Peu de jours après l'assassinat du courrier de Lyon, nous le voyons partir de Paris avec sa maîtresse, Sophie Godart, pour se rendre en Italie où il se trouva plus à l'abri des recherches individuelles.

Mais il ne veut point quitter la France sans, en passant à Lyon, embrasser sa sœur Jeannette, qui y est domestiqué chez les époux Chomier, marchands de chapeaux.

Accompagné par Sophie Godart et présenté à eux sous le nom d'à Escoti », par son ami Vidal, lequel est venu précipitamment dans cette ville chercher un refuge, il reçoit le meilleur accueil auquel ne sont point étrangers sa bonne tenue, son élégance et le charme de la jeune iemnic qu'on s'accorde à trouver gracieuse et jolie.

La sympalliie est telle qu'on décide de dîner le soir même tous ensemble aux « Hrclaux ».

Le dîner, au([uel assislaient Chomier et sa femme, ^ idal et lloussy, chacun avec leur maîtresse, ainsi que

Jeannette l^éroldy, fut des plus gais, ce qui n'empêcha point, au dessert, de parler affaires.

Roussy déclara qu'il venait de Paris, qu'il était descendu, avec sa femme à l'hôtel de Provence, place de la Charité, et qu'il se rendait en Italie pour faire le commerce d'agiotage. Puis il fut question de chapeaux, et comme les aflaires, au dire de Cliomier, étaient lourdes actuellement à Lyon, Roussy lui proposa de lui en prendre pour Goo francs pour les vendre ien Italie. C'était là un débouché inespéré auquel il n'avait point dû songer.

La proposition était si obligeamment faite qu'elle fut acceptée, et, le lendemain, le « pseudo Escoti » revint chez Chomier convenir du prix, de la qualité et de la quantité des chapeaux qui, pour son compte, devaient être expédiés à Marseille, à l'adresse d'un nommé « Prati ».

Après s'être assuré du cours du papier-monnaie, Roussy insista pour payer en mandats territoriaux, sachant à merveille qu'ils étaient plus que jamais disr crédités et réputés irrécouvrables, mais Chomier, qui ne connaissait que les assignats, exigea d'être réglé en cette monnaie.

Force fut donc à Escoti de lui compter aussitôt pour les 200 louis, montant de la facture, i 33o ooo livres d'assignats, soit 6 G5o pour un louis.

Le lendemain, malgré l'heure matinale, car il était à peine cinq heures du matin, Chomier vint avec JeanneLle au coche Saint-Jean, qui partait pour Avignon, faire à Escoti et à sa femme des adieux touchants.

JeanneLle aurait bien voulu que son frère l'emmenât en Italie. Roussy, désireux de ne point laisser en France derrière lui trop de traces ni trop d'attaches, y

eût sans douté consenti, mais Sophie Godart s'y opposa absolument ^

Pour consoler Jeannette, Roussy lui offrit un petit trousseau, et lui donna quelque argent, qu'il tira d'un grand mouchoir blanc où il semblait y avoir toute une fortune.

L'opération que Chomier avait faite avec Roussy devait être cause de sa ruine, car les assignats ne firent que baisser, et des i 33oooo qu'il lui avait remis pour prix des chapeaux, c'est à peine s'il en tira 20 louis, tandis que le lendemain même les mandats territoriaux montèrent du double.

Ses regrets étaient d'autant plus amers que Escoti lui en avait offert pour 100 000 livres, et il ne demandait que des chapeaux en échange!

C'eût été pour lui la fortune, tandis que maintenant, complètement ruiné, il en était réduit à travailler chez les autres pour gagner misérablement sa vie.

Le séjour de Roussy à Gènes fut de courte durée ; il n'y demeura que le temps nécessaire aux couches de sa maîtresse, dont la grossesse fut pour lui une surprise et une déception, car il la croyait bréhaigne.

Cette charge et la présence de ce petit être dans sa vie d'aventures lui devinrent bientôt insupportables, et il ne chercha dès lors qu'à se séparer de celle avec laquelle il vivait depuis près de dix ans.

Cet abandon eut lieu peu après leur arrivée à Madrid.

Sa famille était, en effet, trop connue à Gênes et même en Italie, pour qu'il pût jouir impunément des

1. Cette oi)position de S()])liie Godart nous confirmerait dans notre 0])inion qu'elle n'était point au courant de la participation de son amant au crime du courrier : s'il en eût été autrement, celui-ci Teût facilement convaincue.

AFFAIRE ROUSSY, DIT « BKROrj)Y » 367

vols qui constituaient ses seuls moyens d'existence. La France, d'autre part, lui était fermée. Il opta pour l'Espagne.

Il débuta à Madrid avec une bande qui était parvenue à dérober, dans une église de cette ville, un cheval qu'ils savaient être un présent du roi et qu'à ce titre ils croyaient en or; mais les voleurs furent euxmêmes volés, car c'est à peine s'ils purent en tirer 20 et quelques livres en argent.

Puis, ce vol étant demeuré impuni, ils enlevèrent, à peu de temps de là, dans l'église des Princesses, la couronne de la Vierge, garnie de diamants, jun collier de perles fines et plusieurs autres objets précieux.

Enfin, un troisième vol de montres d'or à répétition, enrichies de diamants et de perles fines, et d'une grande quantité d'argenterie, fut également par eux commis à Madrid chez un bijoutier.

Tous ces objets dérobés à Madrid étaient en grande partie écoulés à Marseille par Praki dit « Bresson », le mari de la sœur de Roussy, à laquelle était précisément adressée la lettre rapportée au début de ce chapitre.

Le principal coupable, Antonio, s'élant étranglé dans sa prison, nous avons vu que Roussy fut remis en liberté, bien qu'il se fût toujours refusé à faire connaître à la justice royale le nom de ses complices, ou peut-être plutôt en échange de cette discrétion.

Après le verdict du jury, qui le déclarait coupable d'assassinat des courrier et postillon de la malle de Lyon, et avant que la Cour ne se retirât pour en délibérer, Béroldy insista encore vivement, mais vainement, pour qu'il fût sursis au jugement, disant qu'il savait que les pièces qu'il attendait d'Italie étaient arrivées à Marseille ;

qu*en tous les cas, il avait le plus grand intérêt, intérêt qu'on ne saisissait guère, à produire l'extrait de naissance de l'enfant qu'il avait eue avec Sophie Godart.

Vainement aussi réiléra-t-il la demande qu'en termes obséquieux * il avait faite par écrit quelques jours auparavant au ministre de la Justice pour lui demander un entretien afin de lui dévoiler des secrets importants, disait-il.

Ces requêtes n'étaient en réalité que des moyens dilatoires imaginés pour donner le change et retarder le moment fatal de la condamnation.

Mais le Tribunal, présidé cette fois encore par <( Monsieur » Gholet, considérant, sur les réquisitions du Commissaire du Gouvernement Giraudet, que les débats étaient commencés et qu'ils ne pouvaient être interrompus ni suspendus, décida qu'il n'y avait point lieu de s'arrêter aux demandes de l'accusé et, le 29 pluviôse an XII, condamna à la même peine que celles

1. « Grand Juge, ôcrivait-il, le nommé Louis Bôroldy, Italien de nation, a l'honneur de vous sui)plier dans les tcnnes les plus expressifs, les plus susceptibles de votre dignité et de la surveillance attachée à votre grand ministère, qui, connue accusé d'un grand fait, aies choses les plus intéressantes k vous communiquer et des pajjiers à vous remettre qui i)0urraien1 devenir de la i)lus haute importance i)0ur le gouvernemenl. Ils sont absolument étrangers k rinculi)ation dirigée contre lui.

A cet elïot, Grand Juge, votre oreille attentive k la juste réclamation du malheureux qui est sous la domination de votre justice, lui est un sur garant que v(ms daignerez ordonner k ce qu'il ajjpartiendra, de le faire conduire devant vous, ou lui envoyer une ])ersonne de votre <;hoix, k qui il jmisse, sans réserve, faire part de tout ce qu'il aurait de ])lus secret k vous connimnicpier.

J'use espérer.. Grand Juge, que votre dignité daignera m'honorcr de la jdns pronijHe réjionse. car le cas est urgent. Salut et ])rof()nd respect.

BÉROLDY.

Maison de justice k Versailles, le 12 jduviôse an XII.

AFFAIRE ROL'SSY, DIT « BÉROLDY » 369

dont, les années précédentes, avaient été frappés les autres complices du crime : Roussy ou Rouchy ou Rossy, dit « Ferrari », dit « l'Italien » ou le « grand Italien », se disant a Louis Béroldy ».

Cette fois encore, le pourvoi formé par Roussy fut rejeté' par la « Cour» de Cassation, suivant arrêt du 1 3 prairial an \II, et le ii messidor à midi, Roussy, dit « Béroldy » était exécute sur Téchafaud, dressé à cet effet, à Versailles, place du Grahd-Montreuil.

C'était la septième et dernière tcte qui devait tomber*.

Le 1 1 messidor, le matin même du jour où Roussy allait subir cette exécution, le « Procureur général impérial près la Cour de Justice criminelle de Seineet-Oise » se transporta à la maison de justice et fit appeler le condamné. 11 lui annonça qu'il devait subir dans quelques heures la peine capitale, et lui demanda si, dans un moment aussi grave, il n'avait point à faire quelques déclarations qui pussent être utiles à la société et à la sûreté publique.

(( Non, répondit Roussy.

— Avez-vous connu le nommé Lesurques P

— Non.

— Vous comprenez à quel point votre déclaration intéresse la famille Lesurques, si ce dernier a été con- (Jamné quoique innocent, ou la société et la Justice s'il a été condamné comme coupable.

1. La condamnation de lioussy avait, non compris les frais d'extradition, coûté à TEtat 2 895 lr.05, dans lesquels : 1 117 francs, indemnité aux deux experts -traducteurs et aux témoins ; GG4 francs, coi)ie delà i)rocédure fournie à l'accusé ; 250 francs, frais d'exécution et d'impression du jugement; 373 fr. 9(), citations à témoin ; 150 francs, frais de transfèrement de l'accusé depuis Bayonne.

— Je ne puis que persister à déclarer que je ne connais pas et n'ai jamais connu Lesurques, et que je suis innocent. » '

Puis il s'apprêtait à signer, quand il observa qu'il était inutile de mettre le mot « innocent », puisqu'il allait périr comme coupable ; il ajouta qu'il ne signerait point et ne voujiait signer aucun papier.

Cependant, le même jour, immédiatement après l'exécution, M. Grandpré, curé de la paroisse Notre- Dame de Versailles, se présentait au domicile de M Delapalme, substitut du Procureur Général Impérial de Versailles, et annonçait qu'il venait d'assister le nommé Roussy, dit « Béroldy », jusqu'au lieu du supplice ; qu'arrivé là, Roussy lui avait déclaré qu'il l'autorisait à dire à ses juges que le jugement qui le condamnait était bien rendu.

« N'a-t-il point fail également de déclaration au sujet de Lesurques? demanda aussitôt M. Delapalme.

— Roussy, répondit l'ecclésiastique, ne m'a point autorisé à en parler, et ce qui est relatif au jugement qui l'a condamné est seul hors du secret de la confession.

Et sur ce, le prêtre se retira, sans qu'il fût possible au représentant de la justice d'obtenir de déclaration plus précise et sans qu'il fût fait allusion à un écrit quelconque de Roussy, dit « Béroldy ». ^

Il n'était donc plus question de ce dernier, de son aveu même, justement exécuté, et les événements qui passionnaient la France, tels que la proclamation de r Empire, la venue du pape à Paris et le sacre de l'Empereur, étaient une diversion autrement intéressante (juand, non sans étonnement, on apprit par les gazettes que M. Grandpré, curé de Versailles, venait de dépo- *^er, le icj nivôse an XIII, aux minutes de M** Destremau,

notaire en cette ville, l'original d'un testament de Roussy, dont on n'avait encore jamais parlé.

Ce testament était ainsi conçu:

Versailles, le 9 messidor, Tan XII.

J'ai decalère que le nome le lesiirque et inocon mes sote decalaracion (pie je done a mon confeseur il ne poura la decalarer à la justice que sixe moi a pre ma morte.

Loui Beroldy,

L'annonce de cette nouvelle ne rencontra que peu de crédit. On savait que la famille et les amis de Lesurques, qui avaient tant d'intérêt, non seulement à réhabiliter sa mémoire, mais aussi ^ récupérer une fortune importante, continuaient à s'agiter et acclamaient tous les régimes successifs pour que leurs supplications réitérées parvinssent plus sûrement à l'oreille du pouvoir.

Le délai fixé par Béroldy pour la publication de ce testament, ainsi que le silence qui avait été religieusement gardé à son sujet n'étaient point, d'autre part, sans causer quelque étonnement, surtout après les déclarations in extremis de celui-ci.

Quant à nous, la sincérité de ce document nous inquiète profondément.

Nous avons tenu à en examiner l'original, ce qu'il nous a été possible de faire, grâce à l'amabilité de M° Dauchez, le titulaire actuel de l'étude de M* Destremau.

Cette curiosité, qui semble avoir été négligée par tous ceux qui se sont occupés de la réhabilitation de Lesurques et qui se sont contentés de l'expédition se trouvant au dossier criminel, nous a paru en effet du plus grand intérêt.

Mais, ce qui était mieux encore, nous avons pu, en vertu d'une ordonnance de M. le Président du Tribunal

civil de Versailles, obtenue en notre nom par M** Second, avoué en cette ville S placer, par la photographie, l'original même de cette pièce sous les yeux du lecteur et Ten faire juge.

Confronté avec les pièces de comparaison que nous possédions, telles qu'un carnet de poche de Roussy, et des lettres qui incontestablement sont tout entières de sa main (ce qui n'est pas le cas de toutes), ce « testament de mort » comme l'appelle la procédure, a éveillé sur nous des doutes graves.

Les écritures, il faut bien le reconnaître, paraissent identiques, mais les fautes d'orthographe qui s'y rencontrent ne semblent pas être de même nature que celles que Roussy commet d'ordinaire.

D'autre part, lui, qui a une tendance à simplifier les niots^ à les écrire suivant leur prononciation (ce qui résulte plus encore de ses autres lettres que de celle dont le fac-similé est donné à titre de comparaison pour la signature surtout 2, dans le testament, il les complique, il les allonge.

Au lieu d'écrire a je déclar », comme il semble que

1. Nous tenons ici îi rendre lionnnage àson amicale et dévouée intervention.

2. Voici deux autres lettres de Roussy-Béroldy avec leur orthographe :

lo « Citoyen -Magistrat, je ])rend la lihertetde vous adreser la l>rière que je faite au citoyen Présiden pour que vous ayez la ])ontê de nie délivre un projê de frabrique qui et écrit en franco auci que une lettre datT' de Rouen qui sont dan me papié en. votre pouvoir. Daignez ni'accorder cette grâce et recevoir l'assurance (le mon profond resjject. Bèroldy, de la maison de justice, ce 18 frimaire l'an Xll. »

2« « Citoyen coinmiser, je vous prie de me fer l'honneur de Mie accorder un instant d'entretien ayan quelqu chose à vous (:(tnnnuni(iuer, faveur que j'atten de vous. Je vous assurer de vous assurer de mon j)rof()iid resi)ect. Votre très humble serviicur. lièroldv. Le 21 i'rimere Tan Xll. »

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son orthographe coutumière aurait dû Tinciter, il écrit : ((je decalere » ; il écrit : (( decalarer » et (( decalaracion », au lieu de (( déclarer » et de <( déclaration » ; (( sixe moi », au lieu de (( si moi » ; (( ma morte », au lieu de (( ma mor ».

En outre, s'il connaît mal Torthographe, celle des noms propres Iwi est certes moins familière encore, et cependant il écrit* « lesurque » correctement, alors que la veuve de celui-ci et ses amis ont pour ce nom une orthographe incertaine. Il est vrai que si le testament est apocryphe ou seulement lui a été dicté, c'est le mot capital, essentiel, au sujet duquel il ne faut point qu'il y ait de doute, pour lequel une erreur pourrait être dangereuse !

Mais tout ceci, nous le reconnaissons, pourrait peutêtre prêter à discussion.

Ce qui paraît plus inadmissible et plus inexplicable, bien que cette singularité n'ait jamais encore été signalée, c'est que, dans ce testament, il va signer : (( loui Beroldy », tandis que dans tout le cours de la procédure et dans toutes ses lettres, il ne signe que (( Béroldy » tout court.

Une seule fois cependant il a signé avec son prénom ; c'est dans la lettre dont nous donnons le fac-similé, et cette fois il Ta écrit comme il convenait.

Ce prénom, qu'il porte depuis sa naissance, il doit bien le connaître pourtant ; en tout cas, il n'en a pas oublié l'orthographe entre la date de la lettre qui nous sert de comparaison et celle de son testament. Et cependant, il signe (( loui » sans s et avec un / minuscule.

Ce ne sont point là malheureusement les seules particularités inquiétantes que l'on puisse relever.

Les anomalies morales ne sont pas moins troublantes.

M. le Procureur général Giraudet nous dira plus tard^ que dans une conférence qu'il eut avec M. le curé (jlrandpré, ce prêtre lui avoua que ce testament de mort fut écrit en sa présence, le jour même de l'exécution de son pénitent, et peu d'heures auparavant. Or, s'il en est ainsi, le testament serait donc antidaté, et dans quel but ?

Pourquoi aussi Béroldy va-t-il refuser cette déclaration au magistrat chargé de l'interroger in extremis ?

Pourquoi va-t-il consentir à ce que son confesseur avoue sa culpabilité, et, par contre, lui imposer de rester muet sur un aveu qui doit cependant lui être moins pénible et en tout cas porter sur un fait qui lui est davantage étranger?

Pourquoi, surtout, va-t-il exiger que cette proclamation ne soit publiée que six mois après sa mort?

Mais si, au contraire, le testament est, par impossible, l'œuvre du parti de Lesurques, ou si tout au moins il a été arraché à la complaisance ou à la faiblesse de Roussy, avec probablement la complicité pieuse ou intéressée du confesseur, oh ! alors, on comprend à merveille pourquoi le prénom de (c Louis » a pu et semble avoir été réajouté avec une orthographe qu'on pensait être la sienne, alors qu'on manquait de pièces d'imitation et qu'on ignorait celle que nous possédons ; on comprend pourquoi le nom de Lesurques, lui, est irréprochable, car le plus souvent on l'écrivait sans s; on comprend surtout pourquoi un délai a été jugé prudent avant sa pubhcation, car si, par suite d'une circonstance quelconque, l'exécution de Roussy venait à être relardée, comme cela avait précisément eu lieu pour Lesurques lui-même, il ne fallait point que

l. Cf. p. 397.

la Justice fût dans la possibilité de demandera Roussy une ratliication, qui eût peut-être été une rectification !

Et pourquoi, dira-t-on, cette complaisance de Roussy?

Roussy avait des sœurs qu'il affectionnait, une fille pour laquelle il ne reniait point sa paternité et à laquelle, nous l'avons vu, il s'intéressait encore. Ne seraient-ce point là des mobiles et des causes suffisants? Mais d'ailleurs Durochat ne s'était-il point refusé jusqu'au dernier moment à reconnaître Dubosq, et par conséquent, jusqu'à son dernier souffle, à tromper la Justice, uniquement pour quelque bien-être qui lui fut procuré par ce dernier dans sa prison !

Et saurons-nous jamais, en ce qui concerne Roussy, à quel mobile intéressé, vil ou généreux, il a pu obéir; à quelle pression, à quelles objurgations, il a pu céder; à quelle espérance, plus ou moins follement ou faïlacieusement entretenue auprès de lui, il a ajouté foi?

Mais, quelle que soit la cause, les singularités, morales ou réelles, du testament n'en demeurent pas moins. Et cela doit suffire à l'histoire impartiale.

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