‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, Dubosq et Béroldy. D'apresChapitre 77 sur 80 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La famille Lesurques.

Demandes en re vision et en réhabilitation

M"' Lesurques était demeurée inconsolable du coup qui Tavait frappée dans ses plus chères affections, et sa raison s'en était égarée.

Durant *tou^ les procès qui s'étaient successivement déroulés, elle était restée hébétée, insensible à tout ce qui se passait autour d'elle, et incapable de comprendre la tragédie judiciaire qui se poursuivait.

Au procès Dubosq, on dut renoncer à son audition.

Cependant, vers l'an XI, un mieux sensible s'était manifesté, et la raison revenait peu à peu. Après l'exécution de Roussy, elle avait ressaisi toutes ses facultés intellectuelles ; mais ce ne fut que pour comprendre et mesurer toute l'étendue de son malheur!

Elle maudit ces années perdues et comprit que tous ses eiforls devaient s'acharner désormais à réhabiliter la mémoire de celui qu'elle considérait comme un martyr de la justice humaine, et à sauver ses enfants

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d^p la misère où la condamnation du chef de famille les avait plongés.

Soutenue par l'espérance, stimulée par sa douleur, conseillée par quelques amis et par Tex-juge de paix Daubanton, assistée de ses deux filles, Mélanie et Virginie, vivant éloignée du monde dans sa petite maison d'Auteuil, elle n'eut d'autre préoccupation que l'accomplissement de cette mission qu'elle poursuivit avec un courage, une persévérance et un dévouement qui ne se démentirent point un seul instant.

Puis, quand elle succomba, affaiblie par l'âge et par la douleur, après quarante ans de démarches et de supplications infructueuses, elle ne désespéra» point encore* et confia à ses enfants la cause que son zèle et sa patience n'avaient pu cependant faire triompher encore.

Tous ses enfants ne purent, hélas! recueillir à sdn chevet de mort ses dernières pensées.

Sonlils, Paul-Joseph Lesurques, s'était engagé à dixhuit ans, espérant accomplir quelque action d'éclat et demander à l'Empereur la revision du procès de son père. Mais il partit en 1812 pour la campagne de Russie, et jamais plus il ne revint ni ne donna même de ses nouvelles. Gomms tant "de ses compagnons, il avait dû trouver la mort sur un champ de bataille ou durant l'effroyable retraite tomber terrassé en quelque coin obscur de la terre étrangère!

Cette famille infortunée devait être bien cruellement éprouvée, sans qu'elle eut eu seulement la consolation de voir aboutir et couronner de succès ses incessants efforts.

Quchpie aride que puisse paraître l'énumération des suppliques et des mémoires adressés aux pouvoirs j)ublics par tous ceux qui s'intéressèrent à un titre

quelc()n([ue à la réhabilitation de Lesurques, nous devons cependant, pour ôtre complet, passer en revue toute cette longue théorie qui contient plus d'un enseignement ou d'un document intéressant.

Pour la clarté de cette étude, il nous est possible de diviser ces adresses en cinq parties :

La première, qui aboutira au rapport du Procureur général Giraudet et à la décision de rejet du 6 août 180G;

La deuxième ira jusqu'à la nouvelle et semblable décision du ministre de la Justice de 1821 ;

La troisième nous conduira au rapport de M. Zangiocomi et à la décision conforme du garde des Sceaux ;

La quatrième s'arrêtera au rapport de M. Laboulie et à la prise en considération par l'Assemblée législative du 19 mars i85i ;

Enfin, l'arrêt de rejet de la Cour de cassation du 17 décembre 1868 clôturera la cinquième et dernière partie.*

Devant cette longue nomenclature, ce qui doit étonner, mais aussi éveiller l'admiration, c'est la ténacité inlassable de la famille Lesurques pendant soixantequinze ans, laissant ainsi sans répit le gouvernement, quel qu'il soit, et créant autour de lui, durant trois quarts de siècle, une infatigable et incessante obsession.

Innombrables, en effet, furent les demandes, requêtes, suppliques, pétitions, mémoires, présentés pour la réhabilitation de Lesurques ou la revision de son procès*.

L Dès frimaire et pluviôse an VI, des requêtes avaient été présentées au ministre de la Justice, au

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