Il- plait dis lieurps e( demie du soir
D,^,-„cu.,GoOglc
40 LAFEAIBK IH: f-OL'RRlER DK I.YON
Kosière, porteur d'un mandat d'amener contre le citoyen Hornus, employé au Bureau du départ à l'Hôtel des Poste», tandis que, persuadé qu'il tenait la bonne piste, il rédigeait son rapport qu'il concluait en ces termes :
Jus(]u'à ]irésent, il est présuinable que le voyageur qui était avec le courrier el que l'on ne retrouve point est un des auteurs du crime; que l'on peut vraisemblablement soupçonner que te voyageur, d'intelligence avec quatre particuliers à cheval qui nous sont désignés pour avoir fréquenté la route d'une manière suspecte, ayant été rencontré par les quatre particuliers au lieu Indiqué, a assassiné le courrier de trois coups de couteau, tandis que les quatre particuliers attaquaient à force ouverte le posUllon qui paraît s'être vigoureusement défendu ;
Que le vol commis l'a été à l'aide dès ciseaux trouvés, cl par des personnes ayant parfaite connaissance de la manière dont se chargent les malles ; que l'on peut croire que la République a perdu sept millions, d'après les renseignements à nous donnés' par l'inspecteur des départs ; qu'il y a environ neuf niille livres en espèces, appartenant à des particuliers volés et d^s chargements considérables dont il est difficile d'apprécié 'Ja valeur, parce qu'ils étaient faits à couvert ; qu'enfin, le vol une fuis commis, le voyageur s'est emparé du cheval du postillon tué pour aller aussi vite que
Dès son retour à Parts, l'inspecteur Dagnnd avait avise l'Administration de la découverte qui avait été faite des ciseaux sur le lieu du crime. Aussi, à peine Hornus venait-ii d'arriver pour prendre son service à l'Hôtel des Postes, qu'il était mandé par l'administrateur Mouilleseaux, lequel lui ordonna sévèrement de s'expliquer sur la présence, parmi les paquels de la malle, de la paire de ciseauv à son nom. Hornus fournît aussitôt des explications satisfaisantes.
HRKMIKRS IMI^HROIIATOIIIKS 47
Il pensait dès lors en a\oir à jamais fini avec cetle odieuse accusation, quand, à son grand étunncmcnt, il trouva, te soir, il son domicile, ii. rue Montorgueil. le gendarme Rosière qui l'uttcndail el qui l'appréhenda.
Ce ne fut que le surlendemain que, conduit à Melun, il comparut devant le juge do paî\ Beau :
'I D. — Vos noms?
R. — Hornus, demeurant à Paris, ii, rue Montorgueil. section du Contral-Social.
D. — Vous êtes employé au bureau des l'osles? Vous savez ce qui vous est reproché !• Comment exylîqitez-vous la présence de vos ciseaux parmi les objets trouvés sur le Heu du crime?
n. — Kien de plus simple, ciloven. Je travaillais au Bureau du départ avec Charpentier, Cotti et Guénéc ; j*ai dft jierdre mes ciseaux dans les envelopjies de papier gris qui servent pour les dépêches de l'armée de» Alpes. Cotti était parti avant nous ; j'ai cherché mes ciseaux et les ai réclamés i> Charpentier, qui m"a répondu : i< Cotti a dû les emporter et les mettre dans « son tiroir. » Le citoyen Thivrier, chef do la route des Armées, étaitpréscnt et m'a entendu les demander à Charpentier. »
Cette réponse évidemment était plausible d, d'aulre part, les renseignements Tournis par t'AdiuinisIration des Postes sur cet employé étaient satisfaisants. Dans ces conditions, le juge ne pouvait que le laisser en liberté provisoire, mais il l'avisa cependant de demeurer à la disposition de la Justice.
Par contre, c'était matlieureusement une première piste précieuse qui échappait cl il ne restait plus que le mandat d'amener décerné contre les quatre quidams anonymes, dénoncés par les premiers témoins. Mais !nt, avec des renseifrncments aussi vagues et des
D,^,-„cu.,Googlc
48 I' APFAUIË DL' <;Oi;BltlER DE LYON
signalements aussi imprécis, parvenir à découvrir ces assassins et à s'assurer de leurs personnes.
■ Plusieurs jours s'écoulèrent ainsi cl la Justice commençait à désespérer, lorsque le gendarme Bard et le brigadier Laurent Huguet, chargés d'enquêter, rapportèrent ie fait suivant :
On avait trouvé à Paris, errant près des Minimes de la place Royale, le cheval du postillon qui avait servi de monture probablement au voyageur de la malle pour revenir à Paris après le crime.
D'autre part, le 9 floréal, vers quatre heures du matin, un nommé Etienne Couriol ou Corriole, demeurant rue du Petil-Beposoir, 300, avait amené chez le citoyen Morin, 337, rue des Fossés-Germain-l'Auxerrois, (pialre chevaux, dont le signalement correspondait assez bien à celui des monlui-es qu'on avait rencontrées sur la roule de Lieursaint à Melun, le soir de l'assassinat.
Le Bureau central avait aussi recherché quel pouvait être le mystérieux voyageur, à coup sûr complice des assassins, et l'on avait trouvé, sur le registre de l'Administration municipale du 1" arrondissement de Paris, que. le 3 floréal, un nomme Pierre ï^borde, marchand de vin, natif de La Tour-du-Pin, était venu faire viser son passeport qui lui avait été délivré, le 10 ventôse, par la munici{>alité de Lyon où, disait-il, il voulait retourner. Son signalement était le suivant :
Taille 3 pieds 2 pouces > , cheveux et sourcils noirs, nez effilé, bouche moyonne, menton rond, visage ovale et gravé.
Le juge Beau ne put que décerner contre ce Laborde un mandat d'amener et ordonner qu'une perquisition
PRKMEEHH INTERBOUATUIRKR 49
fût faite au ctomicile du nomme Couriol un Corriole.
Après mainles recherches, on ne ))arvint à décuiivrir qu'un Laborde, et encore ('lait-ce un minime Pierre Laborde, demeurant, A8, rue de Itohim, et (|ui. depuis deux mois et demi, était à l'amHX! d'Italie.
l>e voyageur de la malle avait certainement pris ce nom pour détourner les soupçons.
La descente de justice., rue du Peli,t-Repos()ir, aoo, section de Guillaume Tell, chez le citoyen Parmentier, où habitait le nommé Etienne Couriol. eut lieu le 18 lloréal. Mais il était trop tard, le particulier avait filé.
Ou apprit seulement que cet individu avait vingthuit ans, se disait natif d'Avignon et vivait avec sa maîtresse, une fille Madeleine Breban. âgée do vingt ans. Dès le lo floréal, ils avaient disparu de la rue du Petit- Reposoir et s'étaient réfugiés, 37. rue de la Bùchérie, chez un nommé Richard.
On sut même par deux postillons, les nommés Couvellaire et Pigeon, que ce Couriol avaitquitté Paris pour aller à Château-Thierry et que les citoyens Richard et Bruer l'avaient accompagné jusqu'à Bondy et étaient revenus seuls.
Sans désemparer, l'inspecteur de police Ilcudon fut chargé de suivre et de relrou\er les traces de ce Couriol.
DyGoogle
L'arrestation de Couriol et de la fille Breban.
« Citoyen Gohier, au nom de la Loi, ouvrez ! u s'écria par deux fois, dans la nuit, une voix autoritaire, tandis qu'on frappait violemment le marteau de la porte.
Le cilojen Goliier, préposé aux transports militaires à Château -Thierry, se leva précipitamment.
Qui pouvait ainsi, à cette heure, près de minuit' désirer si impérieusement lui parler?
Au milieu de ces temps troublés, tout était à craindre. même à Château-Thierrj I Aussi crut-il prudent de s'assurer, par te judas entr'ouvert, de l'identité de son interlocuteur. Mais la nuit était noire et la lueur de sa lanterne ne lui permcttiiit point de reconnaitrc ses traits :
u Qui va là? demanda-t-il.
— Le citoyen Mongin », lui fut-il répondu.
C'était le juge de paix de Château-Thierry, avec lequel il avait toujours eu d'excellentes relations. Pleinement rassuré, il n'hésita plus à ouvrir. Mais celui-ci n'était pas seul.
:,GoogIc
>N DK COLRIUI. ET DE I.A FILI.K RHEHAN 51
H Est-il possible, citoyen Mongin, de rôveillcr les hoonêtes gens à c«tte heure! Qu'y a-l-ii donc de si urgent pour votre service? »
Le jugo de paix prit une mine sévère el répondit : « Des adiiireatrès graves m'amènent clicz vous, tioliier; je regrelte même de vous voir mêlé à toutes ces histoires, bien. involontairement, j'en suis persuadé. La présence de ces gendarmes, que vous voyez avec moi, vous indique assez que la Justice a une mission à accomplir. Puis, ajouta-t-il en baissant la voix, ce citoyen qui m'accompagne est l'inspecteur de police, llcudon. arrivé ce soir même de Paris. Vous voudrez bien répondre comme à moi-même aus questions qu'il vous posei'a. n
Heudon ferma la porto après que fussent enlrés derrière lui l'agent de la commune, Aubry, officier de police judiciaire et le lieutenant de gendarmerie, Guillyot, chacun portant un falot. Un gendarme était resté de faction près de la porte, avec ordre de ne laisser sortir (wrsonne.
« Citoyen, demanda le juge de paix Mongin en s'adressant h Gohier, n'avez-vous point chez vous des personnes étrangères à votre famille?
— Si fait, citoyen, j'ai mon ami .Guénot, comme moi prépose aux transports militaires de Cambrai cl de Douai, qui s'est arrêlé ici, en revenant de Paris.
— Vous ne logez personne d'autre ii
— Pardon, citoyen., vous ne me laissez pas le temps de répondre, j'ai encore un ami et sa femme qui viennent aussi de Paris. C'est un nommé Etienne, dont j'ai fait connaissance 11 y a quelques mois, el qui, se rendant en Champagne, a tenu à me visiter en passant.
— Où avez-vous fait sa connaissance ?
— A Paris, chez le citovcn Richard. Je le voyais alors
D,^,-„...,Googlc
32 I. AFFAIRE Dl" COL'IIRIKB DE LÏON
pour la premiôrc fois. H m'a (larlé d'un voyage qu'il devait faire en Champagne pour y acheler des vins. Comiiic il me disait son intention de passer par ici, je ne pouvais faire autrement que de l'inviter de venir me voir, car, étant du pays, je pouvais lui donner quelques conseils pour ses achats de vins.
— Où se trouve ce citoyen pour le moment?
— Il est en haut, dans sa cliauibi'e, et doit dormir, » Heudon, ayant appelé deux gendarmes, demanda à
être conduit à cette chambre.
Précédés de Goliîer, les magislrats montèrent au premier étage. Une porte s'entrebAilln, et an homme, que tout ce bruit avait réveillé, regarda d'un air (tonné CCS citoyens et cet officier de gendarmerie.
C'était Guénot.
Gohier, à la dérobée, lui lit signe de se taire.
II C'est ici, dit Gohier, quand on fut devant la dernièi-c porto an fond du couloir, n
Le juge Mongin entra brusquement, suivi des autres représentants de l'aulorit*'.
La chambre était grande; elle donnait, d'uu côté, sur la grand' route de Paris et la rivière de Marne; de l'autre, n sur le chemin des pommes u ; le lit se trouvait placé près de la porte;. des vêtements, sur une chaise au pied du lit ; à gauche de la fenêtre, dans un coin, une armoire; aux murs, quelques dessins, évocation des journées révolutionnaires.
.\ In lumière des falots et devant celte irruption, un des deux corps, couché sur le lit, s'était dressé.
Mal réveillé encore, stupéfait de voir tant de visages autour de lui, Couriol s'écria :
(1 Bon Dieu ! si c'est permis de faire peur aux gens de cette façon ! l,aissez-nous dormir ! »
Les chandelles avaient été allumc'es.
L ARBKKTATICIN DE COlitlOL KT DK I.A PII.I.K HHKHAN TiS
Heudon, dont la redingote ouverte laissait aptrppvoir lëchnq» tricolore, ivpondit d'un ton rude :
Il Vous aurez liien plus peur lorsque vous snnrcz ce quinoussmène. Vous vous appelez bien Couriol Etienne, ajanl demeuré à Paris, nie du Petit Reposoir? o
Couriol fit un signe de tête afBmiatif.
« Et la femme à vos aitts est bien la fille Madeleine Brebfln, votre maîtresse? »
Couriol trouva cette fois inutile de réjKtndre.
« Citoyen, je vous arrête, ainsi que celle fille; vous savez mieux que nioi pour quelle raison.
— Ah ! pardieu. répliqua Couriol dont In figure, un moment étonnée et craialivc, venait de reprendre son impassibilité habituelle, je crois, citoyen, que vous vou^ Irompez. Aussi ne iiiis-je aucune difiicullé pour vous obéir, persuadé que dans quelques instants vous roconnaitrcz loyalement votre erreur. »
Madeleine Breban n'avait pas aussi belle assurance, et, en entendant Hcudon déclarer qu'il les arrêtait tous deux, elle s'était mise à pleurer. La tète enfouie sous les couvertures, elle sanglotait. Guénot ctGohicr, restés à la porte, regardaient, atterrés.
Il Allons, dit l'inspecteur, habillez-vous prompteraent, nous n'avons pas de temps à perdre. — Vous, <til-il à l'agent Aubry, fouillez-moi ces vêlements et cette armoire, tout en ayant l'œil sur ces particuliers, n
Pendant que l'agent remplissait la mission qui lui était dévolue, le lieutenant de gendarmerie pressait Couriol et sa maîtresse de terminer leur toilette ; Ileu- (lon était descendu dans la salle à manger pour rédiger son .rapport et procéder aux premiers interrogatoires. Guénot, ayant été mandé, déclara qu'il ignorait les faits que contenait l'arrêté du Bureau central dont il
D,^,-„...,Cooglc
54 L AFFAIRE DU COCitniKR l>K l.YOX '
venait de lui être donné lecture et qu'il ne connaissait point les auteurs du délit dont il s'agissail.
« 11 est possible, ciloyen, que votre bonne foi soît entière, lui rtîpondit l'Inspecteur; mais, veuillez toutefois vous tenir à la disposition de la Justice. Je me vois dans l'obligation de saisir tout ce qui est à vous, et notamment vos papiers. Vous irez les retirer au Bureau central à Paris, lorsque l'instruclion le permettra et que vous serez avisé. »
lleudon entendit ensuite l'agent Aubry qui avait perquisitionné, et, après avoir inventorié les objets saisis. il remonte dans la chambre de Couriol pour procéder k son interrogatoire. Couriol y était étroitement gardé par deu\ gendarmes.
C'était un homme de 5 pieds i pouces ', au visage allongé el brun, aux joues plates, au front haut, mais en partie couvert par les cheveux ; ces cheveux, comme la barbe et les sourcils, de même que les veux, étaient noirs; le menton, pointu, se terminait par une fossette; quant au nez, .qui était long et aquilin, il portail du côté droit une légère cicatrice; la bouche était quelconque.
« Quels sont vos noms, lui demanda l'inspecteur de police ?
■ R.— Je me nomme Couriol, natif d'Avignon (Bouchcsdu-Rhône) ', âgé de vingt-trois ans, et demeurant à Paris, rue du Petit-Reposoir, n" aoo.
D. — Quel jour êtes-vous parti de Paris?
R. — Je suis parti le 17 floréal,
D. — Quels motifs ont donné lieu à votre départ, et où alliez-vous i*
1 faisait alors partie du diipartemcnt des Bouclies-
L AKJIE:.STAT-I0!« de COtRIOl-ET DE I.A PlI.liC nRf:BA^ 53
R. — Des afTaircs de roinmcrce ont donné lieu à mon dcpnrt pour me rendre à Tru\C3, en Clininpngne.
1). — Quel est votre coiyniercc; csl-ii en gros on en dùtail?