E. AKKA1RIC DL' COLRRIER DE LYON
A ce moineiil, un grand cri partit du public et une femme tomba évanouie: c'était la citoyenne l^surques.
(I Silence ! n clamèrent les huissiers en faisant résonner aui- les dalles leur canne à pomme d'ivoire. On emmena la pauvre femme, tandis que Lesurques, la tèle baissé", pleurait à chaudes larmes.
Imperturbable, le Président continuait :
i( Oi'doime qu'ils seront conduits au lieu du supplice avec une chemise rouge, conformément à la loi.
a Condamne Pierre-J, Richard à la peine de vingtquatre années de fers, conformément aux articles du Code.
(I Ordonne que ledit Richard sera préalablement exposé aux regards du peuple pendant six heures sur la place publique de cette commune.
" Condanmc Icsdits Courlol, Lesurques. Bernard et Ricliard, solidairement les uns pour les autres, à payer sur leurs biens, par forme de dommage.s-intérêts, ia valeur des objets appartenant à la République et aux dilTérents particuliers dont était cliargée la malle dudit Escoffon, suivant ses lettres de voilure au départ et qui se sont trouvés en déficit.
« Gouriol, Lesurques, Bernard et Richard, vous pouvez vous pourvoir en cassation contre ledit jugement.
ft Gendarmes, emmenez les condamnés I
« L'audience est levée. »
Et, majestueux, drapés dans leur manteau de soie aoire, visages impénétrables et sévères, les magistrats du Tribunal criminel, précédés des huissiers, rentrèrent dans la salle du Conseil,
Avant l'Échafaud.
K J'ai assislé aux dcbata, disait le leiidiMiiain le rédacteur du Messager du soir, et j'a\ouc que, loin d'avoir été convaincu par l'assurance de? tt-inoins qui déclaraient reconnaître Lesurques pour (;lrc le nii'mc qu'ils auraient aperçu, une seule fois, il j avait trois mois, j'ai vu avec peine que le citoyen G... (le Président), qui se laisse quelquefois entraîner par la haine qu'il a si justement vouée aux vrais coupables, clicrchait, par un plaidoyer contradictoire, à détruire l'effci qu'aurait pu produire sur les jurés la déclaration de quelques ouvriers qui afllrniaient avoir vu. le jour même de l'assassinat, Lesurques chez lui. »
11 était, en effet, fort regrettable que le l'résiiieni n'eût point montré, au cours de ces débats, plus d'impartialité. L'affaire était délicate, mystérieuse im'me. précédée d'une ou plutôt de deux instruclions, au cours desquelles des mécontenlements el des tiraillements, indignes de la Justice, s'étaient manifestés.
Le Président aurait dû faire planer la vérité dans des régions inaccessibles aux pclilcsses et aux faiblesses liumaines. Il ne devait point chercher à faire Iriomphcr une opinion ou nit^me une conviclion personnelle. Ce n'était point lui qui était en cause, mais seidcment la Justice immanente.
172 I. AFFAIIIK Dr COinilIKfi ÙV. I.YON
Ilélas I ce n'élait qu'un liominc. voire même un juge, et cet ancien ministre de la Justice fut trop sensible à rimprcssioii d'un incident, trop prompt à se créet une opinion, trop impatient de l'imposer ensuite.
U'ailloui'S, c'était la réputation qu'il s'était allirée, car, à propos d'une autre alTaire criminelle, quelques mois' plus tard, le rédacteur du même Messager du soir relatait ([ne « le public, qui assistait à ses audiences, se plaignait avec raison que le Président Goliier se laisHail trop souvent entraîner par cet esprit de domination et de parti qui Ini créa tant d'ennemis, lorsqu'il était ministre de la Justice. La loi, ajouliiil fort judicieusement la Gazette, le charge de faire un résumé impartial des affaires, et il n'est guère de procédure oi!i il n'usurpe les fonctions d'accusateur public. Peut-il ignorer la différence essentielle qu'il y a entre les plaidoyers, avec lesquels il influence habituellement les jurés, et le résumé simple et précis que la loi exige de lui ? Chargé de présenter une analyse fidèle des débals, il devrait sentir qu'il n'a pas le droit d'aggraver les circonstances et les cliarges d'un délit par des inductions et des considérations nouvelles, et que ce ministère de rigueur appartient uniquement à l'Accusateur public. Ce qui -rend sa manière de procéder moins excusable encore, c'est qu'il a sous les yeux la conduite de son collègue Laurent qui, quoique parfois un peu brusque dans les débats, mérite d'élre cité avec éloge par la sagesse et l'impartialité de tous ses résumés. <>
Maintenant, avec un autre président, devant un autre tribunal et jugé par un autre jury, Lesurques, eût il trouvé plus de clémence? Nous ne saurions l'affirmer, car si des âmes nobles et généreuses, qui n'engageaient et ne compromettaient, il est vrai, que leur générosité.
D,^,-„cu.,Coo^k'
ont proclamé <|iic cVlait là une victime de la Justice, cette Jusiico, pcn<l;int un siî-clc, lui dciucuro incbranlablement inclémentc; et non sculenionl la justice, mais encore tous les j»ouvoirs constitués, obligés par leur nature même à méconnaitrc ta pitié et la sensibilité pour se retrancher impitoyablement derrière le droit et la justice.
Cependant, le lendemain du jugement. 19 thermidor, alors que Lcsurques était encore accablé et prostré devant ce verdict qui venait de le juger, Couriol faisait mander à la Conciergerie un magistrat du Bureau central et lui déclarait :
u Lesurqucs et Bernard sont innocents du crime, ainsi que Richard, condamné aux fers. Ce sont- les citoyens Dulxtsq et Jean-Daptisle : le premier demeurant rue Croix-des-Petits-Champs. en maison garnie en face l'armurier; le second, rue de Charonnc, fauhourg Saint-Antoine. La citoyenne fille Brcban et le citoyen Cauchois, marchand- fripier et menuisier, peuvent donner des renseignements sur les nommés Dubosq et Baptiste. »
Était-ce le remords de laisser condamner des innocents, ou plutôt parmi ceux-ci un innocent, qui poussaitCouriol h. faire cette déclaration soudaine? Élaientce plutôt les prières de Lesurqucs et ses promesses? Qui le saura jamais ? Quoiqu'il en soit, Lesurques écrivit le SI au Bureau central pour dire m que Couriol devait ajouter à sa déclaration des renseignements plus précis ».
A cet effet, le Commissaire central, Limodîn. accompagné des inspecteurs Fauconnier et Hodcin, se rendit, le jour même, k la prison de Bicètre, où Couriol avait été transféré.
D,^,-,....,Cooglc
Introduits dans sa cellule, ils reçurent celle déclaralion :
(I Les vrais coupables, je vais vous les nommer : c'est Duboaq. demeurant rue Croix-des-Pctils-Champs, la dernière maison à gauche, en face de l'armurier, se disant bijoutier, taille : 5 pieds 3 ponces i/a, né à Ljon :
« Lafleur, près le Palais-légalité, me de Valois, en face le café, se disant lui aussi bijoutier, de Ljon, taille: 5 pieds 6 pouces, cheveux châtains, martiué de petite vérole ;
(1 Roussi, Italien, rue Martin, vis-à-vis celle Grenier- Lazare, entre le café d'Apollon et le mercier, cheveux bruns, 5 pieds 6 pouces, se disant marchand, ayant des relations au Bureau des postes ;
" Jean-Baptiste, (lit Laborde, faisant le commerce: 5 pieds a pouces, cheveux noirs, brun de figure, demeurant rue des Fontaines, en face le Temple, n' 8, où Lafleur a aussi demeui-é quelque temps.^
« La fllle Breban, mon amie, les connaît bien : elle les a vus souvent chez moi. Ils sont partis le 3 floréal, ont pris le boulevard, montés sur mes chevaux'. Je les ai rejoints une heure plus tard à la barrière de Charenton, à l'angle qui fait face à la descente de la rue'.
(I Nous avons dîné et pris le café ensemble à Montgeron; le lendemain nous sommes rentrés à Paris à cinq heures; j'ai mené les chevaux avec Lafleur, che?. Audry, rue des Fossés-Saint-Germain. Les trois autres
1. Pourquoi ca mensonga 1 Pour dioturger duvanUge Bernard? Et pourquoi ne donne-t-il point de aea coœplicei on signalement plus complet?
2. Cette affirmation est en contradiction arec la déclaration qoa fera au procès Dubosq le témoin Chéron, Encore aanadouta pour décharger Bernard.
AVANT I. ÉCIIAKAI'D i'j
ont ék' chez Diibosq où nous les avons rojoinls ri où Ii's pailages se sont efTecUu's; c'est là qnr je leur ai Knita mes quatre chevaux*.
li Je crois que Roussi est aiissilôt (iiirli jioitr Bruxelles^
Il Roussi et Laborde élaicut les chefs de lent reprise; le sabie el l'éperon appartiennent à DuIkimi el c'esl lui qui est reloiirné à Licursaint chercher le sabre'; c'est Dufaosq qui est arrivé le premier et a diiié. Quant à moi, j'ai été seul à Lieursaint', ainsi qu'ils m'en aiaienl donné l'ordre. Là, Duljosq esl veiui me dire d'aller les rejoindre à une autre aul^erj^e. C'est Dnbosq 'jiii s'est promené dans Lieursaint avec LiHeur.
<•■ La fille Brebnn connaissait bien le coiuplul. <>
Telle est celle déclaralion que Couiiol ne Jnit signer, 10 sachant, est-il constaté .
Dcuï mois après, le C vendéiniaii'c an \'. ce un'mc Cnuriol réitérait ces déclarations et faisait écrire au l'irccloire ;
Aux Citoijens composant te Dîrecloîïv.
Ciloyens Directeiu's, I! est donc vrai que je devais ajouter à mon crime iiti ilnuble 3ï^*assinat. Les Uéclarations véridicjiies (|ue je n'ai i'csmi' de f'ire de|mis le jour de mon jugement n'imt jiii faire rendre JNice à deux innocents qui s»ni victimes de l'erreur; |mis-je 'sfi^rer au moins {|iie, pour venger leur iuoit. vous donnera des ordres 1res exprès de faire reelierrlier les i|iiatre iiKlividus que j'ai désignés et qui sont oies seul> ciiinijiires;