Rïpert, di^fensc'ur de Durtichat
32S I.AKKUHK IH" COIRIllRR DK l.VON
a l'té toiil le temps défendu, sous peine d'aller au cacliol et (It voir d'aulrcs l'ei-s nous cUarger, de nous dire un bonjour ou un l)onsoir.
Le PiiKsiiiEST. — Il est certain que ces précautions devaient vous g^ner jiour de nouveaux projets d'évasion ; ceci est fort regrettable, mais tout a une fin.
Duitosq. — A (fuoi bon, en tout cas, le silence le plus vigoureux (|ui nous était prescrit, même avec les autres détenus qui nous avoisinaient. Nous sommes enterrés ce (]ui s'appelle tout vivants, et on a mis àma femme une clioraisc, des pantalons et une veste de forçat, comme un tiomme, et même des sabots, pardessus le ma relié.
Le Phéside^t, — Toutes ces questions, d'ordre intérieur, sont bien secondaires. Ce ne sont pas eUes qui sauveront ou feront jomber volie tète. ■> (Après im instanl : ) « Voyons, Dubosq, puisque vous êtes, ditesvous, dans de plus sages dispositions, nous allons exécuter le jugement que le Tribunal a rendu le 5 vent<jsc an M, (jui vous a été signifié le c3 frimaire dernier, el par letguel il a été ordonne que tout portrait ou buste de Lesurques serait apporté à cette audience pour y servir de pièces de comparaison ou de conviction ; et ipie, d'autre part, une permque blonde, à votre mesure, el h l'usage de votre tète, serait confectionnée, sur la vue du buste, par Saint-Martin, perruquier à Versailles, rue du Commerce. La veuve Lesurques ayant remis à l'huissier, à ce commis, un buste de i( terre crue » et un portrait de Lesurques en miniature, en forme de médaillon, la perruque a pu être dressée et un tableau peint d'après le médaillon.
Le Dos. — Citoyens, pour l'honneur des principes, je dois vous faire observer que l'accusé pourrait se refuser à la mesure prescrite par le jugement dont il
D,^,-„...,Cooglc
vientdc vous îltre donné lerliirc. En elTct. nn arcusc no peut jamais être contraint à produire preuve contre lui-mâme, et cela résulte de l'arliclc 538 du Code des Délrls cl des Peines; maïs, comme l'intérêt des accusés osl([ue la vérité soit connue, ils consentent à l'exccntion (tiidit jugement'. »
Sur ce, le PiTsident ordonne i|ue la pernuiue l)londc, fabriquée en exécution dudit jugemeni, sera placi* sur la tête de Diibosij, l.e citoyen Julliard. perruquier à \crsailles, rue de la République, est alors introduite l'audience, et, sur l'ordre du Président, pose la [Xïrruqne sur la tiîte de Duhosq ; mais il observe que les favoris des cheveux naturels de Dubosq sont plus lon^s que ceux de la pcrrui|ue.
Le Phéstoest. — h Puisque Dubosq a prêté son consenlemenl ù Texéciition du jugement et que ce jugement uc serait point exécuté si les cbeveuv naturels de Dubosq paraissaient sous la perruque, j'ordonne au citoyen perruquier, en vertu du pouvoir discrétionnaire que me confère la loi, de couper les chevcuï nntiuels de Dubosq à hauteur des favoris artiAciels, en sorte que les cheveux naturels de Dubosq ne paraissent point.
Le Bon. — N'est-ce point, citoyen Président, aller au delà du consentement qu'avait prêté l'accusé?
Le PnÉsiDEXT, — l)ubr>sq. do son aveu, cl ainsi qu'il résulte d'ailleurs d'un jugement qui a foree tic chose jugée, a été précédemment condamné à vingt-quatre ans de fers. Dès lors, les procédi'-s envei's lui peuvent ùtre composés de moins d'égards qu'envers tous les autres accusés^, n
2, i'iuniilil' d'uudiej
330 L AFKAIIŒ DU COLRRIKH DE LÏON
Tous les [«moins de la route ' sont alors réintroduits successivement à l'audience.
Enfin, la vérité doit ?lre prochel Elle va donc dévoiler le mystère!
Mais, mis en présence de Dubosq coiffé de la perruque blonde et en face du tableau, ainsi que de la miniature représentant te portrait deLesurques, aucun ne reconnaît Uiibosq.
Tous déclarenl persister dans les déclarations qu'ils ont faites sur Lesurques devant le Tribunal criminel de la Seine, lors du débat qui a précédé le jugement de Lesurques, Courriol et Bernant, et qu'ils ont réitérées hier devant le Tribunal.
Quelques-uns d'entre eux observent qu' i< il peut avoir existé dans les masses et dans les aspects des deux individus, Lesurques et Dubosq, quelques rapports gén/raux, mais que, dans tes détails et dans les traits de leur Tigui-e, ils ne trouvent aucune ressemblance qui puisse les induire à penser qu'ils ont commis une erreur ».
La J'euime Alfroj ' se trouve être appelée en dernier. Elle semble en proie à un trouble profond.
C'est en tremblant qu'elle examine le portrait de Lesurques, puis la miniature, el qu'elle porte enfin ses regards sur Dubosq. C'est à peine si elle peut parler.
Le PRÉsmE.'^T. — u Remettez- vous, témoin. Nous ne vous demandons que la vérité. U n'est jamais diflicile ni pénible de la dire. »
Feuillet; les ciUi.vpiis Perrault, Liiljupre, Alpj-, Alfrov, Oîllei, Cbniiipeau et su feiiiiiie.
2. II existe eiic:(irc à Lîeiirsalnt, <<ur la route de Meiiiii e( Jirts de la mule Ae Curlji'il. une iié|iiiilère dile n Pè|iiuiiTe Alfrov ■,
AFFAIRE DUBOSQ 331
Le lémoiQ ne répond paa.
Le PuÉsiDE^T. — « Enfin, reconnaissez-vous Dubosq? «
L'émotion est à son comble. Toute la salle est là suspendue aux lèvres de celte femme qui ne veut parler. L'iastant est poignant. Le silence parait interminable!
Le TÉMOW, d'une voix entrecoupée et presque éteinte: '.< Devant le Tribunal de la Seine... j'ai... j'ai reconnu Lesurques, mais... mais... ma conscience me fait un devoir de déclarer que... que je me suis... trompée! Je crois fermement que je n"ai pas vu Lesurques, mais... Dubosq,... là... présent. Oh oui!... je le reconnais bien,.. Je l'ai déjà reconnu à Pontoise... Je l'ai dit au Directeur du Jury.
Le Commissaire du gouvernement. — Je dois faire observer que cette prétendue déclaration, faite à Pontoise, n'est pas consignée par écrit '.
1. Déclaration de la femme Alfroy devant le Directeur du Jury de Ponloi'ie ■ " Le 8 floréal an IV vers quatre lieuraa et demie apriïsmidj j ai TU sortir de chei la leuïe Peuillpe nubcrgiste tt Lieur- ■•aipt et passer à pied comme eu te promenant deut hommes; ces deus hommes se sont arrêter devint ma porte paraissant hre mon tableau ils ont cauié avec moi enviiun un quart il heure et ont ensuite dirige leur proraemde vers Melun; peu din'tants après j ■u tu un autre homme m irchanl tort vile, veiruit de Melun ^era Paris , cet homme a demandé à la femme Chatellin ï quelle heure passait le courrier, et est entre chei la veute Feuiliée où it a pris son clieval pour te conduire chei Champeau, aubergiste; j'ai reconnu ce dernier homme dans la personne de Vidal-Dufour. Quant aux deui premiers, j'ai également reconnu Courriel et Lesurques, ce dernier fort blond de clievelure et de sourcils, et Liane de visage. A l'égard de Dubosq, qui m'a été représenté à Melun el dont je me rappelle asseï la ligure pour n'avoir pas besoin de le ïoir aujourd'hui, je lui iToure dans le TÎsage un faux air et un peu de ressemltlaiice avec Lesurques, mais je cntis qu'il a les yeux moins bleus, les sourcils plus bruns, et qu'il est plus petit et plus mince que Lesurques, et surtout qu'il a moins de cheveux et qu'ils sont beaucoup plus bruns; nu surplus, j'ai oui dire que Dubosq, qui est prévenu d'être un des assassins du courrier de Lyon, avait
„-„cu.,Googlc
Le Président. — Depuis le commencemenl de ces débats et avant que la perruque blonde, qui est actuellement sur la tête de Dubosq y soit posée, ûvez-vous reconnu Dubosq?
Le Témois. — Oui,
Le Président. — Pourquoi n'avcz-vous pas fait celle déclaration lorsque vous avez été entendue dans les cours de l'audience du jour d'hier ?
Le Témoin. — Je n'ai pas osé.
Le Présidest. — ■ Je n'ai pas besoin de vous dire, témoin, la gravité de la déclaration que vous venez de faire. Vous en comprenez toute l'imporlance. Réfléchisse/ sur toutes les conséquences irréparables qu'elle peut avoir. Sondez votre conscience. Le moment est grave. »
Le témoin parait plus agité encore', regarde à nouveau Dubosq, puis garde le silence. Enfin, comme oppressé, et après un long temps :
" Je persiste dans ma dernière déclaration, n
Dlbosq, resté impassible durant toute cette scène, s'écrie d'une voix terrible en montrant le poing à la femme Alfroj, et écumani de rage, tandis que les gendarmes ont peine à le maintenir :
" Elle ment! Cette femme menti Si elle a menti hier, si elle a menti à Pontoise, voilà quatre ans, pourquoi ne men tirait-elle aujourd'hui! Sait-on qui l'a approchée depuis la dernière audience! Elle n'a point
! jour-lk une i)eri'uque l)li>iide; ,?i cela est. il faudrait que iibosq 1IIC fût représenté avec una ]]erruque blonde. J'ai oui ire, dariR le paya, que les quatre voyageurs, qui avainnt rùilc lute l'aprùs-niidi. avaient, dans leur course dans la campagne, laiig^ plartieurs fois enlro eiii d'habits et de chevaux. » (Rap- )rt (îirautlet 1 I. Piuiiiilif taiiu jiar le greffier d'audience Brun.
„-„cu.,Googlc
AKKAIIIK JHilOSIJ 333
quitlc Versailles hier soir, et les amis de Lcsurques rôdent par la ville pnur voler la vérité !
« Si elle ne ment pas, loti»; les aiilreti auraient menti, et pourquoi? Je suis prisonnier; ils n'ont Oonc pas peur de moi I Je suis ruiné: ils n'espèrent donc rien de moi! Pourquoi mcnliraienl-ils?
« Ah : cette femme ment Je 1 1 haiii '
Le 1'rkside-\t — L audience est le\cc et S(,ra reprise demain à sept heuiLS du matm
L'angoisse a^ail (.te poigninte (.hacun quittait la salle, altéré, comme si sa pitiprc cause venait de se juger, et chacun se deman lait a quel pirli il se serait ari-èté, s'il lui ivait fiUut decidei de la vie ou de la mort de cet homme
On ne discutait plus comme la veille. On avait peur de sa pensée !
Quel verdict allait rendre le jury?
Les incidents de cette dernière audience demeuraient une obsession qu'il fallait chasser à tout prix.
Le séjour de Versailles eût été ce soir-là insupportable, et, comme il n'était que trois heures, cliacun s'enfuit à toute bride vers Paris.
C'était une diversion.
Il y avait d'ailleurs ce soir-li\, chez >!"■' Récamier, grande fête costumée, et l'on se demandait, avec quelque curiosité, si son nouvel et br&lant adorateur, Lucien Buonaparte, malgré son deuil relativement récent ', y assisterait. On prétendait même que cette fêle était donnée en son intention, comme colle dn lo décembre 1797 avait été offerte en l'iionneur de son frère, le héros d'Italie.
1. I! avait iiprilii sa IViiiinp, nré ClirUtliic-KIrr^nore Huver, le
D,^,-„...,Coogli:
331 I. AFFAIItK DU COl'HItlKB DK LYOX
On avait même annoncé que M"* Kécemier serait en Julietlc de Sliakespeaie, tandis que Lucien dissimulerait son deuil sous le masque de velours et le coslume de Roméo, réveillant ainsi le souvenir des lettres enllaminécs, signées du nom de ces amants célèbres. Celles-ci n'étaient plus un secret que pour bien peu. et étaient devenues Tanieuscs par leur débauche passionnée de points cxclamalifs '.
On donnait aussi ce soir-là, au théâtre Feydeau, la première d'un opéra qui, lui aussi, intriguait depuis ({ucl({ue tennps.
Le compositeur, en elTet, avait gardé le voile de l'anonyme que soulevaient quelques indiscrets en désignant (javeau, chanteur et compositeur, encore tout fier du succi's i|u'il venait de remporter avec une bleuelle sans pi'étention : l'Amoar filial. Mais le même sort ne devait point être réservé i, son o^iéra d'Orwinska.
Pour celte fois, en effet, le compositeur avait négligé le précepte d'Horace-, et cet essai vers le grand opéra, à en croire les gazettes d'alors et la postérité, eut à peine un succès d'estime et de curiosité.
i, 1 KiLcore des leltreît ci'ainourl;: écrivait-il. Depuis telle* du rtaiiit-Preux et d'Hûloïse, combien en a-l-il paru!! Combien de iieiiilrea uiit voulu copier ce clief-d'ieuvre tiiimitRblel Puisaeiit ce:j lettres intéresser celle pour qui j'écris!!! Puisiie-t-ellc ureiileiidre! !! l'uîsse-t-ellc se recoiiiiaitrc avec plaisir dans le jiortroit ile Julielte et penser à Roméo avec ce trouble délicieux iiui aiiiirincp l'iiiirore de In sensibilité!!! »