‹ L'affaire du courrier de Lyon: les procès Lesurques, Durochat. Vidal, DubosqChapitre 60 sur 66 · LA FAMILLE LESUHIJI;ES · texte numérisé non relu

LA FAMILLE LESUHIJI;ES

Calas, condut-il, les Sirven, et tous ceux pour lesquels la justice de nos monarques a ordonné de semblables revisions, n'ont jamais eu en leur faveur plus de présomplions d'innoi^ence- Sa Majesté, empereur et roi, a-t-îl moins de justice? il y a neuf ans que la veuve et les enfants l.esurques, courbés sous le fardeau de l'opprobre non mérite d'un époux et d'un père, l'attendent. Leur longue misère va donc finir!

Enfin.' le 3 juillet de la même année, l'avocat Caille adressa à l'Empereur des Français et Roi d'Italie une nouvelle requête tendant à prouver juridiquement que l'Empereur, étant revêtu du droit de faire grâce, l'était aussi de celui de donner u des lettres de revision n.

Toutes ces adresses réitérées devaient enfin émouvoir les Pouvoirs publics.

Le ministre de la Justice se décida alors, le lo juillet 1806, à demander aux procureurs généraux de la Seine et de Seine-etrOise un rapport sur l'opporlunité d'une réhabilitation.

Le Procureur de la Seine répondit que le dossier se trouvait à Versailles, mais qu'il avait consulté ceuï des magistrats qui avaient une connaissance parfaite de cette affaire, et que tous avaient déclaré qu'il n'y avait pas lieu k révision.

Le rapport que leProcureur général de Seîne-et- Oise, M. Giraudet, adressa au ministre, le ai juillet 1806, constitue un des monuments les plus pré-

M. Giraudet, en effet, avait suivi, comme Commissaire du Gouvernement (avocat général), trois des procès, mais non celui de Lesurques, ce qui lui donnait au sujet de ce dernier toute liberté d'appréciation.

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TOO L AFFAIRE Di: COURRIER DE LYO«

Ce rapport concluait ; -\ '

Que non seulement les principes de toute la législation crimiDelIe étaient contraires à la réhabilitation, mais encore que tout ce qui pouvait assurer à des hommes que la vérité avait été connue, paraissait se réunir pour attester la culpabilité de Lesurques et pour repousser l'allégation de son innocence.

Il estimait qu'on avait donc satisfait l'ordre public, l'humanité, la raison, et que la mission de la Justice était épuisée. En effet, en faveur de Lesurques, il a'y avait que les 3 testaments de mort de Couriol, de Durocliat et de lïoussy, et la rétractation de la femme Aifroy.

Les déclarations de Couriol, ajoute-t-il, qui tendent à innocenter Lesurques et Bernard, sont manifestement inexactes, tout au moins en ce qui concerne Bernard. En elfet, pour innocenter complèleuient ce dernier, il dffclare que les assassins étaient montés sur les cbevaux de lui, Couriol, alors qa'il est certain que ces chevaux étaient ceu\ de Bernard.

D'autre pari la culpabilité de Bernard ne résulte pas seulement d'avoir prêté des chevaux, mais encore d'avoir eu sa part du vol (déclaration Durochat), et aussi d'avoir doiini' retraite à Roussy après le crime (déclaration Chcron).

Mais pourquoi cette bienveillance à l'égard de celuici ii

L est que Bernard ajoute M. G audet éta t a| r s Le ùtiiqu s le seul qui eut assez de re our es pour [a er le dtclarations complaisantes, et le seul au«!> dont la fam Ile eût des intérêts pécuniaires à sauvegarder

Quant à la fille Breban, dit en substance M. Giraud t ses déclarations n'étaient que le reflet de celles de founol car elle ne savait rien par elle-même, mais seulement par ce que lui avait dit son amant. En tout

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cas, rien n'établit qu'elle ail fait des revélations au président du Tribunal criminel de la Seine, le jour du jugement, non plus que le lendemain, au Bureau central.

Goulon et Cauchois ne doivent lïli-e rappelés que pour mémoire. Ils ont déclaré eux-mêmes que tout ce qu'ils savaient, ils ne le tenaient que de la fille Breban. Ce ne sont donc que des témoins indirects du troisième degré, insignifiants et négligeables.

La confe»sioii de Durochat méritait-elle plus de considération, alors qu'après avoir accablé Dubosq, celuici se refuse, par reconnaissance intéressée, à le reconnaître ensuite? M. Giraudet ne le pense pas.

De même, Roussy est pour lui suspect. « Ce complice qui persiste à se dissimuler sous le nom de « Béroldy » et duquel, six mois après, on exhibe un testament, aloi-s que, .deux heures avant son esécution, il avait affirmé n'avoir aucune déclaration à faire, ne point connaître Lesurques et être lui Beroldj innocent ne lui mspire aucune confiauLe

Enfin i.ontmue M Giraudet la rétrai.ldtnn do la femmp Alfroy la seule quoi qu en pease M Daubanton éta t une relrai-tation si singulièft ^si tardi\e et m peu miln c quelle {levait avoir btcn jeu de puissance pour cumbattrp

ette foule de reconnaissances originairement faites de Lesurques par des ttmoins [ui conslamment depuM avaient soutenu en examinant a\ec attention Dubosq qu il n y avait pas eu de leur part c nfusion de personnes et jui donliaient de cette as'-ertK a des raisons frappantei tirées de la diffcrence de la taailc de celle du teint de la (ouleii des

nurcils et des yeu\, du degré d embonpoint de chai un Bailleurs il faudrait en tout tas admettre que le nombre de*, assassin'! n ctait que de c nq et on n a obtenu auiune cerlitudt. <t cet egaid alors jue Lesurques et Bernard n ont

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jamais pu jusliller de l'emploi de la jouraife et surloul de U soirée du 8 floréal; qu'ils n'essayèrent d'établir leur alibi que par des ilioycns. frauduleux, et que la fraude de re» moyens devint si évidente pour eux-mêmes qu'ils prièrcnl les jun's de n'avoir en ce point aucun égard aux déclarations de leurs prétendus léuioins à décharge, et de les considérer comuie non avenues. Les révélations de Tturochat feraient même supposer ((u'un des coupables, l'employé de l'Adminlstralion des postes, qui avait donné l'affaire, n'a jamais ét{' puni.

En outre, aucune des révélations faites contre DulJosq, aurun des témoins produits l'outre lui n'a déterminé le rèli' qu'il a joué dans la perpéirattoa directe du crime; ni rappelé dans le fait principal aucun détail qui lui fut propre !

Sans vouloir prendre parti pour ou contre l'innocence de Lesurques, les observations si judicieuses de ce mugistrat nous amènent cependantà nous demander avec lui:

Pour<iuoi la fdle Breban, qui, deux mois avant le jugement Lesurques, avait, à en croire Cauchois et Goulon, déclaré, les larmes aux yeux, que deux innocents allaient périr, ne s'élait-elle point alors présentée cliez M. Daubanlon, qui, en ne l'inculpant pas, avait pourtant usé envers elltJ d'une indulgence qui devait l'encourager î

Pourtjuoi avait-elle préféré attendre ainsi deux mois entiers et pourquoi, tout au moins, ne pas l'avoir dé. clarc quand elle comparut comme témoin devant le Tribunal criminel ?

Pourquoi Gouriol, dans sa déclaration du m thermidor, qui contient tant de mensonges, ne donne-t-il point un signalement plus déliiillé do ses complices et surtouln'indique-t-ilpaslesmarquesdistinclivesde chacun, notamment la tache de vin sur la main de Roussy?

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Pourquoi, le lendemain du jugement, n'a-t-il révélé que deux complices : Dubos<iet Jean-Baptiste, et pourquoi, le ai, le dénomme-t-il : diluLaborde», alors qu'il sait à merveille qu'il s'appelle Durochat-''

Pourquoi Couriol n'a-t-il pas expliqué, commedevail le faire la fille Breban, que la méprise venait de ce que Dubosq le jour du crime avait une perruque?

Pourquoi ne retrouve-t-on pas non plus cette explication dans les déclarations dq Durochat?

Pourquoi ce dernier ne parla-t-il pas de l'éperon argenté que le i^ germinal an V, alors qu'il avait déjà fait des aveux le 39 ventôse précédentàM. Daubanton, et le 9 germinal à M. Pacou?

Pourquoi Chéron, qui allait voir son ex-patron Bernard dans sa prison, où certainement il rencontrait Lesurques, n'a-t-il parié de celui-ci que lors du procès Dubosq ? Pour ne pas accabler Bernard, sans doute.

Pourquoi Couriol s'acharna-t-il à vouloir établir l'innocence non seulement de Bernard, prêtant sciemment les chevaux et profitant du vol, mais encore de Richard, cependant convaincu de recel?

Pourquoi la femme Alfioy affirme- t-ellc avoir déclaré au Président du jury de Pontoise qu'elle a reconnu Dubosq, quand cela estcontraireàladéclaration qu'elle a signée et qui, telle, eût élé volontiers recueillie par la Justice qui déjà recherchait l'innocence de Lesurques? Pourquoi n'a-t-elle pas proclamé celle i-econnaissance à la première audience de l'affaire Dubosq, puisqu'elle déclare elle-même qu'elle l'avait déjà reconnue et qu'elle avait déjà fait celle déclaration à Pontoise?

Pourquoi le confesseur de Roussy, en déposant le testament le 19 nivôse suivant, alors qu'il est daté du 9 messidor précédent (deux jours avant la mort de Roussy) ne dit-il point à quelle date cet écrit lui a été

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remis par Roussy et même s'il le tient bien de la main de ce dernier ?

Pourquoi ne fut-il point autorisé à faire l'aveu de l'inoocence de Lesmques en même temps que de la culpabilité du condamné? Et pourquoi une fois encore, ce silence de six mois?

Enlin,, remarque M. Giraudel, cet écrit, malgré l'importancR si frappante de son objet, est d'un laconisme qui porle à craindre qu'il ne soit l'effet de l'obsessioiv ou de la complaisance. Puis il est signé ; « Béroldy ii, alors que le signa- •taire ne se faisait généralenienl connaitre que sous le nom de u Roussy » et qu'il ne signait <'< Béroldy u que depuis son arreslation et pour donner le change à la Justice î Celte pièce, présentée comme le monument d'une vérité précieuse qui échappe enfin à un homm^ qui va mourir, n'est-elle pas une pièce infectée de faux, surtout si on la rapproche des déclarations faites par Itoussy aux magistrats deux heures avant sa mort, par lesquelles il déclarait qu'il n'avait jamais connu Lesurques, et proclamait sa propre innocence.

Tant de singularités, conclut M. Giraudct, réunies dans l'ensemble des présomptions en faveur de Lesurques, conduisent nécessairement à craindre de retomber dai)s des preuves aussi suspectes que celles de l'alibi apporté par le livre de Legrand 1

Quant à nous, nos doutes sont encore confirmés par ce que nous révèle la lettre complémentaire écrite le 3i juillet 1806 au ministre de la Justice, sur sa demande, par ce même magistrat qui, ne l'oublion* point, a requis dans l'affaire Dubosq, mais, qui n'assistait pas à celle de T-esurques.

Cette lettre noua a paru avoirtropd'imporlancepour n'être point rapportée ici en entier :

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VprsaillcH, le 31 juillpl an 1806.

Le Procureur général îmin^rial de la Cimr di' Jusiice l'riinjnt'llo de Seine-cl-Oise, A son Excellent^c le Grand Juge, Minisire de lit Ju^lice.

Monseigneur,

A la BiiUe de l'entretien que j'ai eu samedi dernier avec Votrfi Excellenee, elle m'a invilé k lui relraeer, paréerit, i("s motifs qui ine paraissent appeler une jiLsle défiance sur le» priRcipaux éléments produîls pour délermincr la réliabililalion (ie Lesurques.

J'obéis à vos ordres, Monseigneur, en voua soumellant les (■on s 'nié rat ions suivantes ;

On voil d'abord par les procès- verbaux qui eonstalenl te» prcioiiTes reclierches du Juge de Pain Daubanton ipi'e le juif Bernard lui avait étt* désigné eomme ayant prêté les chevaux sur lesquels élaienl montés quatre des assassins. Il ne dit pas do cpii il tenait ces renseigncmenls ; mais ta suîle de l'inslriiction a prouvé qu'ils lui avaient éléfnurnis par Ctiéron, valet d'éeiirie cliez Berrfard k l'époqiLC du délit. Or, Cliéron a dû dès lors apprendre à cel otiieier de police judiciaire que les quatre boninies qui avaient inonlé les chevaux de Bernard le S floréal étaient : Couriol, Vidal, Dubosq et rtoussy. Pourquoi ce point si ctaireuienl dénionlré depuis ne se trouvc-t-il pas iiLéuie indiqué dans la première procédure? Pou q détails' qui ont délerminé les prendèrcs rc-

lor le ont e Dubosq n' ont-ils été développés que plu-

eu s o a| rès l'exécution de Lesurques? Pourquoi la 1 la al on de Cbéron qui présente ces détails n'a-l-elle été thenl q ni constatée et légaleuLcnt reçue qu'après la nort lu co laimé?

Les re 11 ons de la fille Breban en ce qui concerne le Tait de la réunion des assassins chez Dubosq et le partage qui a eu lieu le U floréal portent sur des points dont elle convient avoir eu une connaissance personnelle ce jour-là même; pourquoi, û|)rès avoir garde le plus profond silence sur ce

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poinl, noD seulement daas ses premiers interrogatoires devant le Juge de Paix Daubanton, mais encore dans la déctaration par elle spontant^ment laite au luge de Paix de la diviaion du Temple, s'en explique-t-elle tout à coup avec tant de détails après la mort de Lesurques et depuis l'arrestation de Dultosq ?

La femme Alfroy, de Lieursaint, qui avait constamment aftlnnc dans trois déelarations sue eessivc ment reçues par le Directeur du Jury de Melun (Cartault), par celui de Pontoise, et enfin aux di'bats qu'elle n'avait point confondu et n'avait pu conlondre Lesurques et Dubosq a varié tout à coup Mais la famille Lesurques était aux débats mais 1 ex juge de Pai\ Daubanton et V° Caille y avaient assiste , mais le premier surtout avait très ouverli ment manifesté le desir de voir condaiimcr Dubos(| pour parvenir disait il à la réhabilitation de Lesurques et c ebt principalement sur celte confusion de personnes que [orle aujourd imi 1 espoir de celte réhabilitation

On croit utile de faire remarquer ici que les première révélations de Durochat en faveur de Lesurques ont* Il reçues pir C( môme juge de Pai\ Daubanton, depuis ses len tativcs inutilement faites pour te condamné auprès du corp* législatif

Ln magistrat universellement considéré autrtfois Presi dent du Tribunal Criminel de la Seine-et-Oise, aujourd liui Itgislaleur maulonsc a dire àVotreExcellenee que I ex juge de Pai\ Daubanton lui avait annonie aïoir s lustrait et sup primt le registre produit par 1 orfèvre Legrand au Tribunal Criminel de la Seine h 1 appui de I alibi articulé par LesurquLS \olrt. Excellence loudra bien se rappeler que ce registre surchargé dans la date essentielle à la justification ie Lesurques fut argue de faux et que Legrand fut renvoyé devant le juge de paix Daubanton

Dans une conférence particulière que jai eue a\ec M le Ture de Notr Dame à Versailles, cet ecclesiashque a prétendu que le billet trace par nou«-.y sous le nom de Béroldy et qui contienl la déclaration de l'innocence de Lesurques

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avait été écrit en la présence de lui, ctiry de Notre-Dame, confesseur de Riiussy, le jour iiM^me de l'exécutioii et peu d'heures auparavant. Celtr aBsertion de M, le Cure de Notre- Dame, à laquelle il a tenu fortement malgré mes objticlions, e»t en contradiction avec la date de l'écrit dont il »'agi(. Si les souvenirs de M. le Curé sont exacts, on conçoit diflicilemenl comment il n'a pas exigé que son pénitent déférât i l'instant même aux instances du magistrat de sûreté qui le pressait do Faire des déclarations de même genre, et autjuel ce condamné répondait qu'il était innocent et qu'il n'avait jamais connu Lesurques. Cette réflexion est d'autant plus forte que M. le Curé savait dès lors ([ue Rous^y en imposait au magistrat puisqu'il m'assure avoir, d'un regard, arrêté la inain de son pénitent qui allait signer. En ce point, les souvenirs de M. le Curé sont d'accord avec le proeês-verbal ilressé par M. le Magistrat de sûreté le 11 messidor.

Pourquoi tant de réticences, tant de révélations tardives, tant de chaleur, de démarclies, tant de déliance de la justice, tant d'intermédiaires propres h lui inspirer des craintes?

Agréez, Monseigneur, l'assurance de mon respect. Signé : Gihauuet.

Après un semblable rapport dont les conclusions avaient été adoptées par M. Lecollenel, chef de division des grâces, l'Empereur ne pouvait admettre (ju'il j eût lieu à revision.

Telle fut en effet la décision qu'il prit le G août 1806.

II. Aussitôt, et sans attendre davantage. M" Caille adresse à l'Empereur une nouvelle requête au nom de la famille Lesurcjues.

C'était, il faut bien le reconnaître, ime démarche singulièrement précipitée et véritablement intempestive. Elle ne pouvait que demeurer sans réponse.

Le mois suivant (septembre 1806), elle est réitérée sans plus de succès.

Cet avertissement fut-il compris par la ' famille Lesurques? Toujours est-il que cette dernière cesse ses objurgations jusqu'au i i janvier 1808.

A celte date, l'Empereur reçoit de Mélanle Lesurques, la fille aînée, une supplique pour sa mère et ses frère et sœur.

Point de réponse, celte fois encore.

Nouveau recueillement jusqu'en 1811.

Le i5 avril de cette année, requête de M"' veuve Lesurques avec, à l'appui, une consultation juridique de 6 avocats du barreau de l'avis.

Et. le ai juin suivant, demande en revision adressée par Mcianie au ministre de la Justice, duc de Massa,

L'Empire s'effrondre sans que Napoléon se soit de nouveau attardé à cette affaire.

Mais la Restauration a à peine pris possession du trône d& France que déjà Mélanie Lesurques a adresse, le i4 juin i8i4, une supplique à S. A. B. Madame, piemière duchesse d'Angoulême, et une autre, le C août suivant, à Ç. A. R. Mgr le duc de Berry; que M' Lenormand, le nouvel avocat de la famille, a demandé, le 36 juin, audience au ministre de la Justice pour lui présenter Mélanie et obtenir communication du dossier, demande que la famille tout entière réitère en août de la môme année.

Celle-ci est rejelée le 17 août 1814.

Les Cent Jours et la plus grande partie du règne de Louis XVIIi sont épargnés, mais, le ai avril i8so, M"' Lesurques sollicite à nouveau, et sans succès, communication du dossier.

Le ai mars 1831, une demande en revision, aposliUée par le duc de La Bochefoucault, est adressée au ministre de la Justice, sous le motif nouveau etpmï-

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menl graluit » que l'auteur du crime, pour l'apparence duquel Le^urques a été exécuté, s'kst recondu le véritable auteur, et que l'évidence de l'innocence de Lesurques ne laisse plus rien à désirer », tamlîs que de son côté M"" Lesurques présente, le la mai de la même année, une requête à S, A. U. la duciicsse de Berry.

Ces rç^juôtes sont cnlin prises en considération, et M. Blancart, chef de bureau des Afl'aii'es criminelles el des grâces au ministère de la Justice, est chargé de faire un rapport.

Celui-ci, assez succinct et peu motivé, est-dé()Osé ie, 18 septembre suivant.

M. Blancart w n'tst pas éloigné de penser qu'on pourrait établir jusqu'à l'évidence que l'arrfifde condamnalion de Lesui-ques et celui de Dubosq sont inconciliables, parce (pie, sous deux noms difTéi'ents, les charges ne s'appliquent qu'à une môme personne; d'awtre part, l'opinion publique, frappée du concours de circonstances extraordinaires que cette affaiie a présentées, est généralement favorable à la mémoire de Lesurques. C'est ce qui motive, ajoute le rap[Hirteur, l'intérêt que M. le duc de La Hochefoucault et la députation du Noiti manifestent en faveur de la famille. »

C'était là, il faut bien l'avouer, un argument juridique un peu faible, et l'on est tenté de se demander si ce n'était pas plutôt les apostilles de la i-equôte qui avaient convaincu ce fonctionnaire plutôt que l'étuJe approfondie du dossier.

■ Cependant ce rapport est favorable à la réhabilitation. C'est le premier et la famille renaît à l'espérance.

Malheureusement pour celle-ci, l'opinion toute personnelle de M. Blancart ne fut adoptée par aucun de

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SCS chefs hiérarchiques. M. de Gravesend n'hésita pas à déclarer de sa main, au bas du rapport de son subordonné, Il qu'il ne partageait pas l'opinion de son chef de bureau sur les moyens d'établir Jusqu'à Cévidence que les condamnations de Lesurques et de Dubosq étaient inconciliables, et qu'il pensait que, soit qu'il y eût eu justice ou erreur, le ministre ne pouvait rien prescrire sur ta demande de la famille Lesurques v. Ce qui fui décidé.

111. Deux mois s'étaient à peine écoulés que, le 36 novembre ^de la môme année. M" Lesurques, qu'aucun échec ne décourage, présente une nouvelle requête, pour elle et ses enfants,- au ministre de la Justice, tandis que le 14 décembre suivant, avec l'apostille de la dépulalion du Nord, elle demande à la Chambre un secours.

La Chanibre, après avoir, dans sa séance du lii décembre,' pris celte demande en considération, ordonne qu'elle sera transmise au ministre de la Justice, et M. Drouel d'Arqués, Procureur du Roi à Versailles, est désigne pour faire un rapport motivé.

Sans crainte de se trouver ep opposition avec l'opinion, cependant redoutable, de son collègue de 1806, M. Giraudet, quelques jours suflisent à M. Drouel d'Ar<[ues pour qu'il soit convaincu de l'imiocence de Lesunjues. C'est en elfet dans ce sens qu'il conclu formellement le jh décembre suivant.

11 estime que les quatre charges, les seules selon lut, qui puissent être relevées contre Lesurques, n'existenl, pas ou plus, et ses conclusions, si elles ont ie mérite d'être sincères, n'ont point celui de révéler une étude approfondie et judicieuse des dossiers, et de s'appuyer sur des prémisses d'une logique bien convaincante.

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