CONCLUSIONS
Nous concluons, d’après les termes mêmes du réquisitoire et en comparant successivement les renseignements fournis sur M. Goufïé Toussaint-Auguste, assassiné à Paris, le vendredi 26 juillet 1889, avec les résultats de l’autopsie du corps trouvé à Millery le 13 août 1889, qu’il y a identité absolue ainsi que le prouvent les constatations suivantes :
I. L'âge. — M. Gouffé avait 49 ans. Le corps examiné avait de 45 à 50 ans.
II. La taille. — M. Gouffé avait 1 m. 78. Sur le sujet examiné nous trouvons une taille de 1 m. 785 millim.
III. Corpulence et poids. — M. Gouffé pesait 80 kil. Le sujet examiné devait avoir le môme poids.
IV. Les cheveux et la barbe. — L’examen physique et micrographique montre qu’il y a identité complète entre les cheveux du cadavre et ceux trouvé sur la brosse de M. Gouffé.
V. La blessure du pied droit. — Tout jeune M. Gouffé a eu une blessure à la cheville du pied droit. Nos constatations nous permettent de dire que le sujet examiné avait eu entre trois et 8 ans une arthrite à la cheville du pied droit, arthrite qui avait déterminé une cicatrice à la.malléole interne et avait été accompagnée d’altérations osseuses de tout le pied.
VI. Hydarthrose du genou droit. — M. Gouffé avait été atteint d’hydarthrose du genou droit. Le sujet examiné présente des signes de la même affection.
VII. Différence de volume des deux membres inférieurs. — M. Gouffé avait la jambe droite plus faible que la gauche. Le sujet examiné avait une diminution de volume du membre inférieur droit, celui-ci présentait une circonférence notablement moindre que celle du côté gauche et l'atrophie devait être plus sensible à la jambe qu’à la cuisse.
VIII. M. Gouffé avait la goutte au pied droit. — Le sujet examiné avait en effet'le gros orteil du pied droit relevé et présentait les traces du rhumatisme chronique ou de la goutte. Nous ajoutons, comme conséquence des deux paragraphes précédents, que la grave lésion de l’articulation calcanéo-astragalienne dont il a été atteint pendant la première enfance, que les hydarthroses fréquentes du genou droit ont déterminé une difformité de la jambe et du pied droits accompagnée d'atrophie musculaire. Celte diminution très apparente du volume du membre remontant à la première enfance a dù être une cause d’exemption du service militaire.
IX. La dentition. — Il manquait à M. Gouffé une dent molaire. Nous trouvons une identité absolue entre les renseignements fournis sur ce point et les constatations que nous avons faites sur les maxillaires du sujet examiné.
X. Les mesures et la conformation de la tête. — La comparaison du diagramme de la tète de M. Gouffé et du diagramme pris avec le même instrument (conformateur) sur le crâne du sujet examiné fournit une nouvelle preuve d'identité,
XI. Conformation des bras , des mains et des pieds — Nos examens ont établi que le sujet .était droitier comme M. Gouffé, qu’il avait une main di’oite et un médius analogues à ceux de M. Gouffé, qu’en outre, les dimensions du pied droit et la lésion articulaire nécessitaient des chaussures identiques à celles de M. Gouffé.
XII. Examen des vêtements. — Les différentes parties du sque-
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lette, les longueurs des membres supérieurs ou inférieurs correspondent aux parties analogues des vêtements de Goufïe.
XIII. — Nous avons constaté au larynx des fractures du cartilage thyroïde qui, sans aucun doute, ont été faites pendant la vie.
Xiv Nous n’avons rien relevé de spécial sur les autres par¬
ties du squelette.
En résumé, nous affirmons que le corps trouvé à Millery est bien le corps de M. Gouffé.
Lyon, le 11 avril 1890.
A. Lacassagne
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