‹ L'affaire Gouffé... avec dessins, portraits et fac-similé, 4 planches hors texteChapitre 7 sur 18 · VIII. — La mort remontait à trois ou cinq semaines environ · texte numérisé non relu

VIII. — La mort remontait à trois ou cinq semaines environ

Lyon, le 9 septembre 1889.

D r Paul Bebnabd.

Rapport de MM. les D r ‘ P. Bernard et Lacassagne

Nôüs, soussignés, Paul Bernard, médecin aux rapports, et Jean-Alexandre-Eugène Lacassagne, professeur de médecine légale à la Faculté, médecin aux rapports, sur la réquisition de M. Vial juge d’instruction, en date du 12 novembre 1889, serment préalablement prêté, avons procédé le lendemain, à 9 heures du matin au laboratoire de médecine légale, à l’examen du corps d’un individu trouvé le 13 août à Millery et dont l’autopsie avait été faite par l’un de nous, M. le D r Paul Bernard.

Nous avons mission de relever tous les signes ou caractères qui pourront permettre d’établir l’identité de ce cadavre.

Nous avons procédé à cet examen, assistés de M. le D r Etienne Rollet et ,de M. F,-J. -S'-Cyr, préparateur de médecine légale, en présence de MM. Bérard, Goron, Jaumes.

: 1° Sur le couvercle du cercueil se trouve une plaque en zinc portant : N° 126, août 1889. Nous retrouvons dans le cercueil le chapeau de feutre qui y avait été déposé par le garçon du laboratoire lors de la première autopsie afin de faciliter la reconnaissance du cercueil en cas d’exhumation. •

La calotte crânienne est placée près de la tête avec deux compresses et bien que la putréfaction soit très avancée, le docteur Paul Bernard reconnaît d’une manière certaine le corps qu’il a examiné le 14 août précédent.

2* Les membres inférieurs sont presque complètement dépouillés de leurs parties molles: les pieds et les mains ne tiennent plus

que par des lambeaux. En rapprochant ainsi les diverses parties, nous obtenons une taille approximative de 1 m. 77. Une puanteur excessive s’exhale du cadavre; lès lavages répétés, pratiqués sur la tête, le tronc et les membres, ne font rien découvrir de particulier au point de vue de l’identité de l’individu. Il est vrai que la surface cutanée et les parties molles se transforment en adipoeire et qu’à- cause des-ouvertures spontanées ou pratiquées par le médecin lors de la première autopsie, on ne trouve pas à la surface de la peau des signes nets d’identité tels que nœvi, tatouages, cicatrices, etc.

, Nous examinons successivement la tête, le thorax et les membres.

3 " Tête. — Sur le cuir chevelu on trouve encore une certaine quantité de cheveux qui sont recueillis pour être soumis à un examen méthodique.

Les orbites sont vides; Des sourcils, il reste quelques poils assez longs réunis en touffe, près de l’angle externe de la cavité orbitaire.

Une grande partie de la barbe a disparu. D’un façon générale, il semble qu elle va augmentant de longueur à mesure qu’on se rapproche du menton, les poils sont de couleur variée. Quelques- 1 uns sont complètement noirs, d’autres châtain foncé, d’autres châtain clair ; quelques-uns même paraissent jaunâtres. Ces poils, diversement colorés sont mélangés sans disposition spéciale. Nous croyons que les poils châtains et jaunâtres l’emportent en nombre sur les noirs. Lors du premier examen, l’un de nous M. le D r P. Bernard, avait indiqué que les moustaches paraissent à peine. Nous constatons à notre tour l’absence de poils à la lèvre supérieure mais à cause de l’état de décomposition nous ne pouvons dire si ces poils ont été coupés ou s’ils ont disparu par la putréfaction.

Les mâchoires sont fortes; la dentition est bonne; elle est complète à la mâchoire inférieure où les incisives et, les canines sont noirâtres à leur face postérieure, ce qui semble indiquer que le sujet était un fumeur.

La mâchoire supérieure possède toutes ses dents sauf la première grosseunolaire droite . Les deux incisives médianes sont fortes, proéminentes d’une manière remarquable et particulièrement ébréchées à leur bord libre. On ne découvre rien autre de particulier dans la bouche.

4° Cou. — Le cou a été dépouillé de toutes ses parties molles sauf à la nuque. Parmi les débris, on retrouve le larynx qui présente une fracture symétrique à la base des deux cornes du cartilage thyroïde. Ce larynx est conservé et sera ultérieurement examiné : des crevés pratiqués sur la face postérieure du cou et en même temps sur les autres parties molles du corps ne font découvrir aucune ecchymose, aucune infiltration sanguine révélant une contusion quelconque. Il faut dire du reste que l’état de la putréfaction rend cette constatation à peu près impossible.

5° Thorax. — Le plastron thoracique est enlevé ; les organes internes, cœur, poumons sont réduits en une bouillie informe qui ne se prête à aucun examen. Nous rappelons que le docteur P. Bernard n’a signalé aucune particularité notable du côté de ces viscères. Sur les côtes, nous ne constatons pas de fractures ; celles-ci seront du reste l’objet d’un examen spécial après leur préparation.

6° Abdomen. — Le foie, la rate, les reins, la vessie,n’avaient rien présenté de particulier à noter et actuellement tous ces organes, y compris l'estomac, sont complètement putréfiés. Quant aux organes génitaux externes , ils n’existent plus. On recueille quelques poils du pubis pour les soumettre à un examen.

7° Membres supérieurs. — Ils sont en grande partie décharnés; quelques fragments ligamenteux relient les mains aux avant-bras: celles-ci paraissent longues. Malgré nos recherches nous ne retrouvons pas d’ongles. Les os du membres supérieur, humérus, radius, cubitus, sont dégarnis de ce qui leur reste de parties molles et soumis à des mensurations méthodiques dont il sera parlé dans un autre rapport.

. 8* Membres in fèrieurs. —Rien à noter au point de vue du volume ;

la putréfaction est telle qu'il est impossible de prendre des circonférences comparatives. Les articulations des genoux sont ouvertes ; nous remarquons que si la bourse articulaire gauche remonte jusqu’à cinq centimètres au-dessus des condyles fémoraux la bourse droite ne va que jusqu’à 3 centim. au-dessus des mêmes condyles.il résulte de ceci que la capacité de la bourse gauche est notablement supérieure à celle de droite ; cette augmentation de la bourse gauche ou cette diminution de la bourse droite ne peut être mise sur le compte de la putréfaction dont l’action s’exerce d’une façon lente et peu marquée sur les tissus de cet ordre. Nous aurons à étudier plus tard les causes de cette différence.

. 9° Pieds. — La putréfaction a dépouillé les pieds de toutes les parties molles qui les recouvraient. A la simple inspection on voit que l’astragale et le calcanéum du pied droit présentent une coloration foncée, brunâtre, différente de celle des os correspondants du pied gauche. Ces deux os montrent à droite des déformations considérables qui seront décrites plus tard.

Nous indiquerons dans un autre rapport les recherches qui seront faites sur le poids des os longs des membres inférieurs gauche et droit et les mensurations qui permettront d’indiquer très approximativement la taille du sujet.

Les constatations qui viennent d’être indiquées par cette exhumation sont déjà suffisantes et fournissent un ensemble de résultats capables d’indiquer l’identité du sujet.

Lyon, le 5 décembre 1889.

P. Bernard

A. Lacassagne

Second Rapport sur l’identité du cadavre de Gouffé

Par A. LAGASSAGNE

Je soussigné, J.-A.-E. Lacassagne, professeur de médecine légale à la Faculté, médecin-expert des tribunaux de Lyon.

Sur les réquisitions de M. Dopffer, juge d’instruction à Paris, en date du 19 décembre 1889 et 25 février .1890, ai procédé aux recherches suivantes, à l’effet de dire si le corps trouvé à Millery le 13 août 1889 et dont j'ai pratiqué l’autopsie est le corps du sieur Gouffé, qui a été assassiné à Paris, le vendredi 26 juillet 1889.

Le réquisitoire fournit les renseignements suivants : « Gouffé Toussaint-Augustin, huissier à Paris, est né à Dommartin, le 27 octobre 1840. — Sa taille est de l m 78. — Sa corpulence ordinaire, son poids de 80 kilog. environ. — Cheveux et barbe blondchâtain. — Tout jeune, à la suite d’une chûte, il a eu une blessure à la cheville du pied droit. — Il a été atteint d'hydarthrose du genou droit. — Il avait la jambe droite plus forte que la jambe gauche. — Il a été exempté du service militaire pour difformité de la jambe et du pied droits. — Il avait la goutte au pied droit. Il devait lui manquer une dent molaire. — Les mesures et la conformation de sa tête, de ses mains, de ses pieds, de ses vêtements et de ses chaussures sont indiquées dans la partie du dossier d’information que nous joignons à la présente commission rogatoire. — Les vêtements ont été envoyés ».

Pour répondre à ces questions, nous les traiterons successivement, et en autant de paragraphes distincts. C’est ainsi qu’après

au

avoir examiné : 1“ l’âge; 2“ la taille; 3° la corpulence et le poids; 4° les cheveux et la barbe; 5° la blessure du pied droit; 6° l’hydartbrose du genou droit; 7“ la différence de volume des deux membres inférieurs; 8" les accidents goutteux du pied droit; 9° les dents; 10“ la conformation de la tête; 11“ la conformation des mains et des pieds; 12° des vêtements; 13°l’état du larynx; 14° les autres parties du squelette, nous arriverons à un ensemble de données caractéristiques et permettant d’établir d’une façon certaine et indiscutable l’identité du cadavre trouvé à Millery et de montrer, sans aucun doute, que c’est bien celui de Gouffé, assassiné à Paris.

Pour chacune de ces questions, nous rappellerons les renseignements que nous avons recueillis et mettrons en regard nos constatations avec les déductions qu’elles comportent.

I. L’âge. — Gouffé étant né le 27 octobre 1840 avait, lors de sa disparition, bien près de 49 ans. Cependant, tous les rapports s’accordent à dire qu’il paraissait moins que son âge. De grande taille, bien de sa personne, il ne semblait pas malade, mais au contraire robuste et vigoureux.

Le cadavre de Millery, d’après M. le D r Paul Bernard, appartenait à un homme âgé de 35 à 45 ans. Les constatations que nous avons faites sur l’ossification du squelette, la soudure des pièces du sacrum et du coccyx, le commencement du travail de raréfication des alvéoles dentaires et la gingivite expulsive permettent bien, en effet, de dire qu’il avait de 45 à 50 ans. Ajoutons que la dentition était complète, sauf une molaire, que les cheveux étaient assez abondants excepté sur le sommet de la tête, et que nous n’avons trouvé que quelques cheveux blancs et pas de poils blancs. Cet ensemble concorde parfaitement avec ce qui vient d’être dit sur l’aspect extérieur de Gouffé.

IL La taille. — Elle était, nous dit le réquisitoire, de 1"78, mesure donnée aussi par M“° Jeanne Gouffé, M. le D r Paul Bernard a trouvé au cadavre de Millery 1“75.

Nous avons cherché à connaître cette taille à l’aide de mensu-

rations prises sur les os longs des membres encore frais, c’est-àdire les premiers jours de l’exhumation.

Nous nous sommes servi pour cela des procédés indiqués dans la thèse de notre élève, M. le D r Etienne Rollet : De la mensuration des os longs des membres, dans ses rapports avec l’anthropologie , la clinique et la médecine judiciaire.

(Travail du laboratoire de médecine légale de Lyon, 1889. Lyon- Storck édit.).

Les os des membres supérieurs ont les longueurs suivantes :

Droit

Gauche

Moyenne

Humérus....

Radius.

Cubitus.

a) . — Or. nous trouvons dans le tableau XXXII de la thèse sus indiquée qu’à

Un jhumérus de 35,2 correspond une taille de 1"80 Un radius de 25,3 « « 1”76

Un cubitus de 26,9 « « 1"74

La moyenne de ces trois tailles donne 1“77

b) . — Le quatrième procédé indiqué dans la même tbèse pour reconstituer la taille à l’aide du rapport moyen des os donne :

Pour l’humérus une taille de 1”81 Pour le radius « 1“74

Pour le cubitus « l m 71

La moyenne de ces trois tailles est de 1"75

c) . — Le cinquième procédé donne pour les mêmes os :

Humérus. 1“80

Radius. 1“74

Cubitus. 1"71

Moyenne..... l m 75

L’AFFAIRE GOüFFÉ

En résumé, par les moyennes précédentes, la taille donnée par les os longs des membres supérieurs est de l m 76.

Faisons le même travail pour les os longs des membres inférieurs. Ces os ont les longueurs suivantes :

Droit Gauche Moyenne

Fémur. 48,4 48,3 48,35

Tibia. 41,7 41,3 41,5

Péroné. 40,6 40,6 40,6

Or, des calculs analogues aux précédents donnent pour ces différents os les tailles suivantes :

a'). — à un fémur de 48,35 correspond une taille dé l m 79 à un tibia de 41,5 au-dessus de l m 80

à un péroné de 40,6 au-dessus de l n 80

Moyenne égale,. l m 795

Donc le sujet devait avoir les membres inférieurs très longs, surtout les jambes.

b'). — Le quatrième procédé donne :

Pour un fémur de 48,35 une taille de 1-77

Pour un tibia de 41,5 « l m 88

Pour un péroné de 40,6 « 1"86

Moyenne égale.*. 1-83

c'). — Le cinquième procédé donne :

Pour un fémur de 48,35 une taille de 1“77

Pour un tibia de 41,5 « l m 88

Pour un péroné de 40,6 « 4“86

Moyenne.. 1“83

En résumé, la taille donnée par les moyennes précédentes est de 1-81.

Donc les membres supérieurs nous fournissant une taille moyenne de 1”76 et les membres inférieurs une taille de l”8i ; nous avons, en dernière analyse, une moyenne générale de 1,76 * 1,81 soit 1”785. Nous croyons que ce dernier chiffre obtenu par la juste appréciation des membres supérieurs et inférieurs donne très approximativement la taille du sujet dont nous avons fait l’autopsie G’est, on le voit, à 5 millimètres près, la taille indiquée pour Gouffé, et on sait qu’il est absolument impossible, même en mesurant deux fois le même sujet, d’arriver à des mensurations identiques, l’écart pouvant être parfois de plusieurs centimètres.

III. Corpulence et poids. — D’après les renseignements recueillis, le poids de Gouffé serait de 80 kilog. M. le D r Paul Bernard, en pesant le cadavre de Millery, trouva seulement 75 kilog. Mais il faut se rappeler que le sujet avait été exposé pendant plus de quinze jours aux influences atmosphériques.

L’évaporation et la putréfaction avaient fait disparaître une partie des liquides de l’organisme et occasionné la fonte plus ou moins avancée des tissus. La putréfaction, notamment, était très marquée, vu la température élevée de la fin de juillet et de la première quinzaine d’août 1889. Il résulte de ces considérations qu'au moment de la mort, le poids était plus considérable qu a l’époque où fut pratiquée l’autopsie, d'autant plus que certaines parties osseuses des pieds et des mains étaient alors absentes. En tenant compte de ces causes modificatrices, on est en droit d’estimer que le cadavre de Millery devait peser primitivement 5 kilog. de plus, c’est-à-dire 80 kilog., poids de Gouffé.

Le dossier ue nous donne aucun détail sur la musculature générale de Gouffé. Il était grand et mince, d’embonpoint très modéré, dit M. le D r Hervieux. En effet : « Mon père avait une grosseur ordinaire », dit M 1!e Gouffé.

Le cadavre présente une ossature forte et, étant donnée la taille de 1 mètre 78, s’il avait appartenu à un homme possédant de l’embonpoint, son poids aurait été de beaucoup supérieur à 80 kilog. Nous pouvons donc dire dès à présent que le cadavre

trouvé à Millery était celui d’un homme grand et mince, à ossature forte, du poids de 80 kilog. Toutes ces données concordent avec ce que l’on sait sur l’état physique de l’huissier Gouffé.

IV. Les cheveux et la barbe. — M. Protat Paul, coiffeur, fournit les renseignements suivants sur la barbe et les cheveux de Gouffé : « Il portait les cheveux courts, la plus grande longueur devait être de trois à quatre centimètres environ. Il avait les sourcils assez fournis ».

M. le D r Paul Bernard s’exprime ( ainsi dans son rapport : « Les cheveux sont noirs, bien fournis, d’une longueur de dix à douze centimètres au vertex et irrégulièrement coupés surtout en arrière;

calvitie frontale et pariétale. .Cet individu porte la barbe en

collier. Elle est peu longue et clair semée. La couleur est châtain clair, les moustaches paraissent à peine ».

Dans notre rapport nous avons noté qu’il existait encore, le 17 novembre, une certaine quantité de cheveux et nous faisions remarquer à propos des sourcils et de la barbe que les sourcils étaient plus.touffus au côté externe de la cavité orbitaire; que la barbe avait en partie disparu et que les poils augmentaient de longueur à mesure qu’on se rapprochait du menton. Ces poils étaient de couleur variée. Les poils châtains l’emportaient cependant en nombre sur les noirs. Nous avons même fait remarquer qu’il était impossible de dire si l’absence de poils à la lèvre supérieure tenait ou à ce que ces poils avaient été coupés ou à ce qu’ils étaient tombés par suite de la putréfaction de la peau.

Il nous a été remis des cheveux pris sur la brosse appartenant à M. Gouffé et nous avons comparé ces cheveux à ceux que nous avions trouvés sur le cadavre. La comparaison a porté : 1° sur la coloration; 2“ sur la longueur; 3° sur l’épaisseur.

a) Coloration. — Les cheveux recueillis sur le cadavre et qui, réunis en pinceau par du putrilage, paraissaient châtain foncé ou même noirs, sont, lorsqu’on les soumet à des lavages répétés et lorsqu'ils sont dégraissés, châtains comme ceux de la brosse de Gouffé.

Ces deux sortes de cheveux étant rapprochées, il est impossible de distinguer leur origine. Une mèche prise sur le cadavre paraît correspondre au N° 36 de l’échelle chromatique de Broca.

b). Longueur. — Nous avons mesuré 30 cheveux pris au hasard sur la tête et sur la brosse et nous avons trouvé :

Nombre de cheveux au-dessus de 6 centim.

Tête

Brosse

En résumé, comme il fallait s’y attendre, les cheveux de la tête sont manifestement plus longs que ceux de la brosse. Ces derniers étant constitués par des cheveux grêles, minces et dont la chute a été provoquée par une vitalité moindre.

e). Épaisseur. — Nous avons examiné au microscope les cheveux du cadavre et de la brosse et les poils de la barbe. Pour les cheveux de la brosse, nous avons, avec un objectif 6 et un oculaire 2 de Vérick, trouvé aux cheveux de la brosse des*diamètres de 13, 17, 12,13, 14;

Cheveux de la tête : 9,16, 12,12,14;

Poils de la barbe, noirs : 34, 24, 32, 35;

» » chatain foncé ; 36, 32;

» » chatain clair : 40, 32 ;

» » chatain très clair : 30, 30.

Ajoutons que ces poils;ou cheveux ont une largeur à peu près uniforme sur toute la longueur de la tige et qu’ils ne présentent pas de pointe. En résumé, par la coloration et la longueur, il y a identité complète entre les cheveux du cadavre et ceux de la brosse. L’examen micrographique montre que les diamètres sont aussi les mêmes.

Teinture. Examen chimique. — Nous avons pensé qu’il pouvait être utile de savoir si le sujet examiné sur lequel nous avons recueilli un certain nombre de mèches de cheveux, ne faisait pas usage d’une teinture quelconque.

Voici les résultats auxquels nous sommes arrivés avec M. le D r Hugounenq, professeur agrégé de la Faculté de Lyon.

Un échantillon a été traité par l’acide azotique concentré et bouillant; il s’y est dissous sans difficulté. La liqueur jaune neutralisée par l’ammoniaque et additionnée de sulfure ammoniaque n’a pas donné trace de précipité ou de coloration noire, ce qui exclut la présence du cuivre, du mercure, du plomb et du bismuth ; or, toutes les teintures commerciales ont pour base l’un ou plusieurs des métaux précédents. La recherche de l’argent a été faite tout spécialement en s’aidant de là réaction si sensible des chlorures : la liqueur n’a pas accusé le moindre louche.

On peut conclure que les cheveux examinés ne renferment pas actuellement un des métaux qui entrent dans la composition des teintures les plus employées.

5° La blessure du pied droit. —- M. Goufïé père dit : « Â l’âge de deux ans, mon fils a fait Une chute en roulant sur un tas de pommes, sans cependant qu’il y ait de fracture ni de plaie. Il en était résulté une faiblesse d’une jambe, je ne sais plus laquelle, qui a même motivé plus tard la réforme devant le Conseil de révision. Un médecin, mort depuis, l’a soigné pour cette chute. Je me rappelle qu’à partir du genou, jusqu’au bout du pied, le membre était beaucoup plus mincè que l'autre ».

Louise Desjardins, veuve Dominique, rapporte ceci : « Quand il avait une dizaine d’années, il boitait légèrement du côté gauche... En marchant, tout’en cherchant à déguiser son infirmité, on voyait bien qu’il avait une faiblesse dans la jambe et qu’il jetait le membre en dehors ».

Un jour que l’on parlait en famille de la maladie que son père avait à une jambe et qui ne guérissait pas, M. Goufïé a levé son pantalon jusqu’au genou et baissé sa chaussette et « j’ai vu que

toute cette partie de la jambe était très minee, surtout entre le mollet et la cheville ».

Parmi les renseignements fournis sur les antécédents pathologiques de M. Gouffé, nous trouvons d’abord une lettre de M. le D r J. Guillaud d’Aix, qui, dans une courte note datée du 6 août 1888, avait remarqué : « L’année passée, attaque de goutte; cette année, nouvelle attaque, toujours à droite ».

M IIe Gouffé Jeanne-Marie-Augustine dit de son côté : « Mon père avait eu une attaque de rhumatisme goutteux aux doigts du pied droit,».

M. le D r Hervieux fut étonné du faible volume du membre inférieur droit relativement au gauche. « J’interrogeai alors M. Gouffé sur la cause de ce dépérissement du membre inférieur droit, dépérissement qu’il m’était impossible d’attribuer à l’hydarthose actuelle puisqu’elle était toute récente. Il me répondit que cet amaigrissement remontait à la première enfance et même à une époque dont il n’avait pas conservé le souvenir. Je fus profondément surpris de cette origine si éloignée, comprenant malaisément pourquoi le développement musculaire du membre n’avait pas suivi exactement son développement osseux, puisque les deux membres étaient de même longueur. Dans l’état de santé, M. Gouffé traînait un peu la jambe, mais ne boitait pas.

L’examen du membre me révéla, à l’époque de la seconde hydarthrose, l'existence d’une cicatrice siégeant au-dessous de la malléole interne du côté droit. Gette cicatrice témoignait d’une lésion ancienne de la partie correspondante du pied, lésion qui a dû être assez profonde et d’une durée assez longue pour amener un amaigrissement considérable et persistant de la totalité du membre inférieur droit. En 1887, c’est-à-dire deux ans après l’apparition de l’hydarthrose du genou, le cou-de-pied droit devient le siège d’une tuméfaction rhumatismo-goutteuse, et c’est dans ce cas que l’élément goutteux s’ affir ma par le transfert au gros orteil correspondant de la tuméfaction du cou-de-pied. En résumé, de toutes les circonstances qui pourraient être invoquées pour établir l’identité du corps de M. Gouffé, aucune ne me semblerait plus probante

que la réunion sur un même sujet de ces deux apparences cadavériques : l’atrophie du membre inférieur droit comparée au volume du membre inférieur gauche et la cicatricë siégeant audessous de la malléole interne du côté droit ».

Le cordonnier, Millery François-Louis, dépose que « M. Gouffé avait la goutte au pied droit. L’orteil du pied droit se relevait en marchant. M. Gouffé demandait que le bout de sa chaussure fût tenu très surélevé. Talon large et plat, cuir très souple. M. Gouffé m’avait dit qu’il avait eu mal à la jambe droite et qu’elle était plus faible. Il avait aussi la cheville droite un peu déviée ».

Ces différents renseignements sur la personne de M. Gouffé nous seront utiles dans la comparaison que nous en ferons avec ceux qui résultent de l’examen cadavérique.

Comme M. le D r Hervieux, nous pensons qu’au point de vue de la reconstitution de l’identité de Gouffé, la cicatrice sous-malléolaire et la différence de volume des deux membres inférieurs sont d’une importance capitale.

Cette cicatrice n’a pas été et ne pouvait que difficilement être vue par M. le D r Paul Bernard, la putréfaction du corps étant trop avancée pour en permettre la constatation. De même pour la différence de volume des membres inférieui's. Cette inégalité qui, sur le vivant, aurait immédiatement frappé les yeux, passait inaperçue lorsque la peau était modifiée par les gaz de putréfaction. Il ne fallait pas, bien entendu, songer à faire ces constatations lors de l’exhumation du 13 novembre, la plus grande portion des parties molles ayant disparu aux membres inférieurs.

Mais il nous restait un témoin plus sûr encore et plus durable que les lésions pathologiques de la peau ou l’atrophie des muscles : c'était le système osseux. Nul n’ignore, en effet, qu’il résiste aux actions destructives de la putréfaction et qu’il reste, durant de longues années, avec les mêmes apparences qu’au moment de la mort. Or, si la cicatrice sous-malléolaire avait disparu, la lésion osseuse, produite en même temps qu’elle, restait. Si l'atrophie des masses musculaires du membre inférieur droit ne pouvait être directement constatée, nous avions sous les yeux l’atrophie osseuse

concomitante du même membre, atrophie caractérisée par une diminution de poids des différents os de ce membre. Cette atrophie osseuse, du reste, nous donnera des indications précises sur l’atrophie musculaire, car, comme nous le montrerons, les insertions des muscles sur les os de ce membre présentent des surfaces beaucoup moins étendues qu’à gauche.

Dans notre premier rapport sur l'exhumation du 13 novembre 1889, nous disions, alors que la préparation des os du pied droit n’était pas encore faite et qu’ils n’avaient subi aucune macération, ce qui nous empêchait d’en faire, sur le moment, un examen approfondi : « La putréfaction a dépouillé les pieds de toutes les parties molles qui les recouvraient. A la simple inspection, on voit que l’astragale et le calcanéum du pied droit ont une coloration foncée, brunâtre, toute différente de celle des os correspondants du pied gauche. Ces deux os présentent à droite des déformations considérables au niveau de leurs surfaces articulaires. Ces surfaces sont grenues, rugueuses, bosselées et privées du poli spécial aux surfaces articulaires normales ».

L’étude plus attentive que nous avons faite dans la suite sur les os du pied nous a permis de bien caractériser les lésions et les déformations qu’ils présentent. M. le D r Mondan, chef du laboratoire de M. le professeur Ollier, nous a prêté le concours de sa compétence spéciale sur les affections osseuses.

Calcanêums. — A l’examen du calcanéum droit, ce qui frappe surtout, c'est le degré d’atrophie générale qui se traduit par un arrêt d’accroissement en longueur. Si on compare cet os à celui du côté sain, on voit qu’il présente les différences de longueur suivantes :

a). — Du point le plus proéminent de la grosse apophyse au bord vif de la surface articulaire calcanéo cuboïdienne, on trouve :

Côté sain. 81 millim.

Côté malade.... 73,5

ô). — Du rebord de la grosse apophyse, en haut, au sommet de la surface articulaire calcanéo-cuboïdienne :

Côté sain... 81 millim.

Côté malade.... 72 »

.Cet arrêt d’accroissement en longueur porte particulièrement: sur la partie postérieure de l’os, sur la grosse apophyse.

c) — Epaisseur de la grosse apophyse :

. • • Côté sain.. 41 millim.

Côté malade- 38,5

Si llon fait abstraction des déformations qui portent sur les : saillies'normales de l’os, saillies moins épaisses, à droite, mais plus proéminentes et séparées par des gouttières plus profondes, l’atrophie générale éclate d’une façon très manifeste.

La surface articulaire calcanéo-cuboïdienne est un peu rétrécie . dans toutes ses dimensions. La grande surface articulaire astragalo-calcanéerme n’existe plus. Elle est remplacée par une profonde gouttière obliquement dirigée en dedans et en avant et qui empiète sur la grande échancrure pour aboutir à 10 ou 11 millimètres du rebord antérieur de la surface calcanéo-cuboïdienne. — En largeur,cette gouttière occupe toute la surface qui comprend normalement la grande surface articulaire et la gouttière cal,canéenne. Elle aboutit, par conséquent, au rebord de la petite surface astragalienne. Il n’y a plus trace de cartilage articulaire La surface osseuse est irrégulière, creusée de petits sillons et parsemée de petites saillies avec trous vasculaires nombreux. Tout le rebord de cette grande échancrure est saillant, irrégulier, formé de petites crêtes et de petites dépressions que l'on remarque surtout en arrière. Cette grande échancrure devait évidemment donner insertion à des trousseaux ligamenteux qui unissaient cette portion de l’os à la pai’tie antérieure, de l’astragale. (Ankylosé astragalo-calcanéenne postérieure).

La surface supérieure de la grosse apophyse jusqu’au rebord postérieur mesure :

Côté sain. 28 millim.

Côté malade.... 21 »

Ceci tient à ce que les altérations qui se trouvent dans la grande cavité dont nous avons parlé ont envahi l’os surtout en haut et en arrière. La petite apophyse est relativement peu déformée à sa face inférieure ; elle présente cependant des ostéophvtes qui se prolongent surtout en arrière. — Quant à la petite surface articulaire qui la surmonte, au lieu d’être régulièrement ovalaire, comme sur l'os normal, elle est beaucoup plus allongée.

Calcanèums (Poids) :

Gauche Droit

115 gr. 90 gr.

Astragales. — Comme le calcanéum, l’astragale droit est très atrophié et très déformé.

a) Si on ne tient pas compte d’une saillie ostéophvtique considérable qui existe en arrière, et si on mesure du fond de la gouttière du fléchisseur propre du gros orteil au point le plus saillant de la tête de l’astragale, on trouve :

Côté sain. 59 millim.

Côté malade.,,.. 54,5,

b) . Epaisseur de la petite tète :

Côté sain. 35 millim.

Côté malade- 32 »

e). Largeur delà poulie :

Côté sain. 33 millim.

Côté malade.... 30 »

d). Dimension antéro-postérieure de la poulie .

Côté sain. 35 millim.

Côté malade... • 32 »

La surface articulaire de la petite tête de Fastragale est manifestement plus petite. La convexité est sensiblement normale, mais à la partie inférieure, la saillie qui la divise est remplacée par une petite gouttière profonde à la suite de laquelle on trouve une surface plus grande qu’à l’état normal, dans tous les sens, surtout en largeur.

La grande surface articulaire postérieure calcanéo-astragalienne n’existe plus et à sa place on voit une large saillie transversale destinée à s’accommoder à la grande échancrure signalée sur le calcanéum.

Il n’y a pas de grande échancrure astragalienne : elle est recouverte par la surface articulaire antérieure agrandie et, entre cette surface, qui est sous forme de plateau, et le corps de l'os, on remarque un petit canal qui va d’un côté à l’autre de l’astragale. Toutes ces déformations ont au plus haut point le caractère d’ostéophytes, c’est-à-dire de productions osseuses purement périostiques. La grande poulie astragalienne est déformée; au lieu d’être quadrilatère, elle est presque triangulaire, beaucoup plus droite en dedans qu’en dehors. La dépression normale antéro-postérieure est plus accentuée. La portion qui s’articule avec la malléole interne est plus étendue antéro-postérieurement que du côté sain ; la portion qui s’articule avec la malléole externe est manifestement plus petite.

Si on place les deux os en position normale sur une table, on voit que tandis-que du côté sain l’astragale peut très bien rester en équilibre sur le calcanéum, du côté du pied malade l’équilibre est impossible et que la grande poulie regarde manifestement plus en dehors que du côté gauche. Si on abandonne les os à euxmêmes, l’astragale tombe toujours en dedans.

Gauche Droit

Astragales (Poids) : 65 gr. 55 gr.

Cuboïdes. — Le gauche pèse 11 gr. ; le droit n’en pèse que 9.

L’AFFAIRE GOUFFÉ 4g

Cet os ne présente pas de déformation spéciale, mais, d’une façon générale, le droit est sensiblement plus petit que le gauche. Les différences sont surtout appréciables sur les surfaces articulaires qui sont toutes diminuées dans leurs dimensions. Au point de vue de la longueur, l’appréciation exacte sur un os aussi irrégulier est à peu près impossible, mais la différence est évidente. 1

Scaphoïdes. — Le gauche pèse 10 gr. ; le droit 9 gr. — Les réflexions précédentes s’appliquent à cet os et on remarque de nouveau qu’il y a pour le droit une réduction de tous les diamètres.

Premiers cunéiformes. — Mêmes remarques. Le gauche pèse 10 gr. ; le droit pèse 8 gr.

Deuxièmes cunéiformes. — Le gauche pèse 3 gr.- le droit pèse 2 gr.

Troisièmes cunéiformes. — Le gauche pèse 5 gr. ; le droit pèse 5 gr. 1.

L’atrophie générale est surtout marquée sur le deuxième cunéiforme et porte sur l’épaisseur (le gauche a 33““; le droit 21,5).

, En résumé, on voit que la maladie a frappé non seulement l’articulation du pied avec la jambe, mais aussi toutes les articulations qui constituent le tarse. .

Nous allons voir qu’il en est ainsi pour les métatarsiens.

Métatarsiens. — D’une façon générale, tous ceux du côté droit sont atrophiés.

Premier métatarsien — Poids : (gauche, 17 gr.; dioit, 14 gr).

Longueur ; (gauche, 68““ 5; droit, 67“”5.

La surface articulaire postérieure est beaucoup moins haute à droite, mais non déformée. La surface articulaire antérieure présente au contraire une saillie médiane plus marquée et suitout un rebord saillant, comme coupant, tout à fait caractéristique.

Le tableau suivant indique les poids et longueurs des cinq

métatarsiens 1

i G. — 17 gr.

!«■» Métatarsiens.

— Poids ..

Longueurs.i

{ D. — 14 gr.

t G. — 7 gr.

2 e * Métatarsiens.

— Poids ..

‘1 D. - 6 gr.

Longueurs.!

j G - 7 gr.

3 es Métatarsiens.

— Poids..

Longueurs. |

( G. - 6 gr.

4 e * Métatarsiens.

— Poids..

"1 D. — 5 gr

Longueurs.!

f G. — 7 gr.

5 e6 Métatarsiens.

— Poids .

Longueurs. <

D. — 5 gr.

A part l'atrophie générale, comme celle dont nous venons de parler, il n’y a aucune remarque à faire.

Premières phalanges .— La première phalange du gros orteil droit est évidemment plus volumineuse et plus longue que celle du côté gauche.

(G. — 4gr.6Q (G. —41-/-

Poids 5 Longueurs.)

C D. — 6 gr. 25 < D. - 43 »

La surface articulaire antérieure ne présénte pas de différence. Quant à la postérieure, elle est plus large en tous sens, moins excavée, et elle offre un rebord saillant, aigu, pour se mouler exactement sur la surface correspondante du premier métatarsien. Dans ces conditions, l’axe est déplacé et cette phalange est dirigée en haut. Nous trouvons ainsi la confirmation des constatations faites par le cordonnier de Gouffé qui a déclaré que le premier orteil du pied droit était relevé, aussi M. Gouffé demandait-il que le bout de sa chaussure fût tenu très surélevé.

Le tableau suivant résume les résultats que nous avons donnés dans les pages précédentes sur les différences de poids et de longueur des os du pied droit et du pied gauche.

Le tableau précédent se résume d’ailleurs ainsi au point du du poids.

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