‹ L'affaire Gouffé... avec dessins, portraits et fac-similé, 4 planches hors texteChapitre 8 sur 18 · PIED GAUCHE · texte numérisé non relu

PIED GAUCHE

Différence]

! Poids total des os du

Excès de poids des os du

A quel âge est survenue cette lésion?

D’après l’arrêt d’accroissement et la configuration intérieure de l’os qui représente exactement l’architecture normale, mais avec des différences qui dépendent de l’atrophie, on peut présumer que les lésions que l’on constate sur l’astragale et le calcanéum ont dû se produire entre trois et huit ans. Sur la coupe des deux os, en effet, on voit que les travées osseuses ont sensiblement

la direction de celles d’un os normal. Mais les espaces médullaires qui les séparent sont agrandis et l'ensemble de la coupe présente assez exactement le schéma d’un os normal.

Sur la coupe du calcanéum sain on remarque, à l'extrémité antérieure, une surface un peu plus large qu'une pièce de cinquante centimes, où le tissu osseux perd son état de condensation et où l’on voit de grandes cavités médullaires. Cette disposition n’est pas pathologique. C’est simplement le début de la formation d’un canal médullaire rudimentaire qu’on trouve assez souvent chez les vieillards. Cet état d’ailleurs se traduit même chez les jeunes sujets par une apparence de médullisation qui siège habituellement toujours au même point, c’est-à-dire vers le tiers antérieur.

L’ensemble des lésions extérieures et des déformations semble indiquer qu’il s’agit de lésions tuberculeuses très anciennes. Ces lésions ont dû siéger primitivement dans le calcanéum, tant au niveau de l'articulation astragalo-calcanéenne postérieure, qu’au niveau de la région juxta-épiphysaire et en dedans. C’est dans ce dernier point particulièrement qu’on trouve deux cavités, déjà signalées, et qui peuvent passer pour des nids tuberculeux souspériostiques primitifs. C’est de la « tuberculose éteinte », nous disait M. le professeur Ollier à qui nous avons montré ces pièces.

La maladie a dû être longue, sans qu’il soit possible d’en préciser la durée. Il y avait très certainement une ankylosé astragalocalcanéenne fibreuse, mais ce n’est pas une raison pour que les mouvements d.u pied aient été, au point de vue fonctionne], notablement entravés, grâce au rétablissement de mobilité supplémentaire dans les autres articulations.

VI. Hydarthrose du genou droit. — M Ile Goufïé dit que son père avait eu deux hydarthroses du genou droit. C’est ce que confirment d’ailleurs les rapports des médecins qui l’ont soigné :

« Le 8 octobre 1885, dit M. le D r Hervieux, je fus appelé auprès de M. Goufïé pour le soigner d’une tuméfaction du genou droit, tuméfaction qui n’était autre chose qu’une hydarthrose rhumatis-

male... J’appris qu’il avait eu, vers l’âge de dix-sept à dix-huit ans, une bvdarthrose du même genou, hydarthrose pour laquelle un médecin mal inspiré avait proposé l’amputation. M. Velpeau consulté s’opposa à l’opération. L’hydarthrose guérit et le membre fut conservé.

.J’ai soigné M. Gouffé pour cette hydarthrose pendant deux

mois consécutifs (du 8 octobre au 5 décembre 1885), et ce n’est qu’après ces deux mois de séjour à la chambre, dans la position horizontale, que le malade put recommencer, mais par une progression très lentement croissante, à reprendre ses occupations ». Le D r Guilland, d’Aix-les-Bains, donne copie d’une note rédigée le 6 août 1888, dans laquelle il est dit : « Il y a trois ans, une hydarthrose du genou droit est survenue, à la suite d’un coup, qui a duré six semaines. En 1887, attaque de goutte. Cette année, nouvelle attaque, toujours à droite. M. Gouffé repartit d’Aix le 15 août ».

A l’autopsie nous avons remarqué que la bourse articulaire du genou droit était plus petite que celle du gauche. L’état de là putréfaction ne permettait pas de comparer les deux séreuses. Mais les altérations si manifestes que nous avons trouvées sur les surfaces articulaires du fémur et du tibia, ainsi qu’on le verra plus loin, surtout l’état de la rotule droite, nous permettent de dire que le cadavre que nous avons eu à examiner avait été atteint d’hvdarthroses fréquentes du genou droit. C’est donc encore une nouvelle preuve d’identité.

VII. Différence de volume des deux membres inférieurs. — M Ue Gouffé ne sait pas si son père avait la jambe droite plus faible que la gauche. « Je sais seulement qu’il avait la démarche un peu traînante ».

M. le D r Hervieux a donné de très importants renseignements sur ce point. « Le membre inférieur droit présentait, chez M. Gouffé, des particularités intéressantes sur lesquelles il importe d’insister.Je dois dire que ce qui me frappa lorsque je découvris

le membre malade, ce fut la différence de volume existant entre

L’AFFAIRE «OUFFÉ

le membre inférieur droit et celui du côté opposé, différence qui faisait ressortir plus manifestement encore le gonflement du genou droit. Je demandai sur le champ un centimètre et je constatai par la mensuration des deux membres, au mollet comme à la partie moyenne de la cuisse, que la différence de volume était de trois

centimètres au profit du membre inférieur gauche. » Et deux

mois plus tard, après la guérison de l’hydarthrose, M. Hervieux ajoute : « Je ne me rappelle pas avoir fait de nouveau la mensuration comparative des deux membres, mais ce que je puisafïirmer* c'est que le droit présentait une atrophie encore plus accerittuée à la fin de la maladie qu’au début ».

Lors de notre examen, le 13 novembre, la fonte putride était si marquée, qu’on ne pouvait songer à prendre des circonférences comparatives sur l’un et l’autre membre.

Nous avons pensé que la maladie articulaire dont nous venons de trouver des caractères si marqués pouvait avoir eu un retentissement sur la nutrition du système osseux du membre inférieur droit tout entier et nous avons mesuré et pesé successivement les fémurs, tibias, péronés droits et gauches, ruginés, c'est-à-dire débarrassés des parties molles et des cartilages.

Le fémur gauche pèse i50 gr. de plus que le droit.

Le tibia » » 70 gr. » »

Le péroné » » 20 gr. » »

Les os longs du membre inférieur gauche pèsent donc 240 gr. de plus que ceux du membre droit.

Ces différences considérables montrent que l’affection a commencé pendant la première enfance, qu’elle a atteint sérieusement la nutrition du côté droit, qu’il a dû y avoir atrophie musculaire et par conséquent diminution de volume du membre inférieur droit.

Nous allons en préciser la teneur en étudiant les différents os, comparant le côté malade au côté sain, recherchant surtout si nous ne trouvons pas dans leurs saillies, leurs surfaces, leurs longueurs ou épaisseurs, des preuves positives de l’atro-

L’AFFAIRE GOUFFÊ

phie musculaire. Nous aurons ainsi démontré que le sujet que nous avons eu à examiner avait certainement une diminution notable de volume du côté droit, diminution ayant tous les caractères que M. Hervieux a signalés sur le membre inférieur droit deGouffé.

Pour arriver à ces constatations, nous avons été obligé pendant plusieurs mois de faire macérer ces os afin de les débarrasser complètement des parties molles, puis de les désinfecter et de les faire sécher afin de les manier facilement. Nous avons alors constaté qu’ils présentaient les différences de poids et de longueur indiquées dans le tableau suivant :

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