LE MATÉRIEL ©E GUERRE
Salamine par les Alliés, contre le contrôle des Alliés sur les services publics, contre l'expulsion du personnel des légations de la Quadruple Alliance, et finalement contre les demandes de remise de matériel de guerre. Il terminait par cette phrase : « Je ne doute pas, Monsieur le Ministre, que vous m'offrirez, en ces circonstances pénibles, l'appui que je vous demande. » Le 28, un Conseil de la Couronne se réunit. On n'en publia pas les résultats ; toutefois les correspondants d'agences et de journaux étrangers télégraphièrent que le gouvernement persistait dans son refus.
Malgré tous ces signes défavorables, la confiance de l'amiral Dartige et du général Bousquier, attaché militaire de France, dans une solution amiable ne parut pas ébranlée. Le 29, l'amiral eut un assez long entretien avec le roi. Le 30, le général fut aussi reçu en audience par Constantin l^^. Au cours de ces conversations, l'un et l'autre se persuadèrent que le roi désirait seulement se faire forcer la main et qu'une simple manifestation extérieure de force permettrait d'obtenir tout ce qu'on avait demandé. Le roi aurait déclaré formellement que les troupes grecques n'opposeraient aucune résis-
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I^i6 l'affaire grecque
tance ; il aurait même fait donner cette assurance par écrit par le maréchal de la Cour. Dans la journée du 30, des bateaux portant des troupes françaises jetèrent l'ancre dans le port du Pirée. Elles avaient ordre de débarquer le lendemain matin et d'aller, sans canons ni convois de munitions et d'approvisionnements, occuper certaines positions et prendre livraison d'un matériel déterminé. L'expédition fut organisée comme un exercice de service en campagne en temps de paix, dans l'idée qu'elle ne rencontrerait aucune résistance. L'amiral Dartige exprimait à des correspondants de journaux « sa pleine conviction « que les canons seraient livrés sans que l'ordre public fût troublé. 11 ajoutait qu'il « n'avait nullement l'intention de recourir à la force ».
Cet optimisme n'était point partagé par les Athéniens, ni par les ministres alliés. Depuis la nuit du 29, les troupes de la garnison d'Athènes quittaient leurs casernes pour s'installer dans les environs, à Goudi et Cholandri notamment. En vertu d'un décret publié le 29, et autorisant les engagements volontaires, une mobilisation indirecte s'eiîectuait. Plus de 10.000 hommes « s'engageaient » le premier jour et étaient in-
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corporés aussitôt. Les instructions données aux autorités militaires leur prescrivaient de ne pas empêcher le débarquement des troupes alliées, mais de faire suivre chacun d'eux d'une force égale et de s'opposer à l'exécution des demandes de l'amiral Dartige. Les principaux édifices d'Athènes étaient occupés par des marins grecs. Témoins de ces préparatifs et d une multitude de petits incidents caractéristiques, les habitants de la capitale éprouvèrent l'impression qu'un conflit était inévitable. Les journaux en avertirent leurs lecteurs. Le Messager (V Athènes portant la date du 1^^ décembre, mais imprimé le 30 novembre, écrivait :
Toute» phrases' mises de côté, V Etat d' Athènes a procédé hier au premier acte d'hostilité contre V Entente. Il a commencé la mobilisation par le système des engagements i'olontaires, comme r Allemagne avait mis son armée sur le pied de guerre à la fin de juillet 1914 par le système des appels individuels. Un homme particulièrement compétent des milieux ententistes pouvait dire avec raison : « Nous avons chassé les ministres de r Alliance centrale, nous avons chassé les Aile-
mands, mais nous respectons l'organisation de l'Allemagne en Grèce. »
Et V Etat d'Athènes n'appelle pas seulement sous les drapeaux les hommes de la réserve. Il revêt de l'uniforme les épistrates, c'est-à-dire les facteurs de désordre par lesquels il a terrorisé le peuple — le peuple au nom duquel l'oligarchie allemande a commis tous ses crimes contre la Grèce. Il assaisonne de « sel attique » sa déclaration de guerre aux puissances protectrices.
L'idée dominante dans la plupart des milieux athéniens, l'idée proclamée par la garde prétorienne du royaume d'Athènes qu'on appelait naguère l'armée nationale, est que l'Entente ne voudra pas aggraver la situation dans laquelle elle se trouve en Orient par suite de la défaite roumaine en créant un nouveau front sur Iç territoire grec. C'est une idée que la politique de l'Entente en Grèce a entretenue et que des campagnes de presse, où des hommes comme Clemenceau oubliaient que les querelles de parti se répercutent en temps de guerre bien au delà des frontières d'un pays, ont enracinée.
Si l'Entente, par un geste convenable, avait enseigné à l'héroïque camarilla que sa colère vaut celle de V Allemagne, la Grèce ne serait pas au-