‹ L'affaire grecqueChapitre 12 sur 16 · LE MATÉRIEL DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE MATÉRIEL DE GUERRE

fourd'hui menée à bride abattue vers le gouffre. Elle se trouverait à son poste auprès des protectrices, et des milliers d'existences humaines auraient été épargnées, des milliers d'existences dont la perte est due uniquement au respect des puissances de l'Entente pour les personnes sacrées de leurs pires ennemis en Grèce.

Il y a deux ans qu'ils crient leur inimitié à la face de l'Entente. Le commandant en chef de l'armée navale alliée continue cependant à nous parler de bonnes intentions et de promesses loyales.

Les événements du 1^'^et du 2 décembre 1916.

LE jeudi 30 novembre, à six heures et demie de l'après-midi, l'amiral Dartige reçut la réponse officielle du gouvernement grec, élaborée après plusieurs Conseils de Cabinet successifs. C'était un refus. L'amiral n'en fut pas surpris puisqu'il croyait que Constantin I^^" voulfit se faire forcer la main par une démonstration de force militaire. En conséquence, dans la matinée du vendredi 1^^ décembre, plusieurs détachements français, équipés comme pour une promenade militaire, débarquèrent et s'avancèrent dans différentes directions. Ils ne tar-

LES 1^^ ï:T 2 DÉCEMBRE 151

dèrent pas à se heurter à des troupes retranchées aux abords des deux principales routes qui conduisent de la mer à Athènes. Les soldats grecs leur barrèrent le passage et ouvrirent le feu. Aussitôt les royalistes postés sur les emplacements préparés se mirent à tirer à coups de mitrailleuses non seulement sur les détachements alliés, mais encore sur les Français cantonnés au Zappeion et sur l'annexe de la légation d'Angleterre, centre de la police anglofrançaise. Les Franco-Anglais se défendirent vaillamment. Mais, pris par traîtrise, ils subirent des pertes cruelles tout en en infligeant de fortes à l'ennemi. Nous n'en ferons pas le compte ici. De même nous ne narrerons pas les péripéties de cette abominable journée (*). Nous nous bornerons à quelques constatations. Les Grecs, réservistes ou de l'armée active, prirent l'initiative du feu sans aucune provocation, avant même que les Alliés eussent tenté d'enlever un seul canon. Ils tirèrent sur des

(^) Voir un récit consciencieux et circonstancié des événements des 1^'' et 2 décembre dans^une lettre d'Athènes de M. Charles Frégier, publiée dans le Journal des Débats du 8 janvier 1917. V. aussi le récit de M. Léon Maccas paru dans la Revuç des Deux-Mondes du 1" mars 1917,

troupes cantonnées dans un édifice public et vaquant à de paisibles occupations. Ils fusillèrent par les fenêtres des Alliés réfugiés dans des bâtiments où ceux-ci, sur la parole d'officiers grecs, se croyaient en sûreté. Ils se comportèrent en hommes ayant reçu des ordres précis. Ils étaient postés de telle façon qu'il était presque impossible de riposter sans atteindre quelques-uns des monuments les plus célèbres d'Athènes. Ils avaient pris les environs immédiats de l'Acropole comme base d'opérations. Si la flotte embossée devant Salamine avait voulu détruire à coups d'obus les batteries ou les rassemblements grecs, elle risquait fort de faire sauter en même temps une partie du célèbre temple. Les marbres sacrés n'eussent-ils reçu que quelques égratignures de shrapnells, les Alliés n'en auraient pas moins été dénoncés au monde entier, surtout aux neutres hésitants, comme des barbares tombés au-dessous des Vandales et des Huns.

Faute de dispositions préalables et d'ordres au cours du drame, la grande flotte alliée resta presque inerte. Quelques obus seulement furent tirés sur le jardin du palais royal. La musique de la flotte, qui avait reçu la veille l'ordre de

Page 1