‹ L'affaire grecqueChapitre 2 sur 16 · CONSTANTIN ET LE VENIZÉLISME · texte numérisé non relu

CONSTANTIN ET LE VENIZÉLISME

n'était point courtisanerie de sa part ; à ce moment il était le maître incontesté de la Grèce. C'était dans l'intérêt d'une dynastie dont la solidité lui semblait nécessaire au maintien de l'ordre dans le pays.

Pendant les premiers temps du nouveau règne, l'opposition de tempérament et de tendances entre le ministre et le souverain ne provoqua pas de choc sérieux. M. Venizélos possédait au dedans et au dehors une autorité qui s'imposait même à ses ennemis. En moins de quatre ans, il avait transformé la Grèce anarchique et discréditée en un État ordonné, glorieux, prospère et d'une étendue double. Partout où il était allé à l'étranger, il avait donné l'impression d'un homme d'Etat. On admirait son jugement et l'on respectait son caractère. Il inspirait confiance. A l'intérieur, les anciens hégètes, si jaloux fussent-ils, devaient s'incliner devant le restaurateur de la patrie. Le parti libéral, créé par M. Venizélos à la suite de la révolution, ralliait l'immense majorité du pays. C'était une grande force et une grande nouveauté. Auparavant le royaume était divisé en fiefs relevant de familles ayant joué un rôle saillant dans la guerre de l'Indépendance (1821).

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Quoique l'Etat fut essentiellement démocra tique, il s'y était installé une sorte de féodalité. Une oligarchie gouvernait le pays. Elle n'avait ni programme, ni principes. Chaque clan avait son chef ; chaque chef voulait arriver au pouvoir afin de satisfaire sa clientèle et son amourpropre. Il s'établissait entre les chefs une sorte de roulement. Alternativement on se partageait les dépouilles. On votait des lois de circonstance et l'on confiait l'administration à un personnel choisi à l'image de l'hégète en fonctions. Seul peut-être M. Charilaos Tricoupis fit exception dans cet état- major de prébendes. M. Venizélos bouscula cet appareil pourri et constitua un véritable parti fondé sur les sentiments profonds du peuple et les intérêts permanents du pays.

Jusque-là le peuple avait subi le régime oligarchique en essayant d'en profiter. Mais il n'y était pas attaché. Ceux qui pouvaient aller chercher au dehors la fortune et la dignité n'y manquaient point. Il s'étabht ainsi dans les deux hémisphères, notamment en Egypte, en France et en Angleterre, de puissantes colonies helléniques dégoûtées du rotativisme et désireuses de parer l'HelIade d'un ordre et d'un

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