‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 10 sur 200 · Bibliothèque de Gen^'ve · texte numérisé non relu

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viniste, avec sa tête chaude de Méridional, son cœur intlammable, son imagination romanesque! Il est amoureux, batailleur, un peu snob^ redresseur de torts, et candide. Ami de tous les grands hommes qui passent à sa portée, il bourdonne autour des coches illustres avec une si parfaite sincérité d'admiration, qu'on lui pardonne ce travers. Il entretient une correspondance fabuleuse avec M""" Necker, pour laquelle il a eu un sentiment très tendre, avec Voltaire qu'il seconde dans sa campagne en faveur de Galas, avec Dupeyrou, Salomon Reverdit, Léonard Usteri : les grands, les moyens, les petits. Victime souvent de son zèle, il est bon, loyal, sincère, officieux, encombrant, étourdi, généreux, maladroit, et capable, pour servir ses amis, de petites ruses cousues de fil blanc qui semblent incompatibles avec la franchise de sa vraie nature, et vont à fins contraires. En somme, un de ces êtres qu'on trouverait presque ridicules, si leurs qualités de cœur ne les plaçaient au-dessus de la moyenne des hommes, — surtout au-dessus de celle des grands hommes.

Comme son collègue Vernes, Moultou a rencontré Rousseau en 1754. Leurs premières lettres sont perdues : pour nous, leur correspondance commence en 1758, après la Lettre à d Aleinhevt. Le diapason en est très monté : Moultou accepte le livre nouveau comme un manifeste qui doit séparer les Genevois en deux troupeaux, les brebis et les boucs, les honnêtes gens et les autres; et l'on voit pointer dans sa première lettre l'espèce de tolérance particulière à ceux qui la prêchent le plus volontiers,

le (( libéralisme » de ces sectaires qui revendiquent toutes les libertés sans accorder à personne celle de penser autrement qu'eux : « Votre livre est ici le signal de ralliement de tous les bons citoyens, l'opprobre et Tcllroi des méchants, et l'on peut juger maintenant de l'amour plus ou moins grand (pic chacun porte à la patrie par le degré d'estime qu'il donne à votre ouvrage ^ » Une tirade dans le goût du jour sur les anciennes mœurs et le véritable patriotisme achève de lemplir cette lettre, que Rousseau, si nous l'en croyons, lut et relut, en y trouvant môme « des traits dignes du sens de Tacite et du zèle deCaton- ». — Si la Lettre à d^Alemberf avait enOammé Moultou, en exaltant son patriotisme à la romaine, /a iVoi^ye//^ Hêloïse exalte son sens romanesque, et le pousse jusqu'au délire : l'épître qu'il adresse à Jean-Jacques est si boursouflée et déclamatoire-^, qu'elle aurait pu lui causer quelque malaise. Mais les mœurs du temps — et l'éternelle vanité des écrivains — supportaient un tel pathos. Au lieu de fuir une admiration si indiscrète, Rousseau l'accepte, s'en laisse flatter, devine peut-être en cet écervelé un être qui saura, à l'occasion, pousser très loin le dévouement. Du reste, il ne tarde guère à le mettre à l'épreuve. Pendant qu'il prépare la publication (YÉmile^ des doutes lui viennent sur la fidélité de ses libraires : pour la paix de son esprit, il cherche un ami sûr, à qui confier le manuscrit du morceau

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