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plus « avancée ». Vernes repond sur le même ton ou presque, avec moins de spontanéité pourtant : plus tlatlé peut-être de l'amitié d'un tel homme que capable de l'égaler, plus désireux de rendre à Jean-Jacques de menus services ou de le ramener à Genève que de lui vouer tout son cœur'. Pendant quelque temps, il n'en paraît pas moins son confident le plus intime : quand il perd sa jeune femme, Rousseau lui écrit la lettre la plus tendre, et c'est à lui seul qu'il découvre ses secrètes pensées. Leur amitié traversa, sans se ralentir, les phases un pou dangereuses où des attaques, encore dissimulées, commencèrent à menacer la popularité de Jean-Jacques. La publication de fHé/oïse ne la refroidit pas, bien que l'athéisme de Volmar tempérât légèrement l'admiration du jeune pasteur, qui venait de s'installer à la charmante cure de Céligny, où il espérait recevoir la visite de son illustre ami. Rousseau était susceptible : il ne prit pourtant pas ombrage des réserves de Vernes ; et la réponsequ'il lui fitparait comme épanouie d'amitié : '( ... Le cœur me rit, et il me semble que je me ranime au projet d'aller partager avec vous cette retraite charmante qui me tente encore plus pai' son habitant que par elle-même. Ohî si Dieu ratfermissoit assez ma santé pour me mettre en état d'entreprendre ce voyage, je ne mourrois point sans vous embrasser encore une fois-. » Une telle amitié
1. Qaelques-iines des lettres de Vernes à Rousseau ont été publiées parStreckeisen-Moultou, Jean-Jacques Rousseau, ses amis et ses ennemis, 2 vol. in-S", Paris, 18G3. t. 1, p. 127-13i.
■1. Corresp.. éd. Hachette, CCLXIX. (24 Juin 1164.)
semblait établie sur his roudeiiieiils les plus solides ; nous verrons qu'elle fut emportée [)ar l'orage.
La chaleur de cœur, qui manquait à Vernes, abondait au contraire en celui qui tut Tadmiiateur le plus fanatique, le zélateur le plus passionné, peut-être l'ami le plus lidèle de Housseau : PhuI Mou Itou '.
Français d origine, né à Montpellier en 1725, il a fait ses études de théologie à Genève, où il a présenté, en 1754, sa thèse Dr E pocha qua videnlur mlracula desiisse. L'année suivante, ayant obtenu les droits de bourgeoisie, il épouse une Genevoise, Marianne Cayla, intelligente, bien dotée. Son portrait, peint par Gardelle -, nous montre une figure pensive et distinguée, un beau front largeaient développé, des lèvres un peu fortes qui cependant ne détruisent pas l'impression de finesse presque aristocratique que dégage l'ensemble de la physionomie. Quel singulier homme, et surtout quel singulier pasteur! Gomme il est déplacé dans la Genève cal-
1. V. Streckeiseii-MouUou. hilroduction générale aux œuvrer et correspondances inédites de J.-J. Rousseau, in-8", Paris, 1861, et J.-J. Rousseau, ses amis et ses ennemis, avec une Introduction de M. J. Levallois et une appréciation critique de M. Sainte-Beuve, 2 vol. in-8°, id. 1865. Les lettres de Moultou à Rousseau sont publiés dans le tome I de cet ouvrage (p. 1-125). — Saint-René- Taillandier, la Suisse chrétienne et le XVIIt siècle, dans la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1862. — Ernest Naville, Œuvres inédites de J.-J. Rousseau, compte rendu dans la Bibliothèque universelle et Revue suisse d'a^vril et mai 1862. — Voltaire et Rousseau. par G. Mau^ras, in-8°, Paris, 1866. — Le Salon de M"''' Necfcer, par le comte d'Haussonville, 2 vol. in-18, Paris, 1900. — Notes sur Ai"» de Staël, par E. Ritler, broch. in-8°, Genève, 1899. — Le? ouvrables déjà cités de Sayous, do Desnoirestorres, etc.