‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 11 sur 200 · Amis et Enneinis, t. I, p · texte numérisé non relu

Amis et Enneinis, t. I, p

2. Corresp., éd. Hachette. CXCV Mo déc. 173s;. o. Amis et Ennemis^ t. 1, p. 7 et suiv.

capital, de celui dont il redoute le plus la falsification, la Profession de foi du Vicaire savoyard. C'est Moultou qu'il choisit pour dépositaire ^

On pourrait croire qu'un te! morceau inquiéterait la conscience d'un ministre, en un temps où la doctrine du libre examen n'avait pas encore conduit la théologie protestante au degré d'indépendance où nous la voyons aujourd'hui. Mais Moultou, qui devait bientôt abandonner le saint ministèi'e, était tout près de penser sur le dogme aussi librement que son maître. Aussi admire-t-il la « profession de foi » sans restriction ni réserves : si ses opinions « ne sont pas tout à fait les mêmes » sur la révélation, « elles ne sont pas non plus fort opposées » ; si quelque chose le trouble, ce sont « les suites » — c'est-à-dire les etfets matériels ou légaux que peut avoir la publication d'un tel ouvrage. — C'est à partir de ce moment que. sur la proposition de Rousseau, le « monsieur » disparaît de leur correspondance. Moultou le remplacera le plus souvent par la formule u mon cher concitoyen». Il est prêt a suivre son guide partout où celui-ci voudra bien le conduire.

Plus jeune que Moultou, Antoine-Jacques Roustan n'est pas moins ardent^. Personne ne le pré-

1. Corresp., éd. Hachette, CCCV (23 déc. 1761). — Voir la note de Dupeyrou : cette lettre ne l'ut pas envoyée au destinataire, mais ioien le manuscrit qu'elle devait accompao:ner.

'2. Né en n34-, lîls d'un cordonnier français établi à Genève, régent de la quatrième classe, puis, à partir de 1164, pasteur de l'Eglise helvétique à Londres. — V. Senebier, Hisf. litt. de Genève, m, p. 59-fiO. — Sayous, le XVJII" sièrie o Vpfvnnnpr. 1, p 37i-70. — nossrl. Uisf. Iitt.,U, p. 136-138, etc.

sente à Rousseau : il se présente lui-même, étant encore étudiant en théolo^ne, par une lettre du 5 mars 1757 dont il accompaf]jne l'envoi d'nn po{>me. Le poème, intitulé Portrait des Nations^ est détestable. C'est le récit d'un voyap^e supposé à travers tous les pays du monde, parmi des [)euples dont les caractères sont décrits sommairement, et qui ont en commun celui de n'être jamais heureux :

' ... J'ai vu des peuples fous, brillants, vains, studieux, ïv.n ai vu de cruels, de superstitieux, J'ai vu des peuples rois et des peuples esclaves, Des pays florissants, des nations de braves. Mais parmi tant d'Etats, ton ami consterné A cherché vainement un peuple fortuné'.

Quant à la lettre, c'est un cri d'enthousiasme, un acte de dévotion. L'étudiant recourt à sa fraîche érudition biblique pour exprimer la ferveur de ses sentiments : « Parmi les Hébreux, s'écrie-t-il, on donnait aux disciples des prophètes le nom de leurs fils, supposant que ceux-là étaient plus pères qui enseignaient à bien vivre que ceux mêmes qui avaient donné la vie ; or, en ce sens, Monsieur, il n'est personne au monde qui puisse avec plus de justice prétendre au nom de votre fils que moi, heureux si la pratique répond à ma foi et me sert de preuve que je tiens mon âme de vous 2. » Rousseau ayant obligeamment répondu, le ton monte encore : « Je vous vénère, je vous aime, pardonnez-moi le terme, je vous chéris de toute mon âme'^. » Bientôt

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