Mss. de Xeuchàtel
minent ensemble Tédit, ne parviennent pas a se mettre d'accord sur sa juste interprétation, discutent, se fâchent, s'injurient. C'est que Binet, tout à son idée fixe, ne songe qu'à la légalité de la mesure : le Petit Conseil a-t-il respecté la légalité en condamnant Jean-Jacques? Si oui, il n'y a rien à lui reprocher; sinon, il s'est mis dans son tort, et les citoyens doivent protester, puisque chacun d'entre eux peut être à son tour victime d'un tel arbitraire. Tout autre est le point de vue des défenseurs de Rousseau. Eux aussi invoquent la légalité. Mais, en réalité, elle n'est pour eux qu'un prétexte, dont ils usent pour voiler le mouvement offensif et révolutionnaire qu'ils s'efforcent de provoquer : les faits l'ont démontré avec une telle évidence, qu'on peut l'affirmer sans encourir le reproche de leur instruire après coup un procès de tendances. A la date où nous sommes, ils n'avaient point encore découvert leurs batteries, et leurs positions étaient excellentes. Mais celui d'entre eux que consulta Binet laissa percer ses arrière-pensées : en sorte que l'horloger des Quatre-Cantons, qui semblait prêt à marcher avec eux, leur tourna le dos. Non sans regrets, d'ailleurs : nous le voyons encore engager une correspondance avec un de leurs chefs, Jacques Vieusseux^, pour tacher de le convaincre- : ce qui le fait traiter, nous dit-il. de h scélérat vendu ^ ». — En ce temps-là déjà, cette accu-
1. Né en 1721, fat en 1760 un des 24 commissaires des représentants auprès du ministre plénipotentiaire, et entra au Conseil des Deux-Cents en ITÎO. — Galitîe, Xolices\ VI, p. 471.