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teurs combattaient pour leurs idées, non pour un Jiomnie: mais toute leur bataille s'est livrée autour de Rousseau, dont ils mendient sans cesse le concours, dont leurs actes et leurs écrits ne sont qu'une constante apologie. Il fallait donc bien qu'ils lui cachassent leurs vrais sentiments, s'ils étaient ceuxlà, sous peine de perdre son appui, et qu'ils les cachassent au public qu'ils s'efforçaient d'entraîner, sous peine de le décevoir et de l'éloigner d'eux.
Il y avait donc incompatibilité d'humeur entre Rousseau et ses défenseurs les plus énergiques. Ce sentiment contribua peut-être à retarder le moment où ils agirent de concert, à ralentir leur action. Mais ils étaient gouvernés par des circonstances plus puissantes que leurs antipathies ou leurs penchants. Tant il est vrai que dans ces sortes d'affaires, les individus comptent peu : il y a des forces collectives qui les entraînent irrésistiblement, et les poussent parfois, à l'encontre de leurs goûts ou de leur volonté, vers des fins qu'elles poursuivent à travers eux, qu'ils servent sans toujours le savoir.
C'est ainsi que l'idée de la représentation, qu'à commencer par Ab.-G. Rinet plusieurs avaient eue dès longtemps, huit par aboutir, une année exactement après la condamnation : le 18 juin, De Luc, suivi de ses deux fils et d'une quarantaine de citoyens, s'en fut la porter au Premier syndic. Il
sn retrouvait dans son ol('^mcnt. Api'cs un quart de siècle (!(» repos, il recommençait, avec [)Ius d'(;x[)6rience, les luttes de sa jeunesse ; et il rentrait en campaf;ne dans des conditions plus favorables à ses desseins, puis(|ue l'ordre social auquel il s'attaquait, plus vi(uix, sensiblement plus usé, était miné par le lent travail des idées adverses. Il ne doutait pas du caractère solennel, presque sacré de sa mission, au point de se prendre — c'est lui qui le dit — pour « un instrument dans la main de la Providence ^ » ; et cette loi allait lui donner une ardeur de prophète. En remettant au premier syndic le texte d(^ la Représentation, il prononça le discours suivant :
(c Monsieur le premier syndic,
« Notre attachement inviolable pour la conservation de notre liberté par le maintien des lois, nous oblige à vous remettre cette respectueuse représentation au nom des Citoyens et Bourgeois, ici présents. Par cet acte patriotique, nos lois se trouvent restaurées et l'abdication d'un citoyen, qui fait autant d'honneur à sa patrie par ses vertus et ses lumières supérieures que M. J.-J. Rousseau, demeurera nulle et comme non avenue 2. »
Cette première Représentation est assez fortement écrite '^ Les rédacteurs ne s'en tiennent pas à la seule condamnation de Rousseau. Elargissant les bases de leur critique, ils vont chercher assez loin
1. A Rousseau, 18 juin, publié par Alexéieff, II; Appendices, cxxvii-cxxvni.
2. lie présent al ton s et Ecrits des années 1163 et 17Go, et du mois de janvier 1766 et Réponses du Conseil, Genève, 1766, p. 2.