‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 12 sur 200 · IcL · texte numérisé non relu

IcL

18 L AFFAIRE ,i .-J . ROUSSEAT

le jeune homme supplie Jean-Jacques de venir vivre à Genève, de lui donner des conseils, de le guider dans sa carrière pastorale, de le compter parmi ses disciples, etc. Puis — comme si les mots n'y suffisaient plus! — la correspondance s'interrompt : Roustan, consacré, fait ses premiers sermons, devient régent de la quatrième classe du collège, éprouve quelques déceptions qui lui donneront bientôt le désir de quitter sa carrière, ou tout au moins Genève; mais son enthousiasme reste intact. Après rHéioïse, Rousseau est encore, pour lui, une « morale vivante, ... l'apôtre de la vertu, le consolateur des pauvres, le digne émule des saint Pierre, des Fénelon et des Montesquieu, la lumière de notre siècle comme eux et comme eux aussi Tobjet de l'admiration et de la gratitude des siècles futurs^ ». A peine se souvient-il de son état pour trouver la peinture de Tamour trop ardente, pour en redouter le danger. Plus lard, son enthousiasme s'excite encore, si possible, au contact de celui du chanoine Léonard Usteri; il éclate alors en un lyrisme qui ne connaît plus de mesure :

«( Je viens de recevoir une lettre d'Usteri, baignée de Joie d"avoir passé un jour avec vous, et moi, malheureux, il me faudra attendre l'autre vie. Mon cher Maître, tout mon cœur s'émeut à votre seul nom, il voudrait s'élancer hors de moi ; il se transporte sur les crêtes de Montmorency, il tressaille en découvrant de loin votre toit; c'est là-dessous, dit-il, qu'il demeure; il entre en tremblant, il entend votre voix; un doux frémissement le saisit, il se précipite à votre chevet, et trempe vos mains de ses larmes. 0 Rousseau, de combien de

Page 1