Représentations et Ecrits, p
toujours disposé à (^coûter avec bonté co quo l(;s intéressés pourroicnt avoir encore à lui représenter à ce sujet ». Elle en l'ait une [)lus importante sur la « résolution » piise conli'e la « personne » de Uouss(Niu, en sanctionnant ofliciellement l'interprétation très large qu'en avaient donnée le procureur général à A. -G. Binet, et le conseiller François Tronchin à Marcet : cette « résolution », donc, « n'est ni un jugement ni une sentence, mais un simple appointement provisoire, qui n'a rien que de régulier et de conforme à l'ordre judiciaire, appointement qui laissoit dans leur entier les exceptions et défenses du sieur Rousseau ; et qui, dans le cas prévu, auroit servi de préparation à la procédure prescrite par nos édits et nos ordonnances ecclésiastiques ». C'était un point important gagné par les représentants. Ils se préparaient à' en prendre acte, et à poursuivre ce premier avantage : « Quels qu'aient été les termes du jugement, écrit De Luc à Rousseau dans sa lettre du 28, ils sont annulés par ceux-ci ; et nous témoignerons à cet égard notre satisfaction de voir le Conseil convenir avec nous qu'un citoyen dans votre cas ne peut être décrété de prise de corps ou apréhendé. »
Le Conseil croyait l 'affaire arrangée. Ses amis en jugeaient de même. Le D"" Tronchin, par exemple, s'en félicitait en écrivant à son fils, alors en séjour à Glasgow ^ — Les hommes engagés dans un conflit public se font volontiers de telles illusions. Mais ceux qui suivaient d'un œil plus désintéressé la
1. Le 21 juillet. Publié par E. Ritler, Etrennes chrétiennes^ 1893, p. 210-211.
marche des événements, ne partageaient point cet optimisme. C'était le cas du résident de France : tout en approuvant la conduite du magistrat genevois au début du litige, il le trouvait faible dans sa réponse, prévoyait que cette faiblesse même provoquerait des complications, en signalait le danger à son ministre. De plus, l'attitude de Rousseau lui paraissait « équivoque », plus propre à exciter les passions qu'à les apaiser i.
En vérité, l'attitude de Rousseau ne nous donne
1. Le 1^' juin, Montéproux transmet officiellement à son ministre une copie de la lettre à Marc Chappuis et de la représentation du 18; il dit :
« Je ne seroispas étonné que les partisans fanatiques de Rousseau, animés par cet homme dangereux, ne fissent en sa faveur quelque démarche plus hardie encore que la première ; ils peuvent encore y être encouragés par le ton de douceur et peut-être de faiblesse qui règne dans la réponse où le magistrat se justifie quand il auroit dû se plaindre qu'on ose attaquer sa conduite, fondée sur la plus exacte observation des lois fondamentales de cet Etat. Je sais, Monseigneur, que plusieurs magistrats sages et éclairés gémissent des ménagements que l'on a eus dans cette occasion où il falloit répondre avec décence et fermeté. » (Arch. des Aif. étr., Genève, vol. LXIX, fol. 239.) — Un peu plus tard, le 6 juillet, il revient sur la question : « On ne sçait pas encore si on ne fera pas de nouvelles représentations sur les réponses du Conseil. H y a à la tête des mécontens un fanatique dont l'esprit, le caractère et les sentiments sont également dangereux. Rousseau tient dans celte occasion une conduite équivoque qui ne devroit tromper personne; il écrit aux uns qu'il seroit au désespoir qu'il sélevàt à son occasion des troubles dans la république, et il anime les autres par les rétlexions les plus dangereuses sur l'esprit du Gouvernement au sujet de ses ouvrages. Comme le Conseil est en vacance pour un mois, on espère, Monseigneur, que les gens sages auront le tems de calmer les esprits. » (Id., Ibid.. fol. 246.) — Le duc de Praslin répond, le 14 juillet : « ... Je suis peu surpris du fanatisme qui divise les Genevois pour la cause de Jean-Jacques Rousseau. Ces gens-ld sont éblouis par la réputation de cet homme et ils ne voient pas qu'il tient beaucoup moins au plaisir d'être leur compatriote, qu'au désir de faire parler de lui dans le monde, n'importe par quel moyen...» (id., Ibid., fol. 24'î. Communirntiou de M. V. liarbeu.)
pas la iiKMiM' iiiipression. Pris entre les lenduricc^s op()osr'es (le s(»s (léfcnseiirs, il se trouvait dans une situation assez enil)arrass('e. Les uns, comme Moultou, estimaient que la Heprésentation lui donna il une satisfaction sullisante, et, soucieux de la paix [)ubli(jue, l'engageaient à « conjurer » ses amis »( d'abandonner tout cela ^ ». Les autres, comme De Luc, lieureux de voir la tempête enfin déchaînée et calculant déjà les avantages qu'ils en tireraient pour leur parti, ne songeaient qu'à l'accaparer, pour l'entraîner à leur suite, toujours plus loin, en profitant de son prestigieux talent. Quoi qu'en pensât Montpéroux, il les chapitrait les uns et les autres dans le même sens ; mais Moultou colportait ses lettres, tandis que De Luc refusait de les communiquer quand elles ne s'accordaient pas avec ses propres desseins'-'. — Que Rousseau fût avec Moultou plutôt qu'avec De Luc, le rapprochement des lettres qu'il leur adresse le même jour, le 7 juillet, et de celle qu'il écrit en même temps à son cousin Th. Rousseau % l'établit jusqu'à l'évidence. Tandis qu'il reconnaît la sagesse et l'honnêteté des conseils de Moultou, il craint que le « zèle patriotique » de De Luc « n'aille un peu loin dans cette occasion», et que « son amour pour les lois n'oppose à quelque atteinte la plus importante de toutes, qui est le salut