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2. Manuscrits de la Société dlùstoive de Genève, n" '241. Communication de M. Euff. Rittei'.
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(luolqiies iiijustic'fîs, la irriilalioii de (juehiiies soj)liisrnes ; tout C(3la n'a rien en soi d'assez considérable pour mériter beaucoup de lecteurs : mais si mes sujets sont petits, mes objets sont grands et dignes de l'attention de tout honnête homme. Laissons (lenève à sa place et Rousseau dans sa (h^pression ; mais la religion, mais la liberté, la justice! voilà, qui que vous soyez, ce (|ui n'est pns au-dessous de vous. >>
En magnifiant ainsi le l)ut de son ouvrage, Rousseau commet une erreur commune, — et combien de fois commise après lui! Il se prend pour un symbole, alors qu'il n'est qu'un cas, et même un cas que son génie rend exceptionnel ; il prend pour des violations systématiques de la Justice des agissements qu'il est plus équitable d'imputer à des différences dans l'interprétation de lois obscures, parfois contradictoires ; il prend pour un tissu de sophismes intéressés les Lettre^i écrites de la campagne^ faibles sur l'incident qui les a suscitées, nous l'avons vu, mais solides dans leur partie générale. Surtout, il se trompe sur le vrai caractère de son affaire, enn'y voyant qu'un abus dont il est victime, tandis qu'elle est un épisode de la lutte séculaire engagée entre les deux forces sociales de l'élite et de la masse, dont l'hostilité, habituellement latente, éclatait. Or, l'état de guerre n'est point favorable au règne tranquille de la Justice. 11 y avait eu, de part et d'autre, l'ordinaire emploi des mauvais moyens : Rousseau allait s'aider de son prestigieux talent pour les rejeter indûment d'un seul côté. A vrai dire, il a eu le sentiment de cette inégalité, et prié le lecteur de faire abstraction de son « beau style » pour juger seulement de la qualité de ses raison-
nements. Mais que signifie une telle précaution? La pensée n'est point séparable de son expression ; l'éloquence ajoute au raisonnement une puissance de persuader qui ne dépend plus de la raison; l'art d'écrire décuple les forces de la dialectique, où Rousseau était passé maître, et qui, pas plus que Téloquence, n'est inséparable de la vérité. Aussi ceux qui jugeraient d'après cet ouvrage, qui devait peser d'un poids décisif dans le débat, les adversaires de Rousseau, leurs mobiles, leurs arguments, leurs droits, commettraient la plus flagrante iniquité : sous leur apparence mesurée, les « Lettres « sont un réquisitoire, dont les conclusions sont arrêtées d'avance : c'est dire qu'elles examinent la question proposée tout autrement qu'en pleine indépendance, et que leur auteur, loin de poursuivre le triomphe de la seule vérité, cherche celui d'une cause où il est engagé. D'ailleurs, ne négligeons pas de le rappeler, ce mot de vérité^ qu'il invoque sans cesse, ne peut avoir ici qu'un sons plus particulièrement relatif, puisqu'il s'agit d'objets contingents, litigieux, soumis aux conditions qui règlent nos querelles pour la possession du pouvoir, des places, de l'influence. Les Lettres écrites de la montagne ne sont donc ni un roman comme Ènnle, ni un traité théorique comme le Coiitrat social : elles sont un pamphlet, plus encore que les Lettres écrites de la campagne^ puisqu'elles sont amenées à insister fortement sur les faits que celles-ci, pour les raisons que nous avons marquées, s'etTorçaient. au contraire, d'esquiver. C'est pourquoi elles ne font pas partie au même degré que les autres œuvres de Rousseau
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(lu pat ri moi no olcniol de la pciiséo et de la liLIriii- Inre; c'est pourquoi leur intérêt dépend surtout de celui que peuvent oiïrir les circonstances qui les ont produites. Comme celles de Tronchin, d'ailleurs, elles mêlent continuellement rex|)osé des laits matériels relatifs à la condamnation, et celui des principes démocratiques en politique et libéraux en religion qui forment la substance des ouvrages frappés.
Sur la condamnation, Rousseau a la partie belle, et raisonne avec beaucoup de force : il se suppose coupable de tout ce qu'on lui reproche, à savoir d'avoir attaqué la religion et le Gouvernement ; puis il démontre, sa culpabilité admise, que la procédure qu'on a suivie contre lui n'en était pas moins contraire aux lois; ensuite, il se lave du double reproche qu'il a d'abord feint d'accepter : en sorte que l'irrégularité d'une procédure illégale envers un coupable, paraît aussitôt mille fois plus odieuse, puis qu'elle a servi à frapper un innocent. Cette irrégularité, constatée dès la première partie de l'ouvrage, prend tout son sens dans le seconde, surtout dans la huitième lettre : elle marque l'intention du Gouvernement d'anéantir à son profit l'équilibre établi par la médiation entre le peuple souverain, ou Pouvoir législatif, et les magistrats cbargés d'appliquer les lois dont il reste seul maître. En sorte que cette irrégularité devient le point critique du contlit ouvert entre ces deux forces, dont l'irréductible opposition est soulignée avec une rare vigueur.
Telle est l'armature du livre en ce qui concerne
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le (( cas », c'est-à-dire rarrêt du 19 juin et les troubles et réclamations qui suivirent. Mais dans l'exposé qu'en donne Rousseau, l'analyse des détails converge tout entière au même but : lequel est d'établir que, si la procédure du Petit Conseil est entachée d'illégalité et le raisonnement de ses défenseurs vicieux, c'est parce que le Petit Conseil empiète sur les attributions constitutionnelles du Conseil général, c'est-à-dire du peuple. La théorie de la souveraineté populaire, insinuée encore plutôt qu'affirmée dans/e Con/râ^^socza/ et tout enveloppée de réserves prudentes, éclate ici dans sa rigueur absolue. Et voilà où conduisent les fausses manœuvres des partis. C'est l'existence de cette théorie dans les ouvrages incriminés, qui a inquiété le Petit Conseil et lui a suggéré la fâcheuse idée de les poursuivre : il a pensé qu'on ne pouvait laisser couver, dans la chaleur d'écrits trop éloquents, une doctrine aussi périlleuse pour l'Etat, c'est-à-dire pour les privilégiés qui en avaient assumé la direction, tenaient à la conserver et s'appliquaient de leur mieux — selon les tendances naturelles à tous les gouvernements — à élargir indéfiniment le cercle de leur action. Cette crainte a si bien dirigé ses elïorts à fins contraires, qu'ils ont précipité l'éclosion redoutée au lieu de la retarder. Supposez, en elfet, que le Petit Conseil ait ignoré Emile et le Contrat social : les germes démocratiques et révolutionnaires ne s'en fussent pas moins développés, sans doute ; mais ils auraient mûri lentement, sans secousse violente, et la voix qui les soutenait de son verbe irrésistible, retenue et comme étoulfée.
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n'aurait pas secoué si rudement les assises d'un réj^ime caj)al)le encore do n'sister ou du moins de mourir en douceur. Maintenant, pnr leur faute, cette voix est lâchée. Elle ne chercliera plus h se contenir. Si elle rappelle les écrits incriminés, ce ne sera pas pour plaider leur innocence, mais an contraire, pour on préciser le sens avec une vigueur (•roissantc. Elle ne s'en tiendra pas à la défensive, et sonnera l'attaque, en trouvant les mots qui peuvent le mieux exciter des citoyens soucieux de leurs droits et de leur dignité :
«... En conseil général vous êtes législateurs, souverains, indépendants de toute puissance humaine; vous ratifiez les traités, vous décidez de la paix et de la guerre; vos magistrats eux-mêmes vous traitent de magnifiques, très honorés et souverains seigneurs... Mais le corps chargé de Texécution de vos lois en est l'interprète et l'arbitre suprême ; il les fait parler comme il lui plaît ; il peut les faire taire; il peut même les violer sans que vous puissiez y mettre ordre ; il est au-dessus des lois... Si vous êtes "souverains seigneurs dans l'assemblée, en sortant de là vous n'êtes plus rien. Quatre heures par an Souverains subordonnés, vous êtes sujets le reste de la vie, et livrés sans réserve à la discrétion d'autrui... Il ne reste alors dans l'État qu'une puissance agissante, c'est l'executive. La puissance executive n'est que la force, et où règne la seule force l'Etat est dissous. Voilà, Messieurs, comment périssent à la fin tous les Etats démocratiques ' ! ')
Il en advient des matières religieuses, comme des matières politiques : les germes de a libéralisme )> ou d'hétérodoxie, semés dans la Profession de foi du Vicaire savoi/ard, se développent avec une incroyable