Septième lettre, passirn
intensité, et substituent à des doutes hésitants les principes du protestantisme les plus avancés, qui, lorsque nous les reconnaissons dans les ouvrages, par exemple, d'un Sabatier, ne nous en paraissent que Tépanouissement théologique. La question des miracles forme le nœud de la discussion : l'on se rappelle que c'est un des points de la Profession de foi qui avait soulevé les discussions les plus ardentes, un de ceux que les pasteurs et leurs partisans avaient réfutés avec le plus de zèle, car la superstition est presque toujours la partie de la religion la mieux défendue, comme si Ton en faisait plus volontiers la clef de voûte de tout l'édifice. Et de même que, derrière le fait particulier des illégalités du Petit Conseil nous avons vu pointer peu à peu la question de la souveraineté populaire; de même ici, nous voyons l'auteur élargir le problème par une méthotle pareille, et par delà les miracles dont il sait la cause à peu près perdue, attaquer un autre problème plus général et gros de conséquences, — celui du libre examen. Il en fait, — on sait si le développement ultérieur de l'histoire religieuse devait lui donner raison, — l'essence même du protestantisme, il consacre à le défendre quelques-unes de ses plus fortes pages :
«... Quand les réformaleurs se détachèrent de l'Eglise romaine, ils raccusèrenl d'erreur, et, pour corriger cette erreur dans sa source, ils donnèrent à l'Ecriture un autre sens que celui que TEglise lui donnoit. On leur demanda de quelle autorité ils s'écartoient ainsi de la doctrine reçue ; ils dirent que c'étoit de leur autorité propre, de celle de leur raison. Ils dirent que le sens de la Bible étant intelligible et clair à tous les hommes en ce qui étoit du salut, chacun
ROUSSEAU ET S.-\\. THONCIIIN 337
étoil juj^'c ('()in|M''l('Mt (l(î l.i (loclriiic, cl, poiivoil. inl(;ipr<H(*r la Bible, qui est la l'ri^'Ic, scîloii son esprit particiiliei-; quf; tous s'accordoroinnt ainsi sur la chose csscnti(;ll(i ; et que celles sur Icstiuclles ils ne pourroieiit s'accorder, ne l'étoient
point Ils se réunissoient enceci,que tous reconnoissoient
chacun d'eux comme Juge compétent pour lui-même. Ils toléroient et dévoient tolérer toutes les interprétations, hors une, savoir celle (jui ôte la lilxirté des interprétations...
u ... Il est tellement de l'essence de la r.iison d'être libre, que quand elle voudroit s'assurer à Tantoiité, cela ne dépendioit pas d'elle. Portez la moindre atteinte à ce principe, et tout l'évangélisme croule à l'instant. Qu'on me l>rouve aujourd'hui qu'en matière de foi je suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu'un, dèsdemain je me fais catholique, et tout homme conséquent et vrai fera comme moi '... »
Je ne crois pas que personne conteslerait aiijour- J'iiiii cette sagacc analyse du caractère essentiel du protestantisme : elle était nouvelle au moment de l'histoire oii nous sommes. Rousseau, d'ailleurs, ne va pas jusqu'au point extrême de sa logique : il reste comme embarrassé dans cette conception, bien calviniste, de la religion civile, qu'il avait exposée dans le dernier chapitre du Contrat social, qui nous paraît incompatible avec notre conception actuelle de la liberté de pensée, et qui l'était de môme avec sa propre théorie du libre examen. Il la dépasse, empiriquement averti du péril qu'elle recèle, mais en s'eiïorçant d'en conserver certains traits. En effet, il laisse au « souverain » le droit de formuler une doctrine et de la faire enseigner; mais cette concession lui coûte, car au lieu d'en tirer les conséquences normales, il arrache d'une main à cette