Cinquième lettre
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l'uni toi. .le ne dis rien de leurs « vertus » : terni(3 va;^iie, (|ue chacun peut sans beaucoup d'elTorls reveiuii(juer pour soi en le refusant au prochain. Mais quant aux <( mœurs » qu(i Rousseau ose invoquer, nous savons ce qu'on peut penser de celles de Robert Covelh^ qui, après tout, taisait parlie liée avec les Représentants, ou de celles de Rousseau lui-même, puisque ses Confessions nous ont livré le secret de ses faiblesses. Il n'importe ! quelque détestable ou mensonger que soit l'argument, il ne manque jamais son eiïet ; et plus ceux qui l'emploient sont ambitieux, intéressés ou intrigants, mieux il sert à augmenter leurs forces en cachant à leurs propres yeux ces vices ou ces tares dont la conscience diminue l'audace et ralentit le courage.
Ainsi, quelque talent que Rousseau ait déployé dans les Lettres écrites de la montagne^ il n'en a fait qu'un pamphlet. 11 n'a pas évité les défauts communs à ce genre d'ouvrages, encore que son grand art lui ait permi de les dissimuler. En revanche, il en a porté les qualités — si ce mot convient — à leur plus haute expression. Un pamphlet poursuit un but pratique, par des moyens appropriés à l'atteindre, qui sont ce qu'ils peuvent. Sa qualité dépend de l'etTet qu'il produit, des résultats qu'il obtient. Considéré sous cet angle spécial, celui de Rousseau fut vraiment formidable; et comme œuvre de polémique, on ne peut que l'admirer. Jugé de plus haut, comme manifestation de doctrine et de pensée, il est bien inférieur aux grands ouvrages qu'il défend, et Ton ne saurait
le mettre au même rang que môme la Lettre à dAlemhcrt.
Nous ne trouvons dans la correspondance, en dehors des lettres nécessairement adressées à l'éditeur, aucune mention des Lettres écrites de la montagne^ jusqu'au moment de leur publication ^ Rousseau garde son secret, avec cette méfiance que les circonstaaces de sa vie lui avaient inculquée, et travaille en silence. Il fait imprimer son livre à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, son plus fidèle libraire, celui qu'il soupçonnait le moins de macliinations ténébreuses. Le 4 novembre, il écrit à Duchesne, à qui Rey avait proposé des exemplaires pour la France : « Les Lettres écrites de la montagne et l'ouvrage que vous propose M. Rey sont le même, et il est de moi. Je vous dirai, de plus, qu'il n'y a pas un seul mot qui puisse déplaire aux catholiques, aux François, à votre gouvernement; au contraire, si l'on me traitait avec équité, on devroit répandre et voir avec plaisir cet ouvrage dans votre pays' », c'est-à-dire, ne l'oublions pas, dans un pays monarchiste et catholique. Rousseau tient à cette interprétation : il la reprend quelques jours plus tard, le il, en exprimant à Malesherbes ses regrets de ne pouvoir lui faire tenir l'ouvrage, dont M. de Sartines a défendu l'entrée^. Or, jusqu'à ce moment, il n'avait ménagé ni la France, ni
1. Sur la publication des « Lettres», cf. Desnoiresterres, Voltaire et Rousseau, p. 330 et suiv. — G. Maugras, Voltaire et J.-J. Rousseau, p. 340 et suiv., etc.